Mademoiselle Irène
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Votre Marie-Thérèse a enfin ses sept ans!
 

   

Votre Majesté,

Je me dois de vous écrire pour vous faire part des nouvelles des jours passés. Alors que vous êtes en visite chez votre chère sœur Marie-Christine en Lorraine, tant de choses se déroulent à la cour!
   
Aujourd’hui, son Altesse Royale Monseigneur le comte d’Artois souhaitait vous voir. Il a un message d’une extrême importance à vous communiquer.
   
Votre sœur Marie-Anne, qui était venue rendre visite à la cour, est encore un peu faible, suite à ses nombreuses fatigues et à son malaise au bal dernier. Elle est désormais allongée dans son lit et reçoit les visites de tous les nobles de la cour qui souhaitaient la voir depuis si longtemps.
   
Vos moutons vont bien, une servante les nourrit chaque matin depuis votre départ.
   
Hier après-midi, vous avez reçu une invitation à la réception du comte Hans Axel de Fersen. Votre mère vous incite vivement à y assister, ou du moins à y faire apparition. Elle soutient le fait qu’il faut entretenir votre réputation pour tenir à distance toutes les mauvaises langues.
   
Votre chère et tendre Marie-Thérèse va bien, mais elle vous réclame. Hier, pour ses sept ans, votre époux le roi a lui-même organisé l’une des plus belles réceptions jamais vues! Votre frère Joseph II avait même fait le déplacement depuis Vienne pour y assister. Il a été fort déçu de ne pas vous voir; il ignorait entièrement votre absence de la cour.
   
Marie-Thérèse me parle souvent de vous: elle vous aime de tout son cœur et vous lui manquez terriblement. Elle aime jouer avec les agneaux de la bergerie, et cueillir des fleurs (gelées, hélas, par le froid hivernal) pour vous les offrir en bouquet, rassemblées par un joli ruban de tissu rose.

À la cour, votre départ a fait taire les mauvaises langues, et l'on entend même des compliments à votre égard.   
 
Avec tout le respect de votre humble servante,

Mademoiselle Irène


Mademoiselle Irène,

Votre lettre me trouve à un moment bien différent de celui dont vous me parlez. Je suis présentement à la Conciergerie, sans savoir ce qu'il adviendra de moi ou de mes enfants qui, eux, sont enfermés au Temple avec ma sœur Élisabeth. Mon fils, qui m'avait déjà été enlevé, est gardé par les révolutionnaires. Je ne sais ce qu'ils font de lui, qui est si jeune et si fragile!

Comme j'aimerais, cependant, que votre lettre me trouve dans de meilleurs temps!

Marie-Antoinette