Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Sissi et vous

   

Votre Majesté,

Que je suis contente de vous revoir. Je sais que vos enfants sont ce que vous avez de plus cher au monde mais une petite question me chiffonne un peu. Vous êtes une femme pleine de joie. Votre vie luxueuse a-t-elle participé à ce bonheur ou la perte de vos bijoux et robes vous est-elle indifférente? Il est vrai que vous étiez dépensière mais une reine devait toujours être très bien habillée, c'est normal. Je réponds avec un peu de retard à votre question. Oui, on a déjà cancané à mes dépens dans une cour d'école mais je ne me plaindrai pas car c'est sûrement arrivé à beaucoup d'autres. En classe, certains cancanaient parce que je m'intéressais à l'histoire et à d'autres matières. Lorsque l'on parlait de vous ou de Louis XVI et que je faisais montre de mes connaissances, il y en avait toujours qui murmuraient derrière mon dos: «On s'en fout». Vous savez, on cancane sur n'importe quoi: le penchant d'une fille pour un garçon, une passion que personne d'autre n'a, une querelle intime. J'ai un avantage sur vous, c'est que je ne logeais pas là-bas mais un inconvénient, c'est que je n'ai pas le pouvoir de me débarrasser des importuns. J'ai appris à ignorer les commérages et à mépriser par le silence (qui peut-être une arme redoutable). Je précise que je ne suis pas une personne renfermée. J'aime le contact avec les gens et la tranquillité à la fois. C'est un peu de vous que je me suis inspirée pour trouver mon mécanisme de défense. Lorsque quelqu'un m'énerve trop, je préfère l'ignorer que d'en venir aux mains. Je pense que vous me comprenez, ce n'est pas de la lâcheté mais je pense au contraire qu'il faut du courage pour garder son sang-froid. J'ai vu que ça avait marché pour vous avec madame du Barry alors j'ai essayé moi aussi et il est vrai que le silence humilie les personnes qui veulent du mal. Savez-vous que dans le futur, au 19e siècle, une princesse bavaroise s'est mariée avec un de vos descendants. Je trouve que sa vie fait penser à la vôtre. Elle fut reine de Hongrie et impératrice d'Autriche comme votre mère, l'impératrice Marie-Thérèse. Elle fut accusée par les courtisans d'une liaison avec un ami très proche comme vous. Elle s'est mariée au même âge que vous pratiquement. Elle a perdu 2 de ses enfants comme vous. Elle n'aimait pas la vie à la cour, le protocole et ressentait parfois un besoin de s'évader comme vous. Elle s'appelle Elizabeth mais elle est connue sous le nom de Sissi. Elle avait des amies proches, comme vous, mais parfois, devait se sentir si seule. Ce soir, à mon époque, c'est la fête de la musique et ça se passe à Versailles. La présentatrice a dit 2 fois que vous avez été arrêtée le 6 octobre 1789 au château mais c'est faux. Vous n'avez pas été arrêtée mais c'est vous et votre mari qui êtes partis pour les Tuileries. J'aimerais bien venir témoigner, si je le pouvais, en votre faveur mais ce n'est pas possible. Tout mon soutien et mes voeux de liberté vous accompagnent.

Dieu garde Sa Majesté la Reine.

Amicalement, Flore


Très chère Flore,

Votre lettre me touche beaucoup. Je suis heureuse si j'ai pu être une inspiration pour vous et vous avez raison, le meilleur moyen d'ennuyer les ennuyeux, c'est de les ignorer. Cela fait souvent beaucoup plus de mal que les moyens violents, en paroles ou en gestes.

Il semble en effet que, d'après ce que vous m'en dites, cette impératrice Sissi dont vous me parlez ait connu une vie semblable à la mienne. J'ose espérer qu'elle ne fut pas victime des révolutionnaires et qu'elle ne fut pas enfermée comme je le suis maintenant!

Une fête de la musique à Versailles? Je suis heureuse d'apprendre que l'on tient encore des fêtes à Versailles, sans doute sont-elles bien différentes de celles que je connus!

Pour répondre à votre question, j'ai cru longtemps que le luxe qui m'entourait, les belles toilettes que je me procurais, les bijoux et toutes ces choses matérielles allaient m'apporter le bonheur. Je compris bien avant les troubles que ce ne serait jamais le cas, mais qu'au moins ceux-ci allaient peut-être m'aider à adoucir ces moments difficiles que je vivais parfois. L'ont-ils fait? Peut-être, par moments… mes enfants étaient un meilleur remède! Mais je me rends compte encore mieux aujourd'hui, si cela est possible, que je n'avais pas besoin de ces choses. Le bonheur se trouve ailleurs… et il est si fragile!

Profitez-bien de vos moments de bonheur, chère Flore, ils sont précieux!

