Jeanne
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Pourquoi étiez-vous si frivole?

    Bonjour Votre Majesté, enchantée.

Je me permets de vous poser une drôle de question: pourquoi, alors que le peuple mourait de faim, étiez-vous si frivole, et achetiez-vous tous ces vêtements et tous ces bijoux? Pourquoi ne vous intéressiez-vous qu'à l'apparat?

Merci de bien vouloir me répondre,

À bon entendeur salut!

Jeanne



Très chère Jeanne,

Que puis-je répondre à cela? Vous avez raison, je fus quelque peu frivole dans ma jeunesse. Je ne savais pas à quel point le peuple avait faim. Ceci dit, j'ose croire encore aujourd'hui et malgré ma situation désespérante que ce n'est pas tout le peuple de France qui mourait de faim. Un est un de trop, je vous l'accorde, mais qu'aurais-je pu faire? J'étais si éloignée de tout cela à Versailles, et il est bien entendu que lors de mes nombreuses visites à Paris, je ne passais pas par les quartiers mal famés. Quelle tristesse que nous en soyons arrivés là, ne pensez-vous pas? Le roi, comme moi, souhaitait le bonheur de son peuple et l'aimait. Il ne souhaitait pas que son peuple eût faim et il travailla toujours à le soulager. Beaucoup de ces gens qui ont faim se sont laissé tromper par les mauvais sujets du roi. Mais pour revenir au sujet de votre question, il y a une raison bien particulière qui m'empêchait de m'intéresser aux choses de l'État. L'on me croyait beaucoup d'influence sur le roi, mais il n'en était rien, croyez-moi. Je devais faire croire que j'avais beaucoup de crédit auprès de lui car si l'on ne m'en avait pas cru, j'en aurais encore moins eu. Mais la réalité était tout autre. Tout au plus étais-je capable de favoriser la nomination de certaines personnes de mon entourage et encore là, j'ai souvent essuyé des refus à ce sujet de la part du roi. L'on ne me laissait que la frivolité et l'apparat, même si je devins de moins en moins frivole avec le temps. Si je l'ai trop été, je le paie amèrement aujourd'hui, croyez-moi.

À bientôt, très chère Jeanne,

Marie-Antoinette