Suzanne
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Que s'est-il donc passé?
 

   

À Bordeaux, le 18 novembre 2010,

Votre Altesse,

J’ai lu trois romans consacrés à votre vie et j’ai noté que la vie à la cour n’était pas si simple qu’on pourrait le penser. Je citerai en exemple les rivalités entre vous et madame du Barry, la favorite de votre grand-père, Louis XV.

Au début de votre règne, le peuple vous appréciait, vous et votre mari. Que s’est donc passé pour que la Révolution ait eu lieu? Combien de temps avez-vous régné? La vie au temps de la Révolution vous a-t-elle paru dure? Avez-vous été en prison? Votre mari vous a-t-il aidé à surmonter cette période?

Je suis confuse de vous poser tant de questions et je suis, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, la très humble servante,

Suzanne



Chère Suzanne,

L’on me dit que cela fait bien longtemps que vous attendez votre réponse. Vous m’en voyez désolée. Le temps ne passant pas de la même manière pour moi que pour vous, je ne pouvais savoir que vous attendiez depuis si longtemps. Je vous prie de bien vouloir me pardonner.

Ah! chère Suzanne, vous me posez là une question à laquelle il m’est bien difficile de répondre. Que s’est-il donc passé pour que la Révolution ait eu lieu? Si seulement je le savais! Le bon peuple s’est laissé entraîner par des gens de mauvaise foi. Et s’il est vrai que les finances du royaume n’étaient pas dans le meilleur état qui soit, cela méritait-il une révolte? Les gens de mauvaise foi se sont laissés posséder par de fausses idées de liberté, et regardez maintenant où en sont les choses. Cela est désastreux.

Le feu roi mon mari a régné de la mort de son grand-père, en 1774, à sa propre mort il y a quelques mois. Peu importe ce que disent les révolutionnaires: mon fils est désormais le roi. J’ai espoir qu’il reprendra son trône un jour, avec l’aide de nos amis.

Je vous écris présentement de la Conciergerie, où l’on me tient prisonnière et séparée de mes enfants et de ma sœur Élisabeth. Avant cela, j’étais avec mes enfants et ma sœur au Temple. L’on nous avait déjà séparés du roi avant sa mort.

Les temps sont durs depuis bien longtemps déjà. Mais écrivez-moi de nouveau, chère Suzanne. J’aime lire les lettres que je reçois de votre temps. Quels sont ces trois romans sur moi, dont vous parlez au début de votre lettre?

Marie-Antoinette