Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Les jeux d'argent

    Votre Majesté,

Je comprends votre passion pour le jeu. C'est un excellent divertissement. Moi-même, j'aime beaucoup les jeux. Mais pourquoi miser votre argent? Surtout que la France croulait sous les dettes et jouer sans argent est tout aussi plaisant. Lorsque la duchesse de Polignac a quitté Versailles, je sais que c'est vous qui le lui avez demandé, mais au fond de vous, n'avez-vous pas été un peu déçue qu'elle n'ait pas décidé de rester? La duchesse de Polignac et la princesse de Lamballe s'entendaient-elles bien? J'espère que Rosalie prend bien soin de vous.

Vive la reine.

Mes respects,

Flore


Chère Flore,

Vous me répétez-là ces accusations propagées par les révolutionnaires! Oui, j’ai aimé le jeu. Mais qu’y a-t-il de mal à cela? Il s’agissait simplement d’un divertissement, comme vous le dites vous-même. Les gens pauvres, qui jouent malgré les interdictions et perdent l’argent destiné à nourrir leur famille, n’est-ce pas là quelque chose de bien plus grave? Oh! Il y a bien un moment où les sommes que j’ai misées étaient un peu… fortes. Mais je vous assure que cela se fit sans aucune mauvaise intention et que cela ne dura pas.

J’ai reçu plusieurs lettres de vos contemporains accusant Madame de Polignac de tous les maux de la terre. On l’accuse entre autre de m’avoir abandonnée. Mais il n’en est rien. Son départ fut une des meilleures choses qui me soit arrivée depuis le début des troubles. Je sais Madame de Polignac à l’abri, et bien que je ne sois pas complètement exempte d’inquiétude à son égard, je peux être du moins assez rassurée sur son sort.

Pour répondre à votre dernière question, Madame de Polignac et Madame la princesse de Lamballe (Dieu ait son âme!) n’étaient pas les meilleures amies du monde, bien qu’elles étaient toutes deux assurément précieuses pour moi.

Continuer de m’écrire, chère Flore, vos lettres me font le plus grand bien. Quel bonheur de pouvoir correspondre avec vous et vos contemporains!

Marie-Antoinette



Votre Majesté,

Je ne vous juge pas sur vos jeux d'argent puisque j'aime moi-même les jeux mais j'évite les jeux d'argent car la dépendance au jeu me fait un peu peur. Je comprends votre recherche du plaisir, rassurez-vous. De plus, je ne pense pas le moins du monde que vous ayez été la cause des maux du peuple puisque même après la chute de la royauté, le peuple vit toujours dans la misère. Je suis heureuse de vous assurer à nouveau de mon affection.

Respectueusement,

Flore



Chère Flore,

Je vous remercie pour vos mots. Le peuple vit toujours dans la misère, dans votre temps? J'aurais souhaité qu’il n'eût pas à souffrir plus qu'il ne le fait déjà! Quelle tristesse!

Au revoir, chère Flore,

Marie-Antoinette