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Marie-Antoinette

     
   

La fuite à Varennes

    Majesté,

Il y a certainement dichotomie de vos sentiments, concernant ce qui aujourd'hui est connu sous le nom de «la fuite à Varennes».

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1793, une berline lourdement chargée s'éloigne de Paris afin de se rendre à Montmédy, pour rejoindre le quartier général du marquis de Bouillé et sauver la famille royale des sanguinaires révolutionnaires. Le roi a accepté le plan du comte Axel pour élaborer cette fuite. Vos étiez heureuse des préparatifs du comte, car c'est avec vos enfants et le roi que vous avez quitté la prison dorée des Tuileries (dorée en comparaison des deux autres prisons que vous avez ensuite connues: la tour du Temple et ce cachot de la Conciergerie dans lequel vous êtes présentement).

L'entreprise hasardeuse se termine tristement à Varennes. Un décret proclame qu'il n'y a plus de roi en France et c'est la très dure épreuve du retour sur Paris. S'il y avait blâme à donner pour l'échec de cette fuite, qui d'après vous est responsable de ce fiasco? J'exclus le comte Axel, car si seulement le Roi avait consenti à ce qu'il vous accompagne, l'aventure aurait sans doute réussi et le cours de l'histoire serait différent. Parce qu'il était passionnément dévoué à vous et à votre famille, il s'est investi de tout cur dans cette aventure. À cause du retard de l'expédition, le détachement de hussards envoyé par le Marquis de Bouillé pour assurer la protection de la famille royale n'est pas en selle à l'endroit prévu. Est-il responsable? Le Roi, d'une bonté et d'une tolérance excessive, soit par faiblesse d'esprit soit par crainte des conflits, me semble le plus fautif dans cet échec. Pourrais-je connaître vos pensées sur ce sujet?

Agréez, Majesté, les marques de mon respect le plus profond.

Robert Monette



Très cher Monsieur Monette,

Il m'est très difficile de répondre à votre question de façon claire et précise. Vous avez raison lorsque vous dites que mon ami le comte de Fersen ne peut être blâmé. Si cette tentative a été rendue possible, c'est grâce à lui et à ses efforts. Sans doute avez-vous aussi raison lorsque vous dites que s'il nous avait accompagnés jusqu'au bout, les choses auraient été différentes. Mais, après coup et vu les circonstances, je suis heureuse que le Roi lui ait demandé de nous quitter. S'il avait fallu que l'on se fasse arrêter avec monsieur de Fersen, imaginez un peu ce que les révolutionnaires lui auraient fait subir, à lui, un étranger!

Le marquis de Bouillé est-il responsable? Ou son détachement? Chose certaine, le détachement aurait dû être présent. Mais sont-ils les seuls responsables, puisque nous étions si en retard? Et cet homme qui nous a reconnus et dénoncés, est-il responsable? Je ne crois pas non plus que le Roi soit responsable de cet échec.

Alors qui est responsable? Je serais tentée de dire les circonstances, tout le monde et personne. Chacun a sans doute sa petite part de responsabilité, mais il n'y a pas une personne en particulier à blâmer. Enfin, je le crois.

Je vous remercie, Monsieur Monette, pour vos questions toujours respectueuses et pertinentes.

À bientôt,

Marie-Antoinette



Majesté,

Je vous remercie pour les réponses à mes deux dernières missives. Je remarque que, dans les salutations de ces deux lettres, vous me nommez par mon nom de famille. C'est évidemment correct, mais vous m'aviez habitué dans les lettres précédentes à des salutations plus intimes, c'est-à-dire «Très cher Robert». Ma première impression fut: «J'ai dû vexer la Reine, et voilà qu'elle me donne du Monsieur!» J'ai quand même compris que, vu la quantité de courrier que vous recevez, ces choses peuvent se produire.

J'aimais bien ce lien qui s'était établi entre nous. J'aurai dans l'avenir l'occasion de vous écrire à nouveau et je vous demande bien respectueusement de revenir, si possible, aux salutations avec seulement mon prénom.

Merci Majesté, et agréez les marques de mon plus profond respect.

Robert Monette



Très cher Robert,

Oh non, ne craignez rien, vous ne m'avez pas vexée du tout, bien au contraire. Vos questions sont toujours si justes et respectueuses! Je vous avoue avoir hésité, au moment de répondre à vos lettres, entre les deux formulations; et je n'avais plus le souvenir de la dernière formulation utilisée. Vous venez donc de m'éclairer sur ce point, puisque je n'ai plus accès ni à vos lettres précédentes, ni à mes réponses. Je ne peux rien garder ici et je dois tout détruire très rapidement.

À bientôt, donc, cher Robert!

Marie-Antoinette