Gérard Lison
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Les révolutionnaires
 

    Majesté,

C’est un grand honneur pour moi que d’écrire à la reine de France. Je m’interroge sur cette hargne des révolutionnaires à votre encontre et à ce qui pourrait la motiver, et surtout au précédent historique que cette démolition systématique des institutions monarchiques entraînera pour les temps futurs.

À titre personnel, ne pensez-vous pas que c’est parce que les Robespierre, Danton et autres se sont retrouvés confrontés à un souverain trop bon qu’ils ont fait preuve d’arrogance et de plus en plus d’audace au point de se prendre à leur propre jeu et de finir par tuer leur roi et se tuer eux-mêmes?

Si le roi avait fait directement preuve de plus d’autorité et fait exécuter quelques-uns de ces révolutionnaires parmi les plus stupides et les plus enragés pour marquer les limites à ne pas dépasser, la monarchie n’aurait-elle pas pu être sauvée?

Les acquis de la Révolution n’auraient-ils pas pu se faire dans le respect des institutions et des vies?
L’Angleterre, la Belgique, l’Espagne et pratiquement toutes les monarchies parlementaires ont pu évoluer de façon constructives tandis que les régimes «révolutionnaires» semblent ne survivre que par la répression et la terreur.

La Révolution française fut un très mauvais exemple pour l’Europe: elle instilla dans les esprits d’aventuriers sans scrupule que tuer le roi permet de prendre le pouvoir et de réduire par la terreur le peuple à sa merci pour réaliser ses ambitions personnelles.

«Le régicide, ça marche» pourrait-on dire. Bonaparte, puis plus tard Lénine, Mussolini, Hitler, Staline, Pol Pot et tant d’autres s’inspireront de cette idée pour réduire leur populations respectives à leur merci puis à commettre des atrocités. Au fond, ces révolutionnaires n’ont-ils pas fait plus de mal que de bien à la France? Et plus tard à l’Europe?

Amicalement,

Gérard L.

Cher Gérard,

Vous posez là d’excellentes questions. Je ne sais pas d’où vient la hargne des révolutionnaires à mon encontre. Je crois qu’eux-mêmes ne le savent sans doute pas. Je suis une figure pour eux, un emblème dont ils se servent pour déverser leur haine. Serait-ce parce que je suis autrichienne? On me l’a souvent reproché…

Vous avez raison, mon mari était bon, trop bon parfois. Mais je dois avouer que la situation extraordinaire dans laquelle nous nous trouvons fait en sorte que nos décisions et nos agissements n’ont aucun précédent sur lesquels se fonder.  Je crois que le Roi a fait ce qu’il a cru bon de faire pour le repos de ses peuples, et comment juger des décisions du Roi? J’aurais moi-même aimé plus de fermeté à certains moments mais je ne puis blâmer le Roi d’avoir agi comme il l’a fait.

Je ne connais pas l’avenir mais je ne vois pas comment la Révolution pourrait être bonne pour la France et les sujets de mon fils. J’espère encore et toujours, cher Gérard, que ces malheurs arrêteront et que les sujets du Roi retrouveront la paix.

Marie-Antoinette