Nabila
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Parlez-moi de vous

   

Je ne voudrais pas vous gêner. Je m'appelle Nabila, je m'intéresse à votre et j'aimerais bien que vous me parliez de vous. Aussi, appréciez-vous la jeune Rosalie? La trouvez-vous sympathique? J'aimerais parler avec elle un jour peut-être. Je partage avec vous votre tristesse à l'endroit où vous êtes. Laissez-moi vous dire, au nom de tous ceux qui vous ont écrit par l'intermédiaire de Dialogus que nous sommes tous avec vous et nous vous encourageons à tenir bon jusqu'au châtiment suprême. Même si je trouve que votre punition est injuste, sans vouloir être insolente, vous l'avez... un peu cherchée! Vos excentricités, votre frivolité et votre naïveté sont en partie responsables de tout ça. En parlant de naïveté, je fais allusion à Madame de Polignac, que j'ose surnommer la comtesse du Casino, car elle a profité de vous afin de régler définitivement ses problèmes financiers. Ainsi que Fersen vous l'a dit, il fallait vous éloigner de cette dernière. J'espère ne pas vous avoir offensée, mais ma légèreté et mon caractère borné m'ont bien souvent posé des problèmes. J'espère également que ma longue lettre ne vous a pas ennuyée.

Bien à vous,

Nabila


Chère Nabila,

Même si je sens de l'admiration dans votre lettre, je me dois de vous dire que vous êtes injuste! Mes excentricités, dites-vous? Lesquelles? Je n'ai pas été excentrique, aussi loin de ma mémoire veut bien se souvenir. Quelque peu naïve, je veux bien l'admettre. La jeunesse et la naïveté vont souvent pair. Mais excentrique? Jamais! J'aimerais bien que l'on me dise quelle excentricité j'ai bien pu commettre.

Je suis la Reine de France et je ne mérite pas d'être traitée comme je le suis présentement. En douteriez-vous réellement?

Aurevoir,

Marie-Antoinette


En l'an de grâce de 2005. C'est toujours moi Nabila.

Je suis confuse, je ne voulais pas vous mettre dans un tel état! Lorsque je parlais d'excentricités, je parlais de dépenses. Peut-être devrais-je revoir le sens de ce mot... Je suis heureuse que vous ayez senti dans ma lettre de l’admiration, car c'est ce que je voulais vous dire. Oui, je vous admire! J'admire votre spontanéité à aimer autrui, même s’il vous veut du mal. Quelle générosité lorsque vous avez proposé à madame de Polignac votre si belle amitié et une aide financière! Pourquoi tant de gentillesse devant celle qui vous a lâchement abandonnée aux révolutionnaires? peut-être a-t-elle en ce moment une pensée pour vous, si elle était vraiment votre amie. Je ne vous comprends pas... J'aurais volontiers maudit madame de Polignac si j'avais été à votre place. Mais j'oubliais qu'une reine ne peut pas maudire. Mon caractère est assez autoritaire, et c'est sûrement pour cela que mon attitude aurait été aussi dure, déplaisante, légère... J'ai eu le plaisir de communiquer par l'intermédiaire de Dialogus avec Fersen. C'est une personne charmante, un vrai gentilhomme, comme on dit à votre temps.

J'espère bien que vous me croirez suffisamment repentante envers vous.

Mes sincères salutations,

Nabila.


Très chère Nabila,

Oh! Je sens et je vois de l'admiration dans toutes vos lettres. Mais je vous prie de ne pas juger trop vite. Vous parlez de madame de Polignac comme beaucoup de vos contemporains le font, avec mépris. Mais mon amie ne m'a pas abandonnée. Elle est partie se mettre en sécurité, sur mon insistance! Elle n'est pas le monstre que l'on vous décrit en 2005. Quel dommage que sa réputation soit ternie, même tant d'années plus tard!

Vous avez eu la chance d'échanger une correspondance avec mon cher ami le comte de Fersen? Il est non seulement un vrai gentilhomme, mais aussi un ami sincère... ce qui est si rare en ces temps troublés!

À bientôt,

Marie-Antoinette


En l'an grâce de 2005.

Majesté,

Je suis décidément trop maladroite avec vous! Je suis désolée d'avoir parlé ainsi de votre amie madame de Polignac. Mais ce sont ces mêmes sottises que racontent les historiens de nos jours. Je préfère croire en vous, car la vraie amitié est ce qui compte le plus, en l'occurrence, pour vous, c'est celle de madame de Polignac. Merci de m'avoir pardonnée, la joie emplit mon coeur quand je lis le récent mot que vous m'avez envoyé! Le seul remède contre votre solitude est le rire. Je vais donc aborder le sujet du cardinal de Rohan. On dit qu'il a été rejeté à Vienne, lors de sa visite en Autriche car il a eu un odieux comportement. Tout le monde en parle, mais j'avoue ne pas savoir comment il s'est comporté. Pouvez-vous me dire ce qu'il a fait si votre mémoire vous le permet?

Merci de m'écrire, j'attends impatiemment votre réponse,

Nabila.


Très chère Nabila,

Il me fait plaisir de pouvoir poursuivre cette correspondance avec vous. Je vous remercie de croire en moi et non en ces ragots que l'on propage sur mes amis et moi!

Le cardinal de Rohan s'est ridiculisé lors de son séjour en Autriche par son comportement inacceptable et indigne d'un cardinal. Ma mère l'impératrice a dû sévir et l'a renvoyé en France. Je n'ai moi-même jamais fait confiance à cet homme et les événements ont prouvé que j'avais raison.

À bientôt, chère Nabila,

Marie-Antoinette



Merci bien Majesté, de répondre à mes questions.

Je m'excuse de n'avoir pu vous répondre immédiatement comme je le fais à chaque fois, car j'étais en vacances à l'étranger. Je vous remercie également d'être si gentille avec moi car peu de gens le sont. Vous comprenez, recevoir vos réponses est pour moi un réconfort énorme et une joie sans limites. Lorsque j'ai lu vos réponses, ce que je me suis empressée de faire à mon arrivée, je ne cessais de sauter sur mon fauteuil. Je me suis même fait disputer par ma mère parce que j'avais réveillé ma petite soeur. Il est évident que l'Affaire du collier avait confirmé vos dires à propos du cardinal de Rohan. En me renseignant un peu plus sur lui, j'ai tout simplement lu, en quelques mots, qu'il était le bouffon (pardonnez-moi si je vous choque) et le Gros-Jean de l'histoire, chagriné par sa naïveté et par sa réputation qui n'est désormais plus à faire. Je sais que je vous embête encore avec mes questions incessantes, mais même si les documents racontant votre vie donnent certaines réponses, je pense que personne ne peux y répondre mieux que vous.

Qu'est-il donc arrivé au collier et à monsieur de Boehmer?

Au plaisir de recevoir de vos nouvelles,

Nabila.

P.S.: Je croirai toujours en vous et jamais en ces ignobles ragots.

Chère Nabila,

Ce que vous me dites me touche beaucoup, chère Nabila. La joie et le réconfort de recevoir vos lettres sont tout pour moi, je vous l'assure! Quel bonheur de pouvoir lire les mots gentils que vous et vos contemporains m'écrivez en ces temps si difficiles!

Pour répondre à votre question, si ma mémoire est exacte, Jeanne de La Motte-Valois a fait découper le collier et a fait vendre les diamants en Angleterre par son mari. En ce qui concerne monsieur Bohemer, il a souffert financièrement de cette malheureuse affaire. Je ne saurais vous dire ce qu'il est devenu aujourd'hui.

À très bientôt, chère Nabila,

Marie-Antoinette