Coline
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Les conditions de vie au Temple
 

   

Majesté,

J'ai suivi avec un vif intérêt vos aventures, et je dois avouer qu'elles m'ont fort touchée. Quelle étonnante histoire que cette affaire du collier dont vous étiez l'innocente et malheureuse victime! Oh! Comme vous avez dû souffrir de ce complot tramé à votre encontre!

Sachez que j'ai visité votre Trianon et que j'en suis ressortie fort impressionnée. Que de dorures, de tableaux, de tapisseries, de rideaux!

Pardonnez-moi de changer ainsi de sujet, mais je brûle d'envie de vous poser certaines questions. La prison du Temple n'était-elle point trop humide? Avez-vous été bien nourrie et vêtue? N'avez-vous point trop souffert du manque de liberté? J'ai appris que vous aviez fait une tentative d'évasion qui a malheureusement échoué. Quel courage!

Sachez, Majesté, que malgré les déplorations et les rumeurs dont vous faites le principal objet, vous resterez néanmoins à mes yeux comme une reine digne et courageuse.

Je vous prie d'agréer, Majesté, l'expression de mon dévouement le plus respectueux,

Coline



Chère Coline,

Vous avez raison: cette mauvaise affaire du collier m’a causé bien du chagrin et bien des soucis inutiles! Je voudrais vous écrire que je suis heureuse que ces événements soient derrière nous, mais dans l’état où vous me trouvez présentement, cela m’est impossible. Car il y a-t-il quelque chose de pire que d’être séparée de ses enfants?

Le Temple… Je ne sais pas s’il me paraît une douce consolation, maintenant que je suis ici à la Conciergerie, séparée de mes enfants et de ma sœur Élisabeth. Pourtant, que de souffrance! Je ne souhaite cela à personne. Il n’y a rien, strictement rien d’agréable à être enfermée au Temple. Vous nommez quelques inconvénients, dont le plus grand, celui d’être privée de sa liberté, d’être constamment surveillée. Et pourtant, comme j’aimerais encore y être!

Vous me voyez ravie que vous ayez apprécié Trianon. N’hésitez pas à m’en entretenir plus longuement, car cela me fait du bien de lire des lettres de votre temps.

Au revoir, chère Coline!

Marie-Antoinette