Le citoyen Maurice
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Que pensez-vous de Robespierre?
 

    Madame,

Je ne pense pas vous surprendre en affirmant que je suis un admirateur de Robespierre et de son meilleur collaborateur et ami, Louis Antoine Saint Just. Ils ont fait un travail admirable et considérable pour l’évolution de la société, si on compare la République à ce qu’était la France sous l’Ancien Régime. Je leur adresse toute ma gratitude, et c’est à eux, magnifiques héros révolutionnaires, que nous devons notre liberté.

Non, Robespierre et les siens n’étaient pas de sanguinaires coupeurs de têtes. Maximilien, quand il était jeune avocat, était contre la peine de mort, et il le demeura toute sa vie. Alors, pourquoi ce carnage sous la Terreur?

Il faut savoir que le personnage en question n’était pas le patron tout seul, et que la création du Comité de salut public avait pour but de sauver la République menacée et attaquée de toutes parts, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Toutes sortes de complots se tramaient. Les méthodes radicales et impitoyables qui ont été adoptées sont certes très regrettables. J’aurais préféré, pour ma part, qu’on ne guillotine personne, mais peut-on faire autrement quand le danger menace tragiquement la patrie?

La loi des suspects était sûrement disproportionnée, et probablement des victimes innocentes ont-elles payé de leur vie des fautes qu’elles n’avaient pas commises. Mais notre «histoire de France», surtout la période «1789-1795»,  a de tout temps été remplie de «bavures» qui n’auraient jamais dû avoir lieu et qui sont assurément condamnables. Je considère que les criminels royalistes qui ont levé les armes contre la patrie, les faux républicains à la solde des aristocrates et des armées étrangères en guerre contre la France, en résumé tous ceux qui voulaient rétablir la monarchie n’ont eu que ce qu’ils méritaient quand on leur tranchait la tête. Je le déplore, mais c’est logique et c’est tant mieux! Immanquablement, dans le lot, des innocents ont eux aussi subi le même sort, hélas! L’histoire d’un pays, c’est malheureusement comme ça que ça se déroule.

Tout cela ne doit pas faire oublier que malgré les bavures dont j’ai parlé, l’évolution vers la liberté a fait un grand pas grâce aux «Montagnards de la Convention». Sans eux, nous serions encore en esclavage. J’adresse un grand merci à «ce cher Robespierre». Jamais la France n’a connu, de tous temps, un homme politique aussi vertueux, aussi intègre et aussi honnête que lui. Il était surnommé l’Incorruptible, à juste titre!
Que pensez-vous de Robespierre et de Saint-Just? Je suis curieux de savoir comment vous les jugez. Je suppose que vous ne partagez pas mon point de vue à leur sujet. Pourriez-vous me dire pourquoi, si vous le voulez bien, l’idée même de République et de démocratie vous révulse? En quoi ce système de gouvernement vous choque-t-il? Comment se fait-il que vos préférences vont à la monarchie absolue? La monarchie, vous le savez, est basée sur les inégalités sociales, donc sur l’injustice. Comment cela peut-il vous satisfaire? J’avoue que je ne vous comprends pas. Comment pouvez-vous admettre une vie en société basée sur l’injustice et sur l’esclavage?

À notre époque, vous n’avez plus aucun descendant, j’en suis sincèrement désolé pour vous. Votre entêtement forcené a donc amené ce triste résultat, et c’est du grand gâchis! Ceci me fait dire que, par chance, notre pays est une République depuis fort longtemps. 

Je suis né en 1953 à Paris. Nous sommes en 2011 et je vais bientôt avoir cinquante-huit ans. Je suis marié et j’ai deux enfants, des  grands garçons: Étienne, trente-et-un ans, et Sébastien, vingt-six ans. Nous sommes tous aussi républicains les uns que les autres, démocrates, sensés, mais cependant généreux et compatissants avec nos ennemis politiques, dont vous-même, vous le savez. J’aurais bien aimé vous connaître, ne serait-ce que pour avoir l’occasion d’essuyer vos pauvres larmes que certains révolutionnaires imbéciles et excités ont stupidement fait couler en abondance. Je vous assure de ma sympathie, même si je ne partage pas vos idées, et je sais qu’un jour viendra où vous trouverez enfin la paix, de toutes façons… Cette paix, j’aimerais bien vous l’apporter, mais je ne le puis, semble-t-il. Je ne suis pas votre ami, mais je ne suis pas votre ennemi non plus. Cette paix et ce bonheur, je vous les souhaite ardemment, de tout mon cœur. Si ce n’est pas encore le moment à cause de votre état de prisonnière politique, et aussi à cause de vos bourreaux qui vous torturent lâchement, sachez que ça viendra quand même. Ce jour là, vous vous souviendrez de moi et de mon infinie tendresse à votre égard. Vous vous ferez peut-être cette réflexion en vous-même: «Dommage que tous les Républicains ne ressemblent pas au citoyen Maurice.»

Je vous embrasse très affectueusement, cœur contre cœur, et je vous entoure tout entière de ma bienveillance chaleureuse. Courage à vous, ma pauvre chérie!

Vive la République!

Le citoyen Maurice



Cher Monsieur Maurice,

Eh bien, non, vous ne me surprenez pas par votre admiration pour les révolutionnaires Robespierre et Saint-Just! Et vous ne serez pas non plus surpris que je ne la partage pas.

Vous me demandez pourquoi je ne suis pas en faveur d’une république?  Eh bien, le roi n’a pas de place dans une république. Et la France ne peut pas avoir un autre système: c’est le royaume Très-Chrétien et Dieu a choisi les rois pour y régner. Les rois sont les lieutenants de Dieu et ils sont les mieux placés pour connaître les besoins du peuple. Ils sont éclairés par Dieu… et, croyez-moi, le cœur de mon mari était pur. Il ne voulait que le bien de ses sujets.

Vous avez des enfants? Comme je vous envie d’avoir la chance de les voir! Je suis bien heureuse que vous me parliez d’eux, cela me réconforte.

Et je pense déjà à ce que vous m’écrivez: «dommage que tous les républicains ne ressemblent pas au citoyen Maurice!». Car même si nous ne partageons pas les mêmes idées, nous pouvons quand même nous écrire et discuter. Dans l’état où vous me trouvez, répondre à vos lettres m’est une consolation.

Marie-Antoinette