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écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Mes excuses pour cette longue absence

   

Marie chérie,

Toutes mes excuses pour vous avoir laissée si longtemps, trop longtemps même, sans nouvelles de vos enfants ou de moi-même. Mais comme je craignais -un peu beaucoup même- pour ma vie ou ma sécurité, dans ce Paris qui grouille d'espions à la solde de je ne sais quelle faction, révolutionnaire ou autre, j'ai préféré ne plus écrire pour un moment.

J'ai de bonnes nouvelles de vos chers petits. Marie-Thérèse Charlotte se porte bien et est toujours au Temple, avec sa tante Madame Elisabeth. Que Dieu les garde en ces temps peu sûrs, ma chérie. Pour votre petit roi, je sais que les révolutionnaires l'ont confié au cordonnier Simon et à sa femme. Un couple de braves gens à qui Dieu a refusé la joie d'être parents. Mais, contrairement aux rumeurs, votre fils est bien traité et possède même des oiseaux et des chiens.

Marie, je vous considère comme une amie. Je sais ce vous avez subi comme pression pour donner un héritier au trône. Je connais le drame que c'est pour un couple de ne pas pouvoir avoir d'enfant, et je sais par où vous avez dû passer pendant sept ans. On vous accusait à tort, alors que vous n'y étiez pour rien. J'ai cru comprendre que votre époux ne pouvait se résoudre à effectuer une petite opération qui l'aurait délivré de son phimosis. Et croyez-moi, ma chérie, je sais de quoi je parle, je connais la même épreuve que vous. Mon cher époux ne peut pas me féconder, et Dieu ce que je désire avoir un enfant, fonder une famille! Quoi de plus normal pour une femme? Surtout pour moi, qui me suis mariée sur le tard.

Je vous ferai parvenir, si ce bon Monsieur Dumontais le permet, un petit montage de gravures sur Versailles. J'y parle de votre cher Trianon. Je le joins en annexe de mon courrier.

Portez-vous bien, Marie chérie

Votre Sabine



Très chère Sabine,

Vous me voyez bien heureuse d’avoir de vos nouvelles, ainsi que celles de mes enfants que vous avez la gentillesse de me rapporter. Je vous prie de faire très attention à vous, pour rien au monde je ne voudrais qu’il vous arrive malheur.

Je vous remercie pour vos bonnes paroles et je vous souhaite cet enfant que vous désirez tant! J’eus la chance que le problème de mon mari se règle par une petite opération et ce temps sans enfant n’était, comme vous le dites, que le résultat de son indécision et de sa peur. Cela a été très difficile pour lui aussi. Je vous comprends et je vous dis: «Ne vous découragez pas!» Et si par malheur la médecine de votre temps ne peut pas vous aider, ne pourriez-vous pas adopter un enfant sans parents? Je ne doute pas qu’il doive y en avoir encore dans votre époque lointaine. J’ai moi-même pris soin de quelques enfants orphelins et je les ai tant aimés!

Monsieur Dumontais m’a bien fait parvenir vos gravures. Elles étaient très curieuses pour moi qui suis d’un autre temps, mais aussi très jolies, je vous félicite! Allons, ne perdez pas espoir chère Sabine! Je garde une pensée pour vous, Dieu sait si je vous comprends!

À bientôt,

Marie-Antoinette


Ma très chère Marie,

Votre lettre m'a fait un immense plaisir. Ça m'a touché de voir qu'une Dauphine, puis une Reine, avaient eu les mêmes difficultés que moi pour avoir un enfant.

Récemment, ils ont programmé à la télévision («voir de loin», c'est une des plus belles inventions de mon époque avec l'ordinateur sur lequel j'ai la grande joie de pouvoir communiquer avec vous, ma chérie) un documentaire vous concernant. J'ai été vraiment heureuse parce que cela m'a permis de mieux vous connaître et d'avoir une très très bonne opinion de vous, loin de la version historique officielle.

La médecine de mon temps a fait effectivement beaucoup de progrès, notamment pour faire des enfants. Le mari n'est plus vraiment indispensable, ni l'amant, comme de votre temps. Mais rassurez-vous ma chérie, je n'ai jamais commis l'adultère. Je suis bien trop attachée à l'engagement que j'ai pris le jour de mon mariage. Il existe donc à mon époque une technique qui permet d'avoir un enfant même si le mari souffre, comme c'est le cas du mien, d'absence de semence pour me féconder de manière naturelle. Il suffit d'une insémination artificielle, avec la semence d'un donneur anonyme, pratiquée par un médecin. La semence est contenue dans une seringue et injectée directement dans la matrice. Après, il suffit d'attendre le résultat.

