Isa
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Vous êtes un modèle pour toutes les femmes
 

    Ma très chère Marie-Antoinette,

Je sais qu'il est bien inconvenant de nommer ainsi une reine et une archiduchesse, mais j'ai tellement l'impression de vous connaître qu'il me semble parfois que j'ai vécu à votre époque. J'ai bientôt dix-neuf ans et depuis l'âge de douze ans, je me passionne pour votre vie et votre histoire, dévorant vos biographies, traquant chaque exposition vous concernant.

Des milliers de questions se bousculent dans ma tête, mais je craindrais de vous ennuyer en vous les posant toutes. Je vais donc me limiter à une question ou deux...

Votre départ de Vienne a dû être profondément bouleversant: vous quittiez pour toujours votre enfance et votre famille, qu'avez-vous ressenti lorsque votre voiture a ralenti devant le palais de Schönbrunn? Est-il vrai qu'à votre arrivée en France vous soupçonniez votre sœur Marie-Christine (Mimi) de rapporter à votre mère vos moindres faits et gestes, du fait qu'à Vienne elle espionnait déjà ses frères et sœurs? Avez-vous soupçonné l'abbé Vermont d'être responsable d'une partie des injustes réprimandes de votre illustre mère?

Je cesse de vous importuner avec toutes ces questions. Je tiens à vous féliciter pour ce que vous avez accompli à Trianon, j'ai eu le bonheur de m'y promener et votre domaine est toujours somptueux; comme il devait être plaisant d'y demeurer!

Je voudrais aussi vous exprimer toute ma sympathie: vous êtes un modèle que j'ai toujours eu à cœur de suivre. Enfin sachez que les avis vous concernant changent et que les gens commencent enfin à reconnaître votre extrême bonté et votre innocence. Je vous souhaite par avance un bon anniversaire, nous sommes nées presque le même jour.

Je vous demande de me pardonner cette lettre trop longue.

J'ai depuis peu un petit carlin nommé Mops en hommage à votre chien.

Isa

Très chère Isa,

Votre belle lettre me charme et m'apporte un peu de lumière dans le sombre état où vous me trouvez. Je vous en remercie.

Pour répondre le plus honnêtement possible à votre première question, je dois dire que me plusieurs sentiments se bousculaient en moi: la tristesse de quitter ma famille et ma vie, mais aussi l'excitation de connaître une nouvelle vie, mon mari, ma nouvelle famille… J'étais si jeune alors! Et si loin de me douter des funestes événements à venir…

J'ai beaucoup de respect et d'amitié pour l'Abbé de Vermont et je ne crois pas qu'il ait pu rapporter quoi que ce soit de nos conversations intimes à ma chère maman. Cela étant dit, je suis moi-même une mère, je comprends bien l'inquiétude de la mienne et je ne peux lui en vouloir pour ses réprimandes; elle était si loin! Comment être alors toujours bien informée?

En espérant avoir le bonheur de vous lire de nouveau, très chère Isa,

Marie-Antoinette

Très chère Antoine (je ne sais pas si vous apprécierez d'être nommée ainsi par quelqu'un qui n'en a, il est vrai aucun droit),

Je vous prie de me pardonner l'inconvenante étourderie de ma dernière missive que je n'ai ni signée, ni datée. Je vous ai fait part des nouvelles du monde le vingt-deux octobre 2008.

Veuillez accepter, ma chère Reine, l'expression profonde de mon amour et de mon admiration.

Je vous embrasse (cela se fait maintenant couramment et sans étiquette) et vous souhaite une heureuse éternité.

Isa