Sylvie
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Votre procès
 

    Votre Altesse royale,

Madame, cela faisait longtemps que je voulais venir discuter avec vous et «être» en votre compagnie à la Conciergerie.

Je voudrais, si vous me le permettez, revenir sur votre «procès». Oui, je l’ai mis exprès entre guillemets, car il ressembla plus à une mascarade qu’à autre chose! D’ailleurs, pourquoi un procès, qu’avez-vous donc fait de si répréhensible à leurs yeux (hormis bien sûr d’être autrichienne)? Mais cela n’est pas un crime! Non, je ne reviendrai pas sur les insinuations perfides de Fouquier-Tinville, non, je ne m’abaisserai pas à ça! Je citerais l’un de vos nombreux détracteurs, Joseph Armand Herman, vous accusant d’être l’instigatrice de la trahison de Louis XVI, feu votre époux. Et comme si cela ne lui suffisait pas, vous comparer à Frénégonde (reine de Neustrie, épouse de Chilperic Ier). Il ajouta aussi Marie de Médicis, là c’est un compliment, là oui, elle, ce fut une reine de France étrangère, soit dit en passant je pense que c’est cela que voulait dire ce fat d’Herman, car Frénégonde n’a jamais été reine de France, la Neustrie n’était qu’une toute petite partie du territoire des Francs. Je suis française, mais je n’ai pas très bien compris le bien-fondé de la Révolution française, soi-disant faite par le peuple! Mais quel peuple, si je ne m’abuse ou si l’on ne m’abuse pas, Danton, Robespierre, Jacques René Hébert, etc., n’étaient pas issus du peuple mais de la bourgeoisie…

Non, si vous arrivez à avoir quelques renseignements concernant les besoins du petit peuple à faire guillotiner leur roi et leur reine, pourriez-vous m’en informer? On vous a souvent dépeinte comme quelqu’un de léger, d’irréfléchi. Que savent-ils des épreuves que doit endurer une jeune fille de quatorze ans, dont les parents ont arrangé le mariage avec un homme qu’elle ne connaît pas, dans un pays qu’elle ne connaît pas et dans une cour où on ne l’attend pas! Que peut ressentir cette jeune fille de devoir quitter sa maison, ses parents, ses frères et sœurs et à qui on n’a pratiquement pas expliqué les us et coutumes de Versailles? J’aimerais que l’Histoire retienne que vous avez été assassinée avec préméditation en place de la Révolution, je ne vous donnerai ni le jour et l’heure, je suis venue vous tenir compagnie et non être désagréable… Ayant quelques connaissances du futur, si vous avez la malchance de revoir Fouquier-Tinville, Jacques René Hébert et Martial Joseph Armand Herman, dites-vous que dans quelques mois ce sont eux qui seront conduits à la guillotine! Bien mal acquis ne profite jamais!

Je me vois contrainte et forcée et vous abandonner à votre triste sort, si vous me le permettez je reviendrai vers vous. Avant de vous laisser je voulais vous dire que  vous avez apporté énormément à la France, dommage que cela ne fut pas réciproque.

Recevez, Madame, mon amitié, mon soutien et mes sentiments les plus respectueux,
Sylvie