J'ai déjà essayé cette technique. Malheureusement, j'ai fait une fausse-couche, mais ça fonctionne très bien. Je recommence une série de trois inséminations dès le mois prochain et je m'en remets à Dieu pour que cette fois-ci ce soit la bonne. Si c'est une fille, ce sera Marie, dans ce cas pourriez-vous en être la marraine de coeur? Si c'est un fils, m'autorisez-vous à l'appeler Louis, comme le Roi? J'espère vraiment que Dieu exaucera mon voeu. Je prie tous les jours pour que cette fois-ci ça fonctionne. Je vous tiendrai au courant, ma chère Marie, dès que je sais quoi...

Je suis très contente que mon petit opus sur Versailles vous ait plu. Oui, je sais, on n'arrête plus la technique, mais, comme je vous l'ai expliqué dans une de mes précédentes lettres, votre Versailles bien-aimé est devenu à mon époque un musée, que j'ai eu l'occasion de visiter en compagnie de mes parents quand j'avais seize ans.

Je vous fais mille amitiés, ma chérie. Je sais que votre époux et votre fils sont sur Dialogus aussi, pourquoi ne pas essayer par ce biais de communiquer avec eux? Ils seraient ravis d'avoir de vos nouvelles.

Sabine


Très chère Sabine,

Quelle drôle de méthode que celle que vous me décrivez là! Enfin, l’important est que cela fonctionne, et je vous souhaite la meilleure des chances!

Je serais honorée d’être la marraine de coeur de votre enfant, né si longtemps après moi! Quelle joie! Et je serais tout aussi honorée que vous prénommiez votre fils Louis, cela me touche beaucoup que vous caressiez cette idée.

J’attends donc de vos nouvelles et je garde une pensée pour vous!

À bientôt,

Marie-Antoinette


Ma chérie,

Je commence les procédures au printemps, et mon époux est d’accord, Dieu merci. Je multiplie les neuvaines à la sainte Vierge et à sainte Marguerite. La proportion de réussite est plus ou moins équivalente à celle d’une grossesse obtenue par des moyens, je vais dire plus «classiques».

Vous devriez remercier votre frère Joseph d’avoir permis à cette situation délicate entre le roi et vous de se débloquer et de ce fait d’avoir des enfants. Je crois que vous en avez eu quatre, si je ne me trompe pas: Marie-Thérèse, Charlotte dite madame Royale née en 1778, Louis-Joseph né en 1780 et décédé (pauvre petit) en 1789, Louis-Charles, duc de Normandie né en 1785, et Sophie-Béatrice née et morte en 1786.

Eh bien, Marie, sur ce je vous laisse et vous souhaite, ma très chère amie, de très joyeuses fêtes de fin d’année.

Votre Sabine

Post-scriptum: Je vous tiendrai au courant.


Marie chérie,

Priez bien, parce que si l’on prie à deux, Dieu entendra notre prière. À deux, on est plus fortes. Dans mon pays, la Belgique, qui faisait à votre époque partie de l’Empire de votre mère, l’impératrice Marie-Thérèse, notre devise est «L’union fait la force».

Vous êtes, d’après ce que j’ai lu, une excellente maman pour vos enfants, chose très rare à votre époque où les enfants étaient, dès leur plus jeune âge, confiés à des nourrices et à des gouvernantes, surtout dans votre milieu. Je suppose que vous avez connu cela à Vienne, à la Hofburg ou à Schönbrunn.

Tiens, j’irai plus que probablement à Vienne en janvier si le temps le permet. J’irai sûrement visiter les palais impériaux. J’aurai plus que certainement une petite pensée pour vous, ma chérie.

Eh oui, Marie, nous voilà au temps de Noël et des Fêtes. Rassurez-vous, j’ai déjà accompli mes devoirs de chrétienne, à savoir confession et messe du temps de l’Avent, et j’ai fait une crèche et mis un cierge consacré à côté. Donc, en ces temps de fêtes, je n’oublie pas que je suis chrétienne et que tout viendra en son temps.

