Le citoyen Maurice ( qui vous a déjà beaucoup écrit )
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Le manifeste de Brunswick
 

    Madame,

Votre ami Fersen, ennemi du Tiers-État, donc du genre humain, en voulant vous sauver, finalement vous a perdue. Pourquoi cette maladresse, je veux dire par là «le manifeste de Brunswick»? Ce document-message, de son invention, stipulait que si les révolutionnaires touchaient à un seul cheveu de l'un des membres de la famille royale, il ferait brûler tout Paris. Pensez bien que quand les Parisiens en ont pris connaissance, ils ont reçu la nouvelle comme une provocation, et les esprits se sont échauffés! Votre impopularité, déjà considérable, a grimpé en flèche pour atteindre des sommets.

La suite, vous la connaissez... Le cours de l'Histoire s'est emballé, les évènements se sont accélérés, et vous voilà maintenant prisonnière à la Conciergerie. Je connais la suite, je sais ce qu'il adviendra de vous, mais je n'ai pas le droit de vous le révéler.

Voici ma question: ne croyez vous pas que ce Fersen, même si pourtant il croyait bien faire, a vraiment manqué de jugeote en suscitant dangereusement la colère des Parisiens contre vous, vous qui aviez déjà bien assez de problèmes comme ça? Un proverbe dit: «Il ne faut pas exciter les frelons!» Dommage pour vous que votre ami n'ait pas pensé aux conséquences dramatiques de son «manifeste».

Courage à vous qui souffrez. Je demeure au plus près de vous, cœur contre cœur.   

Vive la République!

Le citoyen Maurice



Monsieur Maurice,

Je ne pourrai jamais assez remercier monsieur de Fersen pour tout ce qu’il fait pour le roi et ma famille. Je ne crois pas que personne ne pouvait soupçonner l’effet qu’aurait ce manifeste. J’y ai cru aussi. Beaucoup. Et je ne puis me permettre de critiquer son action ou de la désavouer. Les amis se font si rares, et monsieur de Fersen n’est même pas un sujet de la France! Son implication nous a été précieuse, quoi qu’il advienne.

Je souhaite de tout cœur que, où qu’il soit, il soit en sécurité et qu’il ne se blâme de rien de ce qui nous arrive.

Marie-Antoinette