Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre caractère

    Votre Majesté,

Je dois vous dire que je vous ressemble un peu, pas physiquement mais du caractère. Quand je n'aime pas quelqu'un, moi aussi, je le méprise par le silence et l'ignore au lieu d'en venir bêtement aux mains. C'est la meilleure attitude à avoir selon moi. J'ai comme vous un goût particulier pour le naturel, les fleurs et de belles couleurs fraîches. Je m'intéresse beaucoup à la mode féminine de votre époque et je trouve vos robes ravissantes. Mais votre attitude dans votre cellule, toujours digne, démontre que ce n'est pas une robe follement coûteuse, quelques courtisans à ces pieds et une couronne sur la tête qui font d'une reine une reine. Ne dit-on pas l'habit ne fait pas le moine? C'est votre grandeur d'âme, votre dignité et votre courage qui font de vous la reine de France. Je suis républicaine, bien sûr et je compatis aux maux dont a souffert le peuple mais je reste néanmoins fidèle à ma reine. Je ne pense pas que ce soit vous ni le roi qui soient les principaux responsables du malheur du peuple. Vous avez été mal conseillés par les frères du roi. Je n'ai pas de conseil à vous donner mais Necker était de bons conseils. Si cela peut vous réconforter, je peux vous dire que dans le futur, Hébert, Robespierre, le duc d'Orléans et même Madame du Barry furent envoyés à l'échafaud. Après la chute de la monarchie, le peuple vécut sous la terreur de la guillotine et leur situation matérielle ne fut pas améliorée. Cela démontre que votre personne n'est pas principalement responsable. Je trouve aussi pathétique de vous avoir surnommé l'Autrichienne.

Dieu vous garde et vous protége

Respectueusement,

Flore



Chère Flore,

Je ne sais point à quoi ressemble la mode dans votre temps, mais n'est-ce pas qu'elles étaient ravissantes, mes robes? Comme tout cela me paraît loin maintenant…

Dites-moi pourquoi vous êtes républicaine? Je serais curieuse de le savoir, car pour ma part, c'est quelque chose que je ne peux comprendre… Il me semble qu'on ne peut être fidèle à la République et à la Monarchie en même temps!

M. Necker était le pire des conseillers et pour notre malheur, nous avons dû composer avec lui beaucoup trop longtemps. Voyez dans quelle indifférence générale il a quitté son poste!

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette



Votre Majesté,

Je ne suis pas à la fois Républicaine et Monarchiste. Je suis Républicaine. Mais je ne vois pas seulement en vous la reine, je vois en vous aussi la femme. Je ne suis pas Monarchiste mais, simplement, je ne vous juge pas, c'est différent. Je pense que vous êtes une femme bien. Vous-même appréciez monsieur Toulan, et réciproquement, alors qu'il est républicain et vous, reine de France. Ce n'est pas votre faute si vous avez été placée sur le trône, alors comment pourrais-je vous haïr pour cela? Rosalie, votre servante à la conciergerie, vous est fidèle, étant pourtant Républicaine. C'est ce que les gens ont dans le coeur qui est important et on ne doit pas se séparer en clans à cause des différentes opinions. De plus, c'est dépassé à mon époque. Je ne rejette pas quelqu'un à cause de ses principes. Peut-être les gens de votre époque vous ont rejetée, huée, insultée parce que vous êtes la reine de France. Je trouve qu'ils ont oublié quelque chose: les gens sont égaux. Et je trouve que ce principe ne s'est pas appliqué assez à vous et à votre famille.

J'espère que ma réponse vous donnera satisfaction.

Respectueusement, Flore



Très chère Flore,

Vous me semblez quelqu'un de très sensée et j'entends très bien ce que vous m'écrivez. Et vous avez raison. Il existe, fort heureusement, des gens bien partout. J'ose espérer que les déchirements que nous connaissons présentement sont bien terminés à votre époque.

Je vous remercie, chère Flore, pour vos lettres. Elles me sont précieuses.

Marie-Antoinette