Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Le Barbier de Séville

    Votre Majesté,

Le Barbier de Séville, la pièce que vous jouiez dans votre petit théâtre, était-ce une pièce qui se moquait de la noblesse?

Pourquoi la noblesse vous reprochait-elle le temps que vous passiez au Petit Trianon ? Nous aimons tous avoir un endroit tout à nous, où nous nous sentons bien et où nous pouvons nous ressourcer et n'être rien qu'avec les gens que nous aimons. Je ne comprends pas que les courtisans vous reprochaient de vivre pleinement votre vie de mère et pas seulement de reine. N'avez vous jamais souhaité une vie un peu plus ordinaire pour élever vos enfants?

Les courtisans se moquaient-ils de la passion de votre époux pour les serrures? Si oui, je trouve cela stupide car je suis sûr que votre mari était un très bon serrurier.

Pourquoi ne chassiez vous pas les courtisans qui vous déplaisaient?

Avant l'ouverture des États Généraux, vous avez eu de lourdes dettes. Pourquoi n'avoir pas prélevé de l'argent sur les nobles?

Respectueusement, Flore



Très chère Flore,

Vous savez, j'ai toujours aimé le théâtre. Je ne me souciais guère de savoir l'interprétation politique que l'on faisait des pièces! Du moment qu'elles étaient agréables à regarder et agréable à jouer, le reste m'importait peu! J'ai été critiquée autant pour avoir souhaité jouer sur le théâtre que pour le choix de mes pièces. Mais mes détracteurs, comme ceux qui en voulaient aux pièces elles-mêmes, oubliaient que le théâtre est un divertissement agréable qu'il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre!

Il m'est arrivé, par moment, de souhaiter une vie plus ordinaire. N'est-ce pas ce que j'ai tant recherché, avec mes sorties à l'opéra et mes séjours à Trianon? Mais l'on se chargeait de me rappeler qu'une Reine se doit tout entière aux sujets. Mes séjours à Trianon mécontentaient plusieurs courtisans et faisaient des jaloux, quand tout ce que je désirais vraiment était de m'amuser! Mais ainsi va la Cour et ainsi sont les courtisans...

En parlant des courtisans... On ne pouvait chasser tous ceux qui nous déplaisaient! Et le prétexte pour chasser un courtisan doit être plus important que le simple fait que quelqu'un nous déplait. Ils font partie de la Cour et le Roi se doit d'avoir une Cour. Ils ont un rôle à jouer, comme le reste des gens du Royaume. Et il est plus utile pour le Roi d'avoir ses courtisans près de lui que loin de lui. Je vous avoue que quelques-uns auraient mérité qu'on les chasse! Mais les courtisans sont éternels... ils sont toujours là et il y en aura toujours, et ce dans toutes les Cours.

Mon époux était passionné des travaux manuels. Je dois vous avouer, chère Flore, qu'il m'est arrivé à moi aussi de me moquer de cette passion! Est-ce là la place d'un Roi? Nous goûts en cette matière étaient très différents!

Et puis les finances... Pour ne rien vous cacher, les finances de l'État étaient en très mauvais état avant l'ouverture des États-Généraux. Si les Notables avaient bien voulu soutenir les projets du Roi, sans doute les problèmes auraient-il pu être réglé beaucoup plus facilement et sans tous les bouleversements que nous avons connu depuis! À ce moment-là, le Roi proposait des mesures d'égalité devant l'impôt.

J'ose espérer avoir su répondre à vos questions, chère Flore.

Au revoir et à bientôt!

Marie-Antoinette