Alexandre D.
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre réponse à Hébert

    Bien le bonjour Votre Majesté,

J'ai beaucoup d'admiration pour vous, et c'est sincère. Votre personnalité était des plus charmantes possible, surtout à la Cour de France; il n'y a que Madame De Montespan qui ait pu rivaliser avec vous!

Que pensez-vous de votre mari? Votre union était l'objet d'un mariage arrangé, donc je ne pense point qu'il y ait eu de l'amour là-dedans, où bien me trompé-je?

Ah ma bonne Majesté, je pense que si j'avais vécu à votre époque, j'aurais tenté l'impossible pour vous sauver! Des couards ont essayés de le faire et au premier coup de feu, se sont enfuis sans demander leur reste! Craignaient-ils de périr, je me le demande. Si votre mari avait été à la hauteur, il aurait réprimé la révolte dans le sang, mais, hélas il faut croire qu'il ne l'était pas! Vous êtes dotée de beaucoup d'esprit, mais, la phrase la plus légendaire que vous ayez dites, sortira dans le tribunal révolutionnaire: «j'en appelle à toutes les mères» lorsque Hébert vous accusait injustement et odieusement d'avoir pratiqué l'inceste!

Est-il vrai que vous aviez dit «qu'ils mangent de la brioche!» lorsque le peuple vous réclamait du pain? Je ne le pense pas, où bien vous l'auriez dit sans le penser, c'est certain!

Passez une bonne journée, Votre Majesté.

Alexandre D., l'un de vos neveux (car descendant de Marie-Caroline)



Très cher Alexandre,

Vous êtes donc un descendant de ma chère sœur Marie-Caroline? Comment cela est-il possible? Vous avez réussi à piquer ma curiosité et je vous avoue que cela n'est pas chose facile vu les conditions dans lesquelles vous me trouvez!

Cela dit, je ne peux me flatter d'être comparé à Madame de Montespan, qui fut maîtresse de Louis XIV! Sans doute n'êtes-vous pas sans connaître mon aversion pour ce genre de comportement. Mais je ne m'en offusquerai pas ici aujourd'hui car il est vrai que tout cela me semble bien futile maintenant...

J'ai toujours eu un profond respect pour mon mari. Notre mariage, comme toutes les unions royales, étaient arrangé, cela est vrai. Mais le Roi était un homme bon avec un cœur immense et je ne peux cesser de pleurer sa perte.

Je vous assure, cher Alexandre, n'avoir jamais prononcé la phrase que vous me prêter, lorsque le peuple réclamait du pain. Jamais je n'aurais dit une telle chose.

Je crains de ne pas comprendre ce que vous m'écrivez au sujet d'Hébert... ou peut-être est-ce le contraire, peut-être que je comprends trop bien... Je serai donc jugée? J'avoue que cela ne me surprend guère. Mais vous écrivez que l'on m'accusera d'inceste? Cela ne me semble guère possible et plutôt insolite! Si cela est le cas, il ne faut pas m'en surprendre non plus! Ces révolutionnaires sont capables de n'importe quelle atrocité pour arriver à leurs fins!

À bientôt, cher Alexandre,

Marie-Antoinette



Votre Majesté,

Je vous remercie mille fois de m'avoir répondu, surtout de l'endroit où vous vous trouvez! Mais, comment vous portez-vous? Vos geôliers sont-ils affables avec vous?

Je suis descendant de votre soeur Marie-Caroline par sa fille Marie-Amélie qui épousera le duc de Chartres lui-même fils de Philippe-Egalité.

Vous allez me dire sans doute que je descends d'un traître à la couronne, et peut-être que je suis comme lui, eh bien détrompez-vous, je déteste cette sombre époque que l'on appelle communément la terreur, le duc D'Orléans s'est sans doute fait entraîner dans cette spirale, et a eu des actions très regrettables guidées par ses «collègues» parlementaires.

Quels rapports entreteniez-vous avec vos parents, ainsi qu'avec votre soeur Marie-Caroline? Vous ont-ils choyée? Votre mère l'impératrice Marie-Thérèse aimait beaucoup son mari, votre père, il me semble, était-ce vrai?

Passez une belle journée, Votre Majesté.

Alexandre D.

Alexandre,

Je vous avoue que ma santé est chancelante et que je ne me porte pas trop bien. Mais je tiens bon et je ne perds pas espoir. 

Mes parents aimaient à passer du temps avec leurs enfants, malgré leurs grandes occupations et préoccupations. Je garde d’excellents souvenirs du temps passé avec eux et j’ai essayé de faire de même avec mes propres enfants. Mes parents ont eu la chance de ne pas seulement faire une alliance mais aussi mariage d’amour, ce qui est assez rare pour les princes et princesses, vous en conviendrez. L’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre fut toujours très grand et très fort. Ma mère eut beaucoup de difficultés à surmonter son décès, comme nous tous d’ailleurs. 

Marie-Caroline et moi étions bien proches en âge et nous aimions être ensemble. Elle m’a toujours beaucoup manqué. 

Et vous, cher Alexandre, comment vous portez-vous?

Marie-Antoinette

Bonjour Votre Majesté,

Mille fois merci pour toutes vos précisions concernant vos parents, qui sont aussi mes ancêtres, c'est un présent très précieux de votre part de m'aider à mieux les connaître.

Vous ne vous sentez pas bien? J'en suis fort attristé, j'espère que vous allez promptement vous rétablir, c'est mon voeu le plus cher croyez-le bien, car, j'ai pour vous beaucoup de tendresse! Pour ma part je me porte assez bien merci.

Quel souvenir d'enfance gardez-vous de la cour impériale de vos parents? Est-il vrai que toute jeune encore vous vous êtes liée d'amitié avec un jeune musicien du nom de Wolfgang Amadeus Mozart? La vie à la cour de France n'était point trop pesante? Car c'était un véritable nid d'intrigues! Est-ce pour fuir quelque peu l'étiquette si stricte, ainsi que l'atmosphère si harassante de complots, que vous vous êtes fait construire une jolie petite ferme, ainsi qu'un théâtre afin de vous changer les idées?

Merci d'avance pour vos réponses, sachez que je prends beaucoup de plaisir à correspondre avec vous.

Prompt rétablissement et bonne journée.

Alexandre

Très cher Alexandre,

Il m’est fort difficile de prendre soin de moi dans l’état où vous me trouvez. Mon pauvre corps souffre mais, n’ayez crainte, mon esprit n’abandonne point.

De la Cour d’Autriche et de mon enfance, je garde d’heureux souvenirs. Cela est en partie dû au fait que mes parents, malgré leurs lourdes charges, ont toujours pris le temps de côtoyer leurs enfants.

Je ne puis prétendre m’être liée d’amitié avec le jeune Mozart. Nous étions encore bien jeunes lorsque nous nous rencontrâmes!

L’Étiquette en Autriche était très lourde et cela ne fut point un grand changement pour moi à mon arrivée à la Cour de France. Ce qui était différent par contre, c’était le rang que j’y occupais. Être Dauphine, et éventuellement Reine de France n’est pas la même chose qu’être Archiduchesse en Autriche. Je peux bien vous avouer que ces nouvelles responsabilités me pesèrent parfois. Et il est vrai que les intrigues étaient choses si communes! J’aimais être à Trianon et au Hameau, en petit comité. Cela me permettait d’être encore plus près de mes enfants et de mes amis.

Ah, cher Alexandre, comme ces jours heureux me manquent maintenant! Mais je garde espoir.

À très bientôt,

Marie-Antoinette