Madame de Polignac
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Vous êtes à jamais dans mon esprit, ma douce
 

    Chère amie,

Vous ne pouvez imaginer, mon ange, à quel point vous me manquez. J’eus durant longtemps le sentiment terrible de vous avoir trahie en quittant la Cour mais c’est vous-même qui me l’aviez conseillé… Cette décision fut la plus difficile à prendre de toute mon existence, mais je sais que vous ne m’en tenez pas rigueur.

Vous parliez dans une lettre à Rosemonde de vos regrets concernant la pauvre Lamballe, eh bien, je ne puis vous exprimer à quel point j’aurais voulu périr de la même façon qu’elle, avec le même courage. Vous souvenez-vous comme nous la raillions quelquefois sur son manque d’esprit, ou encore son flegme ennuyeux et les moments délicieux que nous passions toutes deux? Vous souvenez-vous de cette escapade nocturne à Paris, à la barbe de madame de Noailles? À présent, je vous ai retrouvée et espère ne plus vous quitter. «Promettez»! (Vous souvenez-vous de ce petit jeu entre nous?)

Avec tout mon amour,

Yolande

Très chère Duchesse,
 
Se pourrait-il que cette lettre soit vraiment de votre main? Ou est-ce là une méchante farce dans le seul but de me faire souffrir? Je n'ose en écrire davantage… Ma déception serait si grande si cette lettre n'était pas vraiment de vous! 
 
Marie-Antoinette

Ma tendre amie,
 
Je n'ose croire que vous doutiez de mon identité. C'est bien moi, Yolande, votre «Jules», qui vous ai retrouvée. C'est bien moi qui ai traîné mon insoutenable chagrin jusqu'ici et qui espère de tout cœur vous apporter le réconfort que je n'ai eu le temps de vous donner au moment où j'aurais dû le faire.

Comptez à jamais sur mon amour et mon soutien. Au cours de votre vie, je serai là pour vous conseiller, vous soutenir, vous chérir et non pas dans le seul degré de la frivolité et des plaisirs.
 
Répondez-moi vite, ma douce, je me languis de vous à mourir...

Votre cœur,

Yolande

Ah, Madame!
 
Si cela est bien vrai, je vous en prie, donnez-moi des nouvelles de l'extérieur! De votre chère fille, des comtes d'Artois et de Provence. Que se passe-t-il? Donnez-moi de l'espoir! Parlez-moi de vous, de votre état. 
 
Je suis si fatiguée...
 
Marie-Antoinette