Flore
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

La Constitution

    Bonjour votre majesté,

Pour vous réconforter un peu dans votre prison, je vous envoie un passage d'une de vos pièces favorites, le Barbier de Séville:

Figurez-vous la plus jolie petite mignonne
Pied furtif, taille adroite
Élancée, bras dodus
Bouche rosée
Et des joues...
Des dents...
Des yeux...

Je pense à quelque chose. Votre amie, la duchesse de Polignac ne peut-elle pas vous aider, étant à l'étranger? Je vous apporte avec retard mes condoléances pour vos enfants: la petite Sophie et le petit Louis-Joseph. Je suis sûre qu'il aurait été un grand roi. Je vous comprends d'autant qu'une cour d'école ressemble un peu à la cour de Versailles, il y a toujours des cancans et certaines personnes se moquent des autres pour un oui ou pour un non. Par exemple, lorsque l'on a un garçon pour ami, tout de suite des rumeurs circulent. J'aime comme vous le théâtre bien que je n'aie jamais eu l'occasion d'en jouer. J'aime surtout les pièces de Molière. Des rumeurs circulant selon lesquelles Louis-Charles serait le fils de Fersen, doivent être, selon moi, liées au fait que le roi mit des années à vous donner un enfant.

Qu'avez-vous dit à la comtesse du Barry lorsque vous lui avez parlé pour la première fois?

Lorsque vous et le roi avez approuvé publiquement la constitution, le peuple vous acclamait en criant «vive la reine». Alors que s'est-il passé pour que vous reperdiez votre popularité?

Amicalement, Flore



Très chère Flore,

Je vous remercie pour cette belle pensée de me faire parvenir cet extrait du Barbier de Séville. Ces douces années où je jouais sur le théâtre pour mon plus grand plaisir, ces années me semblent bien loin maintenant…

Je crois que Madame de Polignac doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour me venir en aide. Je souhaite seulement que, où qu'elle se trouve, sa famille et elle-même soient en sécurité.

Je vous remercie pour vos mots sur mes enfants, ils me touchent beaucoup. N'est-ce pas aberrant toutes ces rumeurs que l'on rapporte sur mon compte? Si vous vivez la même chose de votre côté, je vous plains beaucoup, chère Flore. Il faut toujours garder la tête haute, même dans les pires circonstances. C'est exactement ce que je fis avec Madame du Barry. Je ne me souviens plus de mes paroles exactes mais elles furent simples et brèves. J'aurais préféré ne jamais lui adresser la parole. J'étais si jeune à l'époque, je ne pouvais comprendre ce genre de comportement… et je ne l'approuve pas plus aujourd'hui.

Et pour votre dernière question… le peuple a un coeur changeant depuis quelques années. Surtout, il se laisse influencer par n'importe quel parvenu qui a un peu de talent oratoire. Ce sont les révolutionnaires, qui ne voulaient que se débarrasser de nous, qui leur ont dit tout ce qu'il fallait pour qu'il nous détestât. Dans ces circonstances si difficiles, il n'est pas surprenant que certains dans le peuple les aient crus… mais je suis certaine que ce n'est pas la majorité et que beaucoup sont paralysés par la peur que leur inspirent les révolutionnaires. Il ne faut pas désespérer…

Au revoir, chère Flore,

Marie-Antoinette