Loiz
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre petit chien

    Votre Majesté,

J'ai appris récemment que dans le courant du printemps 1792, aux alentours du 20 juin, vous auriez acquis un petit chien, tant vous craigniez l'invasion du palais des Tuileries par la foule déchaînée. Vous comptiez sur le zèle de ce petit compagnon pour vous réveiller en cas d'alerte.

Confirmez-vous cette information? Qu'est-il dans ce cas advenu de ce petit compagnon: vous a-t-il suivi après le 10 août au couvent des Feuillants puis au Temple? Certains prétendent qu'il vous aurait suivi jusqu'aux portes de la Conciergerie, mais qu'empêché d'y entrer par les gardes qui vous y ont transférée, il guetterait inlassablement et fidèlement (comme le vaillant Toulan, le noble marquis de Jarjayes, ou encore Rougueville, et bien d'autres, j'ose imaginer...) votre sortie. Qu'en pensez-vous?

Courage Madame, et tenez bon!

Votre bien dévoué

Loiz



Très cher Loiz,

J'ai toujours eu une affection particulière pour les petits chiens. À ma grande tristesse, il m'est arrivé à quelques reprises de devoir les laisser derrière moi (comme lors de mon départ pour la France) et je ne sais pas toujours ce qui leur est arrivé. L'on m'a tout enlevé, même ces petits animaux qui m'étaient chers... n'est-ce pas désespérant et particulièrement cruel, cher Loiz?



Oh que oui, Votre Majesté: sur ce point au moins, je vous approuve bien volontiers. La cruauté de nos semblables s'exerce même sur les plus infimes détails; je vous prie de ne pas perdre de vue que vos geôliers, qui sont dorénavant nos ennemis, ne perdront pas une occasion de vous faire perdre votre dignité qu'ils qualifient de morgue.

Mais une petite intuition me souffle à l'oreille que vous remporterez sur eux et à ce niveau précisément, une dernière victoire. Madame, je vous en conjure, ne vous laissez pas aller, tous les espoirs vous sont permis!

Votre bien dévoué,

Loiz

Très cher Loiz,

Je suivrai vos conseils. Mais, si vous le voulez bien, cher Loiz, ne cessez pas de m’écrire. Vos lettres m’aident à ne point sombrer dans la tristesse, la douleur et la trop grande inquiétude.

À bientôt, je l’espère,

Marie-Antoinette