Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Votre belle-mère

    Votre Majesté,

Pardonnez-moi de vous importuner en ces moments les plus tristes mais j'aimerais vous poser une question.

Saviez-vous que le mépris que vous affichiez pour madame du Barry est égal à celui que la mère de votre époux, Marie-Josèphe de Saxe, affichait pour madame de Pompadour?

Elle s'est liguée contre la marquise pourtant, c'est grâce à elle qu'elle aurait pu devenir reine de France. Et votre beau-père fut à plusieurs reprises odieux avec elle. Cela ne vous intéresse sûrement pas beaucoup mais je dis cela pour vous montrer que vous avez peut-être fait la même erreur tous les trois: juger sans connaître une femme parce qu'elle est roturière, jolie, intelligente et parce que bien que de condition modeste, elle plaît au roi.

La cour ne vous montait pas contre la comtesse du Barry pour votre bien, mais pour servir ses ambitions. Madame de Pompadour, madame du Barry et vous, bien que vous soyez princesse et elles roturières, avez au moins un point commun: vous étiez toutes les trois meurtries et humiliées par la cour.

Si la comtesse du barry se trouvait dans le même cachot que vous, refuseriez-vous encore de la connaître? Si votre époux l'appréciait, elle avait bien des qualités. Je ne vous blâme pas de ne pas l'aimer, vous l'avez jugée trop vite.

Respectueusement,

Flore


Chère Flore,

Mes différends avec Madame du Barry me semblent bien loin maintenant. Mais je dois vous dire que ceux-ci ne concernaient pas tant sa naissance ou sa condition modeste, plutôt que sa place auprès du feu Roi ainsi que ses manières arrogantes.

J’avais, à ce moment-là, une aversion certaine pour ce genre de comportements, que je tenais sans doute de mes années à la Cour d’Autriche. La débauche m’a de tout temps répugné, comme elle répugnait ma famille. Je n’avais pas l’habitude de ce genre de procédés. Et si, le temps passant, je n’ai plus aujourd’hui la même aversion pour elle, je ne crois pas avoir mal jugé, ou encore jugé trop rapidement Madame du Barry. 

Dans la situation où vous me trouvez présentement, si je devais partager quoi que ce soit avec elle, je crois bien que cela me laisserait plutôt indifférente. Mes pensées sont ailleurs, comme vous pouvez bien vous l’imaginer.

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette