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Marie-Antoinette

     
   

L'anneau d'or

    Majesté,

Nous connaissons la très grande amitié qui vous lie au comte Hans Axel de Fersen. Au bal de l'Opéra, le soir du 30 janvier 1774, c'est vous, protégée par un masque de velours, qui la première avez engagé une conversation galante avec ce bel inconnu, ce gentilhomme nordique si viril.

Ce fut le début d'une passion et d'une longue amitié. Vous pouviez toujours compter sur lui, il était à votre service, l'ami discret dont la conduite admirable par sa modestie et sa réserve vous comblait. Les derniers mots que vous avez entendus de sa bouche furent «Au revoir Madame de Korff», faux nom donné à madame de Tourzel, mais c'est bien à vous qu'était destiné cet «Au revoir» plein de promesses.

Ce fut le 21 juin 1791, au début de cette malheureuse fuite qui devait conduire la famille royale à Montmédy. Bien que tous les préparatifs fussent le travail du comte Axel, le Roi avait décidé que le comte ne devait pas vous escorter dans ce périple. On ignore la raison, peut-être pour ne pas arriver devant ses fidèles avec ce trop intime ami de sa femme, peut-être aussi par égard au comte lui-même. Comme votre coeur a dû être triste de voir l'ami exclu de cette odyssée qui devait vous sauver ainsi que votre famille!

Avant ces événements, et lorsque vous étiez prisonnière au palais des Tuileries, vous avez fait parvenir au comte un anneau en or sur lequel étaient gravées trois fleurs de lys avec cette inscription: «Lâche, qui les quitte». Cette bague, vous l'avez portée pendant deux jours avant de l'envoyer afin que la chaleur de votre sang pénètre dans l'or froid. Vous vous sentiez délaissée de tous, mais aviez-vous vraiment l'impression que le comte vous avait complètement abandonnée? Ne saviez-vous pas qu'il était hors-la-loi s'il revenait à Paris, où une mort certaine l'attendait s'il se montrait? Pourquoi avoir douté de son plein dévouement à votre égard, ainsi qu'à toute la famille royale?

Vous vivez toujours dans l'espoir de revoir l'ami, et cette attente sans doute adoucit un peu votre calvaire du moment.

Veuillez agréer, Majesté, les marques de mon respect le plus profond.

Robert Monette



Très cher Robert,

Les mots que vous utilisez pour décrire mon amitié pour le comte de Fersen, et celle qu'il avait pour moi, sont les bons mots. Il est vrai que je fus triste de le voir nous quitter lors de cette malheureuse expédition à Varennes. Mais la suite des événements me fit rendre grâce à Dieu que l'on ne l'ait point trouvé à nos côtés. Cependant, peu importe le résultat final, ma famille lui doit une reconnaissance éternelle pour ses efforts.

Je vous assure n'avoir jamais douté du dévouement de Monsieur de Fersen et l'inscription sur la bague n'avait pas ce sens. Il s'agissait plutôt d'un remerciement, d'un rappel de son courage et de son amitié puisque, avouons-le, ce n'est pas tout le monde qui fut aussi fidèle et dévoué que lui.

Je sais que ce n'est que folie, et peut-être allez-vous penser que je perds la raison, mais je ne perds toujours pas espoir de le revoir, ainsi que mes enfants, malgré ma situation désespérante. L'espoir est une grande chose, cher Robert. Une bien grande chose.

À très bientôt, très cher Robert,

Marie-Antoinette