À bientôt j’espère, ma chère Marie, en espérant que vos affaires vont s’arranger et que vous retrouverez bientôt vos chers petits.

Votre Sabine qui pense beaucoup à vous.

Post-scriptum: Mes petits chats vous font mille caresses tout en ronronnant


Très chère Sabine,

Vous me trouvez encore une fois touchée par votre lettre. Vous avez raison, Dieu entendra sans doute nos prières.

Au revoir, chère Sabine.

Marie-Antoinette


Ma chère Marie,

Un tout grand merci pour ce soutien moral, cela me touche énormément. Nous commençons les opérations prochainement. Nous vous tiendrons au courant s'il y a du nouveau.
 
Courage Marie, il viendra bientôt des jours meilleurs pour vous et votre famille. Ne perdez pas courage. On dit que la Révolution est presque terminée, mais pour laisser la France exsangue et en guerre.

Mille amitiés ma chérie, tenez bon.

Sabine



Marie Chérie,

Mon amie, j'ai une fantastique nouvelle à vous annoncer. Mes prières et les vôtres n'ont pas été vaines. Je suis grosse depuis plus de trois mois (l'enfant naîtra vers Noël comme le Petit Jésus) et, comme promis, je vous tiens au courant de l'évolution de la situation... Mon médecin vient à l'instant de me communiquer la merveilleuse nouvelle. Je remercie Dieu du fond du coeur pour cette petite vie qui commence, et vous imaginez bien ma chérie, la joie du futur papa, mon époux...

Comme je vous l'ai dit dans une de mes dernières missives, si c'est une fille, ce sera Marie; si c'est un garçon, j'hésite entre Claude (le nom de feu mon père que j'aimais tant), Romain (comme mon grand-père maternel) ou Louis-Auguste comme feu votre époux, le Roi. Enfin, nous verrons, laissons cela à Dieu. Ma nièce préférée m'a demandé si j'avais déjà des nausées le matin et si je m'évanouissais souvent... Rien de tout cela ma chère Marie. Je me porte comme un charme, mis à part un peu de fatigue, vu mon âge (j'aurai 39 ans en juin prochain, pour un premier...). Et prions Dieu... Je vous en prie, ma chère et douce amie, ne restez pas aux archives, vous ne le méritez pas, vous, la fille de la grande Impératrice Marie-Thérèse (qui a laissé un très bon souvenir chez nous en Belgique; je connais même une maison pas très loin de chez moi où les armoiries de votre chère maman sont représentées).

Monsieur Sinclair Dumontais, je vous demande bien gentiment de faire revenir ma chère amie Marie-Antoinette, Reine de France, née Archiduchesse d'Autriche dans les correspondants réguliers.

Bien à vous,

Sabine

Pour vous rappeler des jours heureux, ma belle Marie, et à l'occasion de la fête des mamans qui, en Belgique, a lieu le deuxième dimanche de mai, voici... Oh, je sais, ma chérie, que vous l'avez déjà vu, mais je préfère vous remontrer Versailles tel que vous l'avez connu... Aux dernières nouvelles, mes contemporains sont en train de restaurer votre cher Trianon, ainsi que votre petit théâtre.

Bien affectueusement ma très chère Marie,

Vos amis Sabine et Alain


Très chère Sabine,

Quelle heureuse nouvelle! Vous me voyez ravie d’apprendre votre grossesse, je n’ai jamais douté du succès de votre entreprise, votre confiance et votre volonté étant si grande! Dieu ne pouvait que vous accorder ce grand bonheur! Permettez-moi de vous féliciter, votre époux et vous-même.

Je continuerai à prier pour vous, votre époux et votre enfant, mais je vous prie de prendre grand soin de vous! N’allez surtout pas vous fatiguer, reposez-vous et laissez-vous dorloter par vos proches, vous le méritez!

À très bientôt, chère Sabine,

Marie-Antoinette


Merci ma chérie pour cette délicieuse lettre, mais par trente degrés à l'ombre, porter un enfant est une épreuve. Je pense que vous avez dû ressentir la même chose lorsque vous attendiez Madame Royale. Cet été-là fut si chaud. N'empêche, nous sommes toutes les deux folles de joie d'attendre cette petite merveille; il remue beaucoup et je pense que ce petit ange souffre aussi de la chaleur. Il est en principe prévu pour Noël... comme le petit Jésus.

Sabine