Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Vos amis et ennemis

    Bonjour Votre Majesté

Je présente mes respects à ma reine et suis ravie de pouvoir m'entretenir avec elle.

J'ai quelques questions à vous poser en espérant ne pas être trop indiscrète et que vous aurez la bonté d'y répondre: quelles sont les raisons de votre aversion envers le cardinal de Rohan? Pourquoi haïssez-vous madame du Barry, la favorite de Louis XV? La princesse de Lamballe est-elle pour vous une amie plus proche que la duchesse de Polignac? La princesse de Lamballe a-t-elle eu une relation amoureuse après la mort de son époux? Étiez-vous amoureuse de votre mari?

J'espère que ces questions ne vous importunent pas trop et que je n'en pose pas trop à la fois. Les courtisans se délectaient de votre amitié avec le comte de Fersen et vous ont même calomniés tous les deux en racontant que le petit Louis Charles n'était pas le fils du roi mais celui de votre ami, n'est-ce pas? Que ces gens pouvaient être cancans et méchants! Je sais que vous êtes femme d'honneur et que vous ne vous seriez pas abaissée, madame, à une vulgaire liaison alors que vos deux âmes se comprenaient si bien.

Respectueusement,

Flore



Très chère Flore,

Quel beau prénom vous avez! Je le dis en murmurant, et il est si doux à mes oreilles! Il me rappelle de beaux paysages, la senteur des fleurs, le printemps! Ah Flore, quel joli nom!

Je répondrai à vos questions, même si certaines d'entre elles me rappellent certaines personnes que je préfèrerais effacer de ma mémoire. Mais l'heure n'est plus aux rancunes et je me dois d'oublier ces querelles et de libérer mon coeur de ces mauvaises passions! Je vais tenter de vous en parler sans m'émouvoir.

Le cardinal de Rohan était un libertin, un homme qui ne méritait pas une si haute dignité dans l'Église. Son attitude lors de son séjour à Vienne, aussi bien que son attitude générale, m'en avait pour toujours dégoûtée. Et que dire de cette histoire du collier, dans laquelle il a été impliqué. Je suis toujours convaincue qu'il a joué un rôle important dans cette affaire! Mais voilà que je me laisse emporter! Mais non, je ne veux plus détester, je ne veux plus haïr...

Et que dire de madame du Barry? une parvenue, une femme de mauvaise vie qui avait réussi à s'insinuer auprès du roi en utilisant ses charmes! Je ne pouvais tolérer que ces choses se passent si ouvertement à la Cour de France, quelle horreur! Vous imaginez un peu? Tous ces princes qui s'abaissaient à la saluer comme si elle était la reine! Non, je ne pouvais point le tolérer.

Mais permettez-moi de répondre tout de suite à votre prochaine question. Comme vous me faites plaisir en me donnant l'occasion de parler de mes grandes amies, mesdames de Polignac et de Lamballe! Je fus très proche de l'une comme de l'autre, quelquefois plus de l'une que de l'autre. Je n'aimerais pas mettre des préférences à mes amitiés. Cependant, il est vrai que madame de Polignac et moi
avions beaucoup de goûts et de points en commun, qu'elle savait si bien me comprendre! Elle me manque terriblement, tout comme madame de Lamballe qui perdit la vie de façon si cruelle!

Au sujet de madame de Lamballe, vous ne m'en voudrez point, très chère Flore, de ne pas répondre à votre question sur la vie amoureuse de mon amie...vous comprendrez sans doute pourquoi. Ce n'est pas moi qui propagerai des bruits inapproprié sur ce genre de sujet.

Et l'amour... j'aimais mon mari, oui. L'amour peut prendre plusieurs formes et le roi était une si bonne personne!

Il me fait plaisir, chère Flore, de recevoir vos lettres et celles de vos contemporains, qui me réchauffent le coeur!

À très bientôt,

Marie-Antoinette