Romain C.
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Vous êtes devenue une icône!
 

    Chère Marie-Antoinette,

Plus de deux cents ans se sont écoulés depuis votre époque. Vous êtes devenue une sorte de «mythe»: perdu entre réalité et imaginaire, votre image restera toujours imprécise au regard du commun des mortels. Finalement, qu'est-ce qui était vrai dans tout ce qu'on a pu dire sur vous? Où étaient la vérité et le mensonge? Avez-vous vraiment pu demander «qu'on leur donne de la brioche»? Tant de mystères qui ne seront jamais élucidés...

Tant et si bien que, comme je vous le disais, deux cents ans plus tard, les choses ont bien changé. Sofia Coppola avait lancé «la mode»: en sortant son film sur votre vie («Marie-Antoinette», tout simplement), inspiré du livre d'Antonia Fraser, elle a su remettre au goût du jour votre style et votre mode de vie. Après l'avoir vu, je suis tout simplement devenu un fan incontesté de ce film (c'est à présent mon film favori, mais peut-être ne savez-vous pas ce qu'est un film: c'est une succession d'images très rapides qui donne l'impression d'un mouvement; une telle succession peut durer une heure ou deux, et cela crée un «film»).

Et dès lors, je me suis gravement interrogé sur vous. Certes, madame Coppola avait fait de vous un portrait modernisé, avec l'usage de musiques contemporaines. Mais finalement, cette façon de vous moderniser n'a fait que vous rendre service: vous étiez finalement une adolescente, tout simplement. Et vous aviez peut-être peur d'affronter ce monde adulte et figé, qui l'était d'autant plus par les codes traditionnels monarchiques. On ne peut finalement pas trop en vouloir pour avoir fait la fête et essayé de vous divertir. Avec ce film, on aurait presque de la pitié pour vous. Mais reconnaissez-le vous-même, les choses avaient besoin de changer, et les inégalités sociales étaient bien trop fortes pour perdurer encore et encore.

Sur ce, donc, je vous laisse, jeune fille qui cherchait simplement à s'amuser, comme toute jeune fille de tout temps.

Au revoir.


Très cher Romain,

Moi, un mythe? Vous me voyez surprise tout en ne l'étant pas à la fois. Je puis juger par les lettres de vos contemporains que l'on a beaucoup d'idées sur moi, favorables ou non. L'on interprète mes paroles et mes actions. Mais je dois croire que cela est le lot d'une reine. Peut-être que vivre dans de tels temps troublés favorise également ce genre d'interprétations. L'on m'a entretenue de ce que vous appelez le «film» de ma vie. Je comprends que cela est comme une pièce de théâtre. Ne pouvant voir cette pièce, je ne peux la critiquer. Mais il me semble normal, vu les circonstances, que j'apparaisse dans ces pièces. Pour moi qui aime tant le théâtre et apparaître sur scène, je ne puis me plaindre d'être moi-même personnifiée!

Votre analyse de ma situation me fait sourire. Non pas qu'elle soit mauvaise et j'avoue candidement mon manque de maturité dans certaines circonstances. Il est vrai que je ne me souciais que trop peu des choses sérieuses pendant longtemps. Mais, paraître ne fait-il pas partie de mon rôle en tant que reine de France? Je le crois bien. Je ne demande pourtant pas la pitié. J'assume tous mes actes et toutes mes paroles, en toute circonstance.

Je ne crois pas, pourtant, que les choses avaient besoin de changer à ce point. Et assassiner lâchement son roi ne me paraît pas être la voie à suivre. Jamais je ne pourrai accepter le «changement» dont il est question ici. Le roi aimait son peuple. Il en était le père, tout comme l'est devenu mon fils. Un jour, lorsqu'il pourra régner et aimer ses sujets comme il se doit, les Français comprendront leurs erreurs passées. Je ne perds pas espoir, les choses changent si vite…


J'espère avoir le plaisir de vous lire de nouveau,

Marie-Antoinette