Le citoyen Maurice
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


J'aurais bien aimé vous connaître
 

   

Le 11 Novembre 2012


Ma chère petite Marie-Antoinette, «pauvre femme malheureuse»,

Comme je suis triste de vous savoir en cet état! Je ne peux penser à vous sans avoir les yeux mouillés. Votre condition présente me serre le cœur et me glace le sang. Vous n'êtes certes pas une sainte, mais comme vous l'avez dit vous-même, si parfois vous avez commis des fautes -de grosses fautes- vous les avez aussi expiées.

Trop naïve pour comprendre ce qui vous arrive -car vous ne comprenez toujours pas, n'est ce pas?), je pense que vous ne méritez pas un sort aussi cruel. Naïveté, ce n'est pas méchanceté. En conséquence, toute cette souffrance que vous endurez est atrocement injuste. Vous avez vous-même déclenché cette terrible tempête de malheurs qui s'abat sur vous, mais sans rien y comprendre pour autant. Vous êtes donc innocente de tout ce qu'on vous reproche. Vous êtes innocente, blanche et pure comme une douce colombe!

J'aurais bien aimé vous connaître pour pouvoir vous serrer contre mon cœur. J'aurais pu ainsi vous couvrir de baisers et essuyer vos larmes si douloureuses que certains «républicains» sadiques -rien d'autre que des monstres- ont fait couler en abondance. J'aurais pu vous consoler de mon mieux, et, malgré mon appartenance républicaine, je me serais interposé entre vos bourreaux et vous-même pour vous protéger le plus énergiquement possible, au risque d'y perdre ma vie. Mais voilà, deux siècles et quelques années nous séparent. Que de temps a passé depuis votre époque jusqu'à la mienne!

Je ne sais pas si vous avez raison, c'est-à-dire s'il est vrai que Dieu existe. Moi, je pense qu'il n'existe pas. Cela me désole profondément, car, dans cette hypothèse là, je ne pourrai hélas jamais vous rencontrer. Cependant, qui sait... Si Dieu existe, comme vous le prétendez, alors nous pourrons faire connaissance, et même mieux! Nous serons réunis dans la vie éternelle, qui s'avère être aussi la joie éternelle! C'est beau de rêver, mais je n'y crois guère. Pourriez-vous m'en convaincre?

Ma chaleureuse amitié vous accompagne, toujours et partout. Je vous envoie de tendres baisers.

Vive la République!

Respectueusement,

Le citoyen Maurice


Cher Maurice,

Il est vrai que je ne comprends pas toute cette haine qu’on dirige contre moi. Mais je sais aussi que tout le monde ne la ressent pas. Cependant, je crois que me haïr est bien à la mode et surtout que parler en ma faveur est un risque sur la vie. Peu de gens veulent s’y essayer et je