Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Rangement de vos affaires
 

    Majesté,

Comment vous portez-vous en ce moment? J’espère que ces chiens galeux de révolutionnaires ne vous torturent pas trop.

Je vous avoue que je souhaite que la France gagne la guerre car c’est mon pays, que tout le peuple ne souhaite pas votre mort et que les paysans royalistes n’ont pas à payer pour les autres.

Parmi les révolutionnaires, seule une voix de majorité a condamné votre époux. Ce qui signifie que trois-cent-soixante députés ne voulaient pas forcément tuer le roi. D’ailleurs, certains révolutionnaires ont changé au cours de ce qui est le passé pour moi et le futur pour vous. Danton et Desmoulins ont été condamnés à mort car ils étaient favorables à un appel à la clémence et se sont opposés avec courage à la Terreur. Néanmoins, je n’approuve pas leur vote car ils ont condamné à mort votre mari. Brissot et Vergniaud ont voté la mort, mais avec sursis.

Je souhaitais vous demander, car vous possédez énormément de robes, de bijoux, de chapeaux, manteaux… où rangez-vous tout cela dans votre chambre? Je doute qu’une seule garde-robe puisse contenir autant d’affaires. Avez-vous plusieurs garde-robes? Où se situent-elles? Et vous portez beaucoup de plumes? Sont-elles rangées dans des boîtes? Et ces plumes doivent être fragiles, surtout avec le vent dehors. Se cassent-elles facilement? Combien de temps peuvent-elles durer en moyenne? Aimez-vous acheter des choses, en particulier parmi les robes, les bijoux, les aménagements du petit Trianon?

Accordez-vous des audiences fréquentes au peuple? Ne trouvez-vous pas plus logique d’accorder vos faveurs aux démunis qu’à des gens qui ont déjà tout et qui ne sont pas des plus reconnaissants avec vous?

Le peuple vous aimait ainsi que votre mari parce qu’il était désespéré tant il avait faim. Lorsqu’il vous a vu pour la première fois, il voyait en vous une jeune femme douce, belle, respirant l’innocence, qui saurait le comprendre et le rendre heureux.

Cordialement,

Flore

Très chère Flore,

Vous savez, pour moi, tous ces révolutionnaires ne souhaitent (et n’ont toujours souhaité) qu’une chose: notre ruine et celle de la France. Ils ont, d’un commun accord, abattu la monarchie, seule et véritable source du pouvoir, et ils ont assassiné le Roi. Cela est un crime impardonnable.

Mais passons à votre question sur les garde-robes, cela me fait du bien de me changer les idées! Il y avait en effet plusieurs garde-robes à Versailles, d’autant plus que je ne portais pas les même vêtements selon les saisons. Il y avait d’ailleurs une charge qui concernait ma garde-robe.

J’ai, pendant un temps, porté beaucoup de plumes. Elles étaient protégées dans des boîtes puisque, vous avez raison, elles étaient fragiles. Malgré cela, elles ne se cassaient pas si facilement et le danger était surtout qu’elles s’envolent! Bien que la mode passa et que j’en portai moins, je les gardai presque toutes et les avais encore au moment de quitter Versailles.

Tout ce qui concerne les vêtements et les bijoux me passionnait. Tout comme les aménagements de Trianon. J’aimais les choses audacieuses, lancer des modes… et n’était-ce pas là un de mes rôles, en tant que Reine?

Il m’était difficile d’accorder des audiences au peuple. D’ailleurs, les audiences ont toujours été pour moi une corvée, bien que je doive m’y soumettre. Cela aussi fait partie du rôle d’une Reine. Mais j’ai toujours aidé les plus pauvres du royaume du mieux que je l’ai pu.

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette

Votre Majesté,

Je vous remercie pour toutes les réponses apportées. Est-ce vous qui choisissiez vos vêtements ou la dame d'honneur? Comment les servantes arrivaient-elles à se repérer pour les chapeaux, gants et plumes dans les boîtes? Y avait-il des étiquettes sur les boîtes? Vous emmenait-on dans la garde-robe pour que vous choisissiez vos affaires?

Cordialement,

Flore

Chère Flore,

C’est moi qui choisissais ce que je voulais porter. Je le disais et l’on m’apportait mes vêtements, sans que j’aie à me rendre à ma garde-robe. Je me souvenais de tout ce que je possédais… ou presque! J’imagine que les boîtes devaient être identifiées, il y en avait tellement! Je ne sais pas si mes gens avaient une aussi bonne mémoire que moi en ce qui concernait mes vêtements! C’était peut-être leur méthode.

À bientôt, chère Flore,

Marie-Antoinette