Thimothé
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Madame, je vous admire
 

    Madame,
 
C'est pour moi un immense honneur de pouvoir vous écrire, et malgré mon jeune âge (treize ans), je vous admire. Durant toute votre vie vous avez fait preuve de courage. Depuis votre arrivée à Versailles jusqu'à aujourd'hui, le courage et la dignité vous ont caractérisé. Comment avez-vous fait?

Bien à vous,

Timothé

Cher Timothé,

Vous me voyez très touchée de recevoir une si belle lettre d'un si jeune admirateur. Ce mot de «courage», que vous m'attribuez, est doux à lire pour mes yeux. J'ai reçu tant de critiques, l'on m'a attribué tant de choses que je ne pense pas ou que je n'ai pas faites! De savoir que la manière que j'ai de tout affronter peut être vu comme du courage, je vous assure que cela me fait le plus grand bien. Il y a des moments où je me demande moi-même comment je fais pour tenir. Mais tel est mon caractère, et à quoi cela servirait-il de m'apitoyer sur mon sort? Si, certains moments, il m'est difficile d'être forte pour moi, je pense alors à mes enfants et cela suffit à me redonner la force de continuer.

J'espère avoir le plaisir de vous lire de nouveau, cher Timothé,

Marie-Antoinette


Majesté,

J'espère que vous vous portez bien.

Je sais bien que les conditions dans lesquelles vous êtes sont plus qu'inhumaines, mais dans vos veines coule un sang de battante, celui de votre mère, l'impératrice Marie-Thérèse! Et gardez bien à l'idée que chaque jour, au XXIe siècle, quelqu'un a une pensée pour vous.

Je me permets de vous apporter des nouvelles de votre fille, car cela, je pense, vous fera plaisir. Votre fille est bien sûr triste d'être séparée de vous, mais elle se porte bien et reçoit toute l'affection de votre sœur, qui s'en occupe très bien. Madame Élisabeth accoutume votre fille à n'avoir besoin de personne étant donné la dureté des gardes qui lui refusent même le strict nécessaire. Votre fille balaie donc sa chambre chaque jour, jette de l'eau pour rafraîchir l'air et votre sœur a aussi exigé qu'elle fasse de la marche rapide pendant une heure, montre en main, afin de remplacer l'exercice qui lui manque.


J'attends des nouvelles de vous avec impatience. Je vous embrasse en attendant,

Timothé

Très cher Timothé,

Quel plaisir que de recevoir des nouvelles de ma fille et de ma belle-sœur! Je vous remercie de m'en avoir donné, cela m'aide à garder espoir et courage! Je veux bien prendre tous les malheurs du monde sur mes épaules si cela peut servir à épargner mes enfants!

J'espère avoir le plaisir de vous lire de nouveau. Prenez grand soin de vous, cher Timothé.

Marie-Antoinette




Majesté,

À mon époque, aujourd'hui c'est la fête des mères. Je vous souhaite donc une bonne fête, vous qui êtes maman! J'essayerais de vous donner d'autres nouvelles de vos enfants car je sais que cela vous fera très plaisir. Si, par ailleurs, vous souhaitiez recevoir des nouvelles d'un de vos amis ou d'un membre de votre famille faites le moi savoir. J'ai lu que votre correspondance avec les utilisateurs de Dialogus est quasiment votre seule distraction. Sachez que c'est alors pour moi un immense plaisir de vous distraire. Enfin si vous souhaitiez aussi avoir des informations sur mon époque je serai ravi de vous apprendre de nouvelles choses.

Cher Timothé,

Votre gentillesse et votre dévouement me touchent. Recevoir par vous des nouvelles de ma famille et de mes amis serait très tentant (je vous remercie infiniment de me le proposer), mais, dans le même temps, je redoute que celles-ci ne soient mauvaises. Je sais les révolutionnaires capables des pires horreurs!

Mais laissons cela, et pensons plutôt à me changer les idées. Parlez-moi un peu de vous, si vous le voulez bien. Je serais très heureuse d'apprendre à vous connaître davantage.

