Alejandra
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre vie au Temple

    Bonjour gracieuse Majesté!

Je vous salue depuis la Colombie, un des nouveaux pays américains nés après la séparation de l'Espagne.

Je m'appelle Alejandra et suis une grande admiratrice de vous, de votre mari -que je considère comme un homme admirable- et de votre famille, qui a montré une grande force dans les événements de la Révolution.

Je vous écris aujourd'hui -le 26 août de 2006- parce que je veux savoir comment était votre relation avec votre époux, non seulement à Versailles, où vous aviez vos propres appartements et vos propres activités, mais aussi au Temple, où vous avez pour la première fois habité ensemble dans un petit espace.

Je veux savoir aussi comment était votre vie familiale. Je sais que votre époux était un homme très timide, mais n'avait pas de coeur, qui aimait vos enfants et sa soeur Elisabeth.

Bien je vous dis adieu, ma Reine, et vous souhaite un bon jour toujours!

Recevez mes salutations distinguées,

Alejandra




Très chère Alejandra,

Quel joli nom vous avez! Vous m'écrivez de bien loin, non pas seulement dans le temps, mais aussi dans l'espace. Je n'ai pas le bonheur de connaître votre pays. Sauriez-vous m'en parler un peu? Cela me divertirait sans doute beaucoup!

Vous pouvez bien imaginer que notre vie au Temple était très difficile. Le Roi mon époux était très digne, très calme aussi, malgré les mauvaises conditions dans lesquelles nous nous trouvions et même si nous ne pouvions nous côtoyer comme nous l'aurions voulu. Nous poursuivions aussi l'éducation des enfants avec les moyens dont nous disposions, car nous tenions beaucoup à leur apprendre de nouvelles choses chaque jour.

Mais il ne s'agissait en aucun cas d'une vie familiale. Cela dit, même si cela était très difficile, je chéris aujourd'hui ce temps béni, où je me trouvais encore dans la compagnie de mes enfants.

À très bientôt, chère Alejandra,

Marie-Antoinette




Chère Majesté,

Je vais m'amuser beaucoup en vous parlant de mon pays, le plus beau et grand du monde pour moi, qui l'aime avec tout mon coeur et qui donnerais ma vie pour lui.

Mon pays est une des anciennes colonies espagnoles en Amérique du Sud. Il est connu à votre époque comme le Viroyaume de la Nouvelle Grannée, et sa capitale est encore Santa Fe de Bogotá.

Il y a tous les climats, tous les terrains. Il produit le meilleur café du monde et a plus de 80 groupes humains, chaque groupe ayant sa propre langue et ses costumes. Il est très intéressant pour une personne qui aime la sociologie.

Pourtant, il y a une guerre civile depuis 50 ans, qui nous a fait nous confronter aux autres pays de la région, économiquement et commercialement. 

Merci pour vos renseignements sur mon nom; je l'aime aussi et crois qu'il est très élégant, comme le vôtre.

Je vous admire, et j'admire aussi votre époux; c'est une situation très difficile que vous avez là, en France, et j'espère que vous aurez une vie meilleure quand vous sortirez de cette tour.

J'aime bien l'idée que vous poursuiviez l'éducation de vos enfants. Je crois que l'éducation est le trésor le plus important que nous laissent nos parents et ce qu'ils peuvent faire de meilleur pour nous.

À mon époque, il est très commun que les personnes aillent à l'université, quelle que soit leur classe sociale (je crois que ce sont les bourgeois qui vont à l'université à Paris). Moi même, je vais à l'université, et j'étudie les Finances et les Relations Internationales. Je souhaiterais beaucoup que vos enfants aient la même opportunité; qu'en pensez-vous, Majesté?

Sans doute, la compagnie de vos enfants est votre plus précieux trésor.

Je vous souhaite un bon jour (le plus bon de tous, Majesté!)

Votre amie à distance,

Alejandra



Très chère Alejandra,

Votre pays me semble très intéressant en effet! Quel dommage que les guerres existent, ne pensez-vous pas? Elles n'apportent que la mort, la tristesse et le malheur pour tous. Je vous souhaite la paix, chère Alejandra, cette précieuse paix qui nous manque tant en France depuis quelques années!

Même si je n'ai jamais eu de goût pour les études, j'en connais et comprends l'importance et je souhaite que mes enfants aient la meilleure éducation. Cela était le cas avant la révolution et j'espère que lorsque la paix reviendra (il faut garder espoir!), cela sera encore le cas.

Prenez grand soin de vous, chère Alejandra et j'espère avoir encore le plaisir de recevoir vos lettres.

Marie-Antoinette



Ma chère Reine,

Merci beaucoup pour votre réponse!

Je souhaite qu vous soyez très bien à Paris. En Colombie, c'est l'hiver, et nous sommes très tristes parce que Noël est toujours en été. Mais bon, ça va être un pluvieux Noël cette année, parce qu'il y a de la neige en Amérique du Sud.