Marie-Antoinette


Ma reine bien aimée,

La pauvre Sissi n'a pas eu une vie heureuse. Sa belle-mère la tyrannisait, l'accablait de sarcasmes. L'impératrice a d'ailleurs eu une maladie grave. Elle fut assassinée lâchement le 10 septembre 1898 à l'embarcadère de Genève sous les yeux de sa dame de compagnie, par un anarchiste dont le nom n'est pas digne que l'on s'en souvienne, il s'appelle Luchini. Je rage qu'il ne fut pas exécuté. L'impératrice Sissi aussi a perdu la garde d'un de ses fils. Il n'y a rien de plus monstrueux que de faire enlever un enfant à sa mère. Soyez rassurée, je suis sûre que le cordonnier Simon est gentil avec le vôtre. Votre lettre m'a beaucoup touchée. Je comprends d'autant mieux votre besoin de distraction que j'ai l'âge que vous aviez lorsque vous êtes montée sur le trône, j'ai 18 ans. J'envie l'amour que vous porte Fersen. Je n'ai pas encore connu mon premier amour. Beaucoup de filles de mon âge sont sorties avec des garçons mais ce sont souvent des histoires sans importance et parfois sans amour. Je suis très fleur bleue et, le jour où je serai amoureuse, je veux que ce soit aussi fort que votre amour avec Fersen, quitte à avoir des désillusions. On verra bien. Je veux aussi profiter un peu du célibat car à votre époque, les jeunes filles étaient mariées. Mon bonheur ce sont mes amis, ma famille, ma santé et mon futur métier: auxiliaire de puériculture. Cela consiste à s'occuper d'enfants de 0 à 15 ans. J'aimerai m'occuper d'enfants, leur apporter un soutien physique et moral. J'aime beaucoup les enfants même si je ne sens pas prête à devenir maman. Vous avez raison, l'argent ne fait pas le bonheur. Je trouve même qu'il réduit les chances car les pauvres sont plus sûrs d'être aimés pour eux-mêmes. J'ai envie de commencer à travailler et être indépendante jeune pour pouvoir l'élever comme je le souhaite. Si je puis faire quelque chose pour vous aider, n'hésitez pas, Madame, à me le demander. Je me réjouis que cet abruti de cardinal de Rohan ait été dépouillé de ses titres et de ses biens par votre mari et que la piété lui ait fait défaut jusqu'à sa mort. Quant à cette infâme La Motte, je vous ai trouvée trop bonne de lui laisser la vie. J'ai écrit à Robespierre pour lui dire tout le mal que je pensais de lui et tout le bien que je pensais de vous. Évidemment, il m'a dit que j'étais immature et que je devais relire mes cours d'histoire. Comme je vous plains de vivre à la même époque que cet homme! Je ne vous l'ai pas dit mais j'écris un livre (en amateur bien sûr et pour mon compte). C'est un peu dur en ce moment car plusieurs passages ont été perdus. Si cela vous intéresse et que vous avez des questions à me poser à ce propos, n'hésitez pas.

Si c'est Dieu qui veut ces épreuves, il est cruel parfois. Le destin frappe toujours les bons comme vous, le roi Louis XVI, le roi Henri IV, le roi Henri II, votre fils Louis Joseph, l'impératrice Sissi, la princesse de Lamballe et j'en oublie. C'est trop injuste.

Vive la reine

Amicalement, Flore

Je vous suis entièrement dévouée, Flore


Très chère Flore,

Comme je crains pour mes enfants! Pardonnez-moi, mais je ne peux avoir confiance dans le cordonnier Simon pour prendre soin de mon fils! Je ne peux l'accepter et dormir tranquille! Que d'inquiétudes pour mes enfants!

Vous semblez beaucoup aimer les enfants, si j'en juge par ce que vous me dites du métier que vous allez exercer plus tard. Quel beau métier! Je vous souhaite tout le bonheur du monde! Surtout, prenez votre temps pour avoir vos propres enfants. Je vous souhaite de pouvoir profiter d'eux autant et même plus qu'il m'a été donné de le faire. Et si vous avez la chance de faire un mariage d'amour, allez-y! L'amour, sous toutes ces formes, est si important dans une vie. Vous avez la chance d'avoir une famille et des amis, ce sont là des formes d'amour toutes aussi importantes que l'amour d'un homme. Je vous souhaite néanmoins de le rencontrer, cet homme, vous saurez le reconnaître lorsque vous le croiserez sur votre route, j'y crois fermement!

Vous écrivez un livre, chère Flore? Et quel en est le sujet, si je puis me permettre? Cela demande sans doute beaucoup de travail et je vous admire d'avoir la patience de vous y consacrer.

Je dois vous quitter pour le moment, mais j'attendrai avec hâte votre prochaine lettre.

Amicalement,

Marie-Antoinette


Votre Majesté,

Je vous remercie pour toutes vos paroles, elles me touchent beaucoup. A vous aussi, je vous souhaite tout le bonheur du monde même s'il n'est pas possible dans cette vie. Le livre, que je n'écris qu'en amateur, parle de la vie de Louis XIV, de celle de Louis XV, de la vôtre et de celle de votre époux. Mais j'ai beaucoup de rectifications à faire. Je cherche beaucoup d'images parlant de vous.

Vive la Reine!

Dieu vous bénisse!

Savez-vous qu'au début du XXe siècle, une famille royale a eu le même sort que vous, mais je trouve qu'ils sont moins à plaindre car ils ont fait du mal au peuple. Si cela vous intéresse, je serai ravie de vous en parler.

Amicalement, Flore


Très chère Flore,

C'est moi qui vous remercie pour vos doux mots et je vous souhaite toute la chance du monde dans l'écriture de votre livre. Je vous avoue ne pas désirer en apprendre sur la famille royale dont vous me parlez. Dans ma situation, je préfère les histoires joyeuses et j'ai assez de mes propres malheurs, je vous l'avoue.

Encore une fois merci, chère Flore, de votre présence.

Marie-Antoinette