À très bientôt, cher Timothé,

Marie-Antoinette



Majesté,

Que vous dire à propos de moi? J'ai pour passion les langues, l'histoire et l'art. Je vis près de Paris, et j'ai un frère et une sœur, qui elle, vit dans un autre pays que le nôtre, et dont je n'ai aucune nouvelles, ce qui m'attriste. Mais la vie est ainsi faite. Lorsque la tristesse me gagne, je pense à vous et à la dignité dont vous faites preuve à chaque moment et cela me donne du courage.

Je tenais aussi à vous dire, que l'autre jour je me suis rendu à Versailles, où j'avais déjà été deux fois mais sans jamais me rendre à Trianon. Pensant que je ne pouvais pas réellement savoir qui vous étiez sans jamais avoir été là-bas, je commençais donc ma visite par le petit Trianon, qui est un lieu magnifique. Lorsqu'on s'y rend, on comprend tout de suite pourquoi vous préfériez l'intimé de ce petit palais à l'immense château de Versailles! Ensuite je me suis rendu dans les jardins anglais qui respirent la sérénité et l'apaisement. Puis clou du spectacle, le Hameau! Cet endroit est vraiment particulier. On a l'impression de quitter Versailles pour un endroit magique! D'ailleurs votre domaine me ravit tellement que je décidai d'y passer toute la journée en accordant, bien-sur, une pensée pour sa talentueuse créatrice... Quand on va dans votre domaine, on ne peut que comprendre pourquoi vous aimiez vous isoler là-bas avec vos intimes et vos enfants.

Ma très chère amie (je me permets de vous appelez ainsi car je ressens pour vous une profonde affection), je vous embrasse et attend de vos nouvelles avec impatience.

Très cher Timothé,

Si vous saviez comme je vous comprends! Il est difficile d'être séparé des membres de sa famille. Il me semble que j'ai souvent vécu ces situations dans ma vie. C'est le lot des personnes de haute naissance que de voir les membres de leur famille éparpillés un peu partout en Europe, selon les alliances et les mariages. Et je le vis encore maintenant que je suis séparée de ma sœur Élisabeth et de mes enfants, sans avoir de leurs nouvelles. Comme je vous comprends!

Je suis heureuse que vous me parliez du Trianon et du Hameau, et de ce que vous avez ressenti en les voyant. Ce sont exactement les sentiments que ces endroits m'inspiraient et ce que je voulais qu'ils inspirent aux autres. La vie à Versailles pouvait parfois être si lourde... Mais que de beauté, de tranquillité et de moments de bonheur, tout près!

Écrivez-moi de nouveau, cher Timothé, si vous en avez envie. Je serai ravie d'avoir encore une fois de vos nouvelles.

Marie-Antoinette

Madame,

Je suis heureux d'avoir eu de vos nouvelles, car j'avoue avoir eu peur qu'il vous soit arrivé quelque chose. Comment vous portez-vous? À mon époque, nous sommes actuellement au mois d'octobre et le temps est des plus froids, alors moi qui vis avec tout ce dont j'ai besoin, je n'ose même pas imaginer vos conditions. Est-ce que les révolutionnaires vous fournissent des vêtements chauds, ou au moins de quoi vous chauffer?

Que Dieu vous garde!

Très cher Timothé,

J’aimerais vous écrire que je me porte bien, mais cela m’est bien difficile. Je suis malade, et j’essaie tant bien que mal de garder espoir malgré tout. Certains moments sont plus difficiles que d’autres...

Les conditions à la Conciergerie sont précaires. Heureusement, une jeune femme nommée Rosalie prend soin de ma personne et cela m’aide et me réconforte un peu. Je n’attends rien des révolutionnaires et je me garde bien de leur faire trop de demandes. Mais j’imagine bien qu’ils se doivent de faire au moins un peu attention à ma personne, puisque je suis une monnaie d’échange intéressante ou parce qu'éventuellement ils me jugeront. Dans les deux cas, ils ont besoin de moi vivante.

L’état de ma santé me préoccupe. Peut-être les révolutionnaires se feront-ils jouer un tour par Dieu? Je l’espère parfois… puis, je reprends courage.

À bientôt, cher Timothé,

Marie-Antoinette