Je souhaite aussi, Majesté, qu'il y ait de la paix en France aussi. C'est un grand pays, que le vôtre! Dans l'Histoire, la Culture, les Arts, la Cuisine; toutes les connaissances de notre culture occidentale proviennent de la France.

Je suis en vacances aujourd'hui, Majesté. Je suis sortie vendredi dernier et suis prête à faire mon cinquième semestre à l'Université Saint-Martin; et je commence à étudier l'année prochaine, le 15 ou 20 janvier.

Je crois que je vais rester à Medellín, parce que ma ville met en place de très belles illuminations de Noël. Les employés des Entreprises Publiques décorent la rivière et les plus importantes rues de la Ville, comme le Boulevard de la Plage, Junin, Carabobo et les parcs. 

Tous les ans, le sujet change. Cette année, c'est «La Colombie», donc ils vont faire des allégories des lieux et paysages de mon pays. Cela va être magnifique.

Qu'est-ce que vous faites en France pour Noël? Là, à Medellín, c'est un des évènements les plus importants de l'année. On fait, le 7 décembre, une grand parade de mythes et légendes, et on fait des lumières pour la Vierge.

Le 16, commence les prières de la neuvaine, qui est une occasion de prier en famille; et après la Neuvaine, on va manger de la nourriture typique de Noël: Natilla, Buñuelos, Empanadas, Hojuelas et on boit du Coca-Cola. 

Le 24, on donne des cadeaux aux personnes qu'on aime, et voilà notre Noël. Comment est le vôtre?

Je vous souhaite de beaux jours, Majesté, et souhaite que vous passiez un Noël en famille. C'est un autre des petits plaisirs de la vie.

Votre amie en Colombie.

Alejandra



Très chère Alejandra,

Est-ce déjà Noël, chez-vous? Votre ville est-elle illuminée, comme vous me le dites dans votre dernière lettre? Racontez-moi tout!

Pour moi, je ne sais pas, je ne sais plus exactement quel mois nous sommes. Je crois bien que l’automne est arrivé, puisqu’il fait froid ici... mais je ne saurais vous en dire d’avantage. Quelle tristesse, ne trouvez-vous pas? Je ne sais même plus me situer dans le temps!

Noël étant une fête religieuse, la naissance du Christ, les célébrations commencent bien avant le 25 décembre. J’ai souvenance de festivités magnifiques à Versailles.

Alors, si Noël est déjà là pour vous, permettez-moi, chère Alejandra, de vous en souhaiter un magnifique. Que la paix et le bonheur soit avec vous et votre famille!

Marie-Antoinette



Très chère Majesté,

Là, en Colombie, à Nöel, c'est une fête de famille, plus que religieuse. L'on se rencontre en famille, l'on sort voir les illuminations et l'on passe les nuits ensemble.

L'on va voir les illuminations de la rivière, de l'Avenue de la Plage, de la rue Junín et de la Coline Nutibara. Comme les montagnes des Andes sont gigantesques, les entreprises publiques, qui s'occupent des illuminations, en ont fait une gigantesque aux montagnes qui peut se voir depuis partout de ma ville!

Mes amis sont à Bogotá, notre capitale, mais lorsqu'ils reviendront, on ira voir les illuminations. Pas pour le moment parce qu'il y a beaucoup de monde partout et que l'on ne peut pas voir grand chose, donc on ira les voir la semaine prochaine.

Vous me racontez, Majesté, que l'automne est arrivé chez-vous, et qu'il fait du froid. Avez-vous des vêtements contre le froid? Sont-ils chauds? Je m'inquiète pour vous. Les prisons ne sont pas bonnes pour la santé, et je sais que la vôtre est fragile.

Je crois que c'est bien triste, Majesté, que vous soyiez perdue dans le temps; mais je crois que c'est ce que les révolutionnaires cherchent: vous perdre, Majesté, et faire de vous une ombre de la femme lumineuse que vous êtes. Ne les laissez pas faire!

Chez moi au contraire, il ne fait pas du tout froid: l'été est arrivé. La chaleur est terrible. Il n'y a pas d'ombre et le ciel est toujours d'un bleu intense, avec des crépuscules de toutes les couleurs, pendant que les nuits sont fraîches. Mais ce que j'aime le plus en été, c'est qu'il y a toujours du vent le jour et la nuit pour nous rafraîchir.

Merci pour vos souhaits, chère Majesté. Et comme c'est Noël dans mon pays, permettez-moi de vous souhaiter le même: que la paix et le bonheur soient avec vous et votre famille l'an prochain, et que vous puissiez vous réunir en paix encore.

Mes salutations à Votre Majesté,

Alejandra



Très chère Alejandra,

Il est vrai que ma santé est fragile et de plus en plus, je le crains. J'ai des vêtements chauds et la gentille Rosalie s'occupe bien de moi, malgré les conditions difficiles dans lesquelles je me trouve. J'essaie de rester forte et je suis toujours aussi fière. Ces méchants hommes ne me briseront pas.

À bientôt, chère Alejandra,

Marie-Antoinette