Rose
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Lettre de Rose Bertin
 

   

Ma très chère reine,

Je vous écris depuis Londres, où les circonstances actuelles m'ont poussée à émigrer. Je ne puis vous aider à présent, et je voulais vous exprimer mon profond désarroi à propos de la situation dans laquelle vous vous trouvez.

Il m'est impossible d'exprimer en mots ce que je regrette du bon temps pendant lequel Votre Majesté m'a fait l'honneur de faire partie de ma clientèle, avant que la sauvagerie de cette populace endiablée brise notre bonheur. Je me suis même vu obligée de détruire la totalité de mes registres et factures, de peur de devenir la proie du barbarisme de la racaille qui sème, à Paris et en province, le chaos et le désordre. Le sort de votre famille, de la cour, et de la France toute entière, me produisent un chagrin à peine comparable à ce que vous subissez en ce moment-même.

J'espère de tout mon cœur que vous aviez reçu ma dernière livraison destinée au Temple, s'agissant du dernier cadeau que j'ai pu offrir à ma reine et plus fidèle cliente.

Sincèrement,

Rose



Madame,

Se pourrait-il que ce soit vous? Vous êtes donc véritablement en sécurité? Vous me voyez rassurée et connaître ce fait met du baume sur mon cœur!

Je ne vous en veux pas d’avoir quitté la France et d’avoir détruit les preuves de votre relation avec moi. Je comprends. Votre sécurité doit être la chose du monde la plus importante à vos yeux. Votre disparition m’attristerait trop et j’ai bien assez de peines dans l’état où vous me trouvez.

Prenez grand soin de vous!

Marie-Antoinette