Alexandre
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


L'avenir de vos enfants
 

   

Votre Majesté,


J'espère que, dans la triste situation où vous vous trouvez, vous vous portez tout de même bien. J'espère aussi que votre fidèle Rosalie vous soigne bien.

Je voulais vous parler de votre fille Marie-Thérèse: est-il vrai qu'à sa naissance, lorsque vous avez vu que vous aviez mis au monde une fille -qui ne pourrait donc pas régner- vous avez dit, chose que je trouve fort belle, qu'ainsi elle vous appartiendrait? Sachez que Marie-Thérèse épousera un jour son cousin Louis-Antoine duc d'Angoulême, fils aîné du comte d'Artois, le futur roi de France Charles X. Elle n'aura en revanche pas d'enfant.

Elle ne sera libérée de la prison du Temple que le 19 Décembre 1795, pour être échangée à Vienne contre des prisonniers français. Ensuite elle vivra à la cour de son cousin germain François II, le fils de votre frère Léopold II, jusqu'en 1807, puis en Angleterre jusqu'à la restauration de la monarchie en France en 1814 et de nouveau durant cent jours en 1815.

En effet, à l'issue de la Révolution, un certain général Napoléon Bonaparte deviendra le maître de la France. Après avoir réussi un coup d'état, il instaurera une nouvelle forme de pouvoir, le Consulat et deviendra premier consul de la République, puis consul à vie et enfin se fera sacrer empereur des Français en 1804. Ce génie de la stratégie étendra le territoire français qui ne sera jamais aussi grand qu'à l'apogée de l'Empire! Napoléon deviendra même un membre de votre famille en épousant l'archiduchesse Marie-Louise, votre petite-nièce puisque fille de François II.

Mais son ambition, qui l'aura élevé très haut, le fera chuter effroyablement. Napoléon Ier perdra tout, sauf son honneur... Après sa chute, ses ennemis restaureront la monarchie, et l'exileront! Le comte de Provence deviendra roi, sous le nom de Louis XVIII puisque votre fils, le jeune Louis-Charles, est devenu roi à la mort de votre époux sous le nom de Louis XVII.

Votre fils serait mort en 1795 à la prison du Temple à l'âge de dix ans. Néanmoins, plusieurs historiens pensent qu'il a survécu et qu'il a pu quitter sa geôle à la faveur d'un échange, comme votre fille. Je suis bien certain moi que le jeune Louis-Charles a survécu. Vous devez bien vous douter que lors de la Restauration, une multitude de faux dauphins se sont présentés à la cour afin de tenter d'obtenir titres et gratifications. Me croyez-vous si je vous dis que votre fils n'était pas parmi eux?

En ce qui me concerne, j'aurais tant voulu avoir le vif plaisir de vous connaître, de vous visiter rien qu'une fois au petit Trianon pour vous offrir une rose. Hélas, je ne puis mais l'intention y est...

Il paraît que l'auteur de la Marseillaise, Rouget de Lisle, est allé visiter sa sœur, dame d'honneur auprès de votre Majesté. Vous entendant entrer, il se serait caché dans une armoire. Mais un bruit provenant de cette armoire vous alerta et vous auriez dit: ''Qu'est-ce que ceci ?'' En voyant sortir le  jeune soldat penaud, vous auriez éclaté de rire. Est-ce vrai ?

Madame Élisabeth sera elle aussi broyée par cette abominable révolution. Elle a écrit une belle prière qui est connue encore aujourd'hui!
 
Votre amie Yolande de Polignac n'est pas à blâmer. Si j'écris cela, c'est que beaucoup de gens disent du mal d'elle parce qu'elle vous aimait sincèrement. La preuve, c'est qu'atteinte d'un cancer, elle mourra de chagrin en apprenant votre sort!  

La postérité vous rendra justice en faisant de vous la plus célèbre des reines de France.

Voilà, Votre Majesté, passez une excellente soirée.

Je pense très fort à vous et je suis à vos côtés.


À très bientôt,

Alexandre


Cher Monsieur,

Je me permets de répondre à la place de la reine qui m’a remis votre lettre après la lecture du premier paragraphe. Elle me demande de vous dire qu’elle ne souhaite pas connaître l’avenir de ses enfants et préfère s’en remettre à Dieu sur ce sujet. Cependant, elle vous remercie et vous dit de ne pas hésiter à lui écrire sur des sujets passés ou présents, si vous le désirez.

Rosalie Lamorlière, au service de la reine en la Conciergerie