Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre nuit de noces

   
Votre Majesté,

J'espère que vous ne me trouverez pas trop indiscrète mais il y a une question que j'ai envie de vous poser depuis longtemps. Votre époux et vous, lors de votre mariage, vous vous connaissiez à peine. Loin de moi à l'idée de vous demander des détails sur votre nuit de noces. Cela ne me regarde aucunement et c'est une chose que toute femme souhaite garder pour elle. Je souhaiterai seulement savoir si appréhendiez cette nuit, étant donné que vous étiez très très jeune. Et le fait que vous ne connaissiez pas très bien le roi n'a pas dû vous faciliter la tâche. Sachez que si vous voulez garder l'anonymat à ce sujet, je ne vous en tiendrai nullement rigueur.

Je souhaiterai savoir aussi quelle est la première impression que vous a faite madame du Barry avant que vos tantes ne commencent à vous dire du mal d'elle.

Je voudrai aussi vous dire que vous avez beaucoup de chance d'être aimée par un homme comme Axel de Fersen. Je vous avoue qu'il est rare de nos jours de rencontrer des hommes qui ont le profil d'un prince charmant. Le comte de Fersen ne semble pas seulement beau extérieurement (ce qui entre nous n'a aucune importance) mais il est cultivé, raffiné, très intelligent et surtout très courageux. L'histoire raconte qu'il s'est distingué brillamment à la guerre d'indépendance.

Je vous prie d'agréer, Votre Majesté, mes salutations distinguées.

Votre loyale sujette,

Flore


Chère Flore,

Il me fait plaisir de recevoir de nouveau une lettre de vous. J’ose espérer que vous vous portez bien, ainsi que les gens que vous aimez.

Votre question est en effet indiscrète, mais je vais y répondre. N’ai-je point accepté d’ouvrir mon cœur et mes pensées à vous et vos contemporains, lorsque j’acceptaisl’offre de Monsieur Dumontais?

Vous avez tout à fait raison, j’appréhendais cette nuit, mais pas seulement dans le sens négatif. J’étais nerveuse et quelque peu anxieuse mais aussi très curieuse!

Je vous avoue avoir été intriguée par Madame du Barry. Ses manières et celles des autres vis-à-vis d’elle, tout cela m’intriguait. Mais dès que je sus son rôle, je ne pus m’empêcher d’y voir du mal. Et son caractère m’était déplaisant.

Vous faites de beaux compliments au comte de Fersen et cela est bien mérité. J’ai beaucoup d’amitié pour lui et j’ose espérer qu’il se porte bien et qu’il est en sécurité, malgré les événements et où qu’il soit.

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette



Votre Majesté,

Je vous remercie beaucoup d'avoir répondu à ma question. Je ne vous en aurais pas tenu rigueur si vous ne l'aviez pas fait. Je vous l'ai posée pour ensuite vous dire que contrairement au courtisans de la Cour, je ne me serais jamais moqué de vos difficultés conjugales avec le roi durant vos premières années de mariage. Surtout qu'à quatorze et quinze ans, c'est normal de ne pas être prête pour ce genre de chose. Saviez-vous que l'Impératrice Catherine de Russie a connu les mêmes difficultés que vous, sauf que son mari la trompait et la traitait sans aucun respect?

Moi aussi, j'espère que les gens que vous aimez, à savoir la Princesse Elizabeth, vos enfants et le Comte de Fersen se portent bien. Je pleure comme vous la mort de votre époux et la Princesse de Lamballe. Comment a-t-on pu exterminer des gens aussi bons et généreux? Je ne cesse de me poser la question. La guillotine a d'ailleurs coûté la vie à un jeune homme suite à une erreur judiciaire, il y a une trentaine d'années à mon époque. Une parodie de justice, comme lors du procès de Louis XVI.

À mon époque -nous sommes en 2007- nous aurons bientôt les élections présidentielles. Je vous avoue que je ne serais pas contre l'idée d'avoir un roi en France -une monarchie parlementaire bien sûr, comme en Angleterre actuellement.

Lorsque vous aviez épousé Louis XVI, vous attendiez-vous à vivre une grande histoire d'amour? Je trouve que votre mère vous mettait beaucoup trop de pression au sujet de la consommation de votre mariage. Surtout qu'elle n'était pas là pour vérifier comment vous vous y preniez pour séduire votre époux. Cela n'a rien d'étonnant que vous ayiez eu du mal à avoir un enfant avec tous les corbeaux qui étaient autour de vous et de votre mari. Saviez-vous qu'une lourde pression psychologique peut être un facteur d'échec dans la conception d'un enfant? Pourquoi, je l'ignore.

J'ai vu à Versailles, au musée des Carrosses, le petit carrosse de votre petit Louis-Joseph. Il est très joli. J'aimerai beaucoup savoir de quelle couleur était votre robe lors de votre première rencontre avec le Dauphin.

Cordialement,

Flore


Très chère Flore,

La cruauté des Hommes de ce temps m'est impossible à comprendre. Alors comment l'expliquer?

Je vous avoue que, lorsque je sus que j'allais épouser le Dauphin de France, je ne m'attendais pas à une grande histoire d'amour… mais mon coeur l'espérait! Je connaissais l'amour de mes parents et je souhaitais la même chose de mon mariage.

Il est vrai que notre premier enfant fut long à venir. Cela est sans doute dû à plusieurs facteurs. J'ai sans doute mes responsabilités dans tout cela, mais tout se résorba après l'opération du Roi.

Pour la couleur de mes robes, j'aimerais bien vous le dire mais je crains de ne pas en avoir gardé un souvenir très clair. Tout cela est si loin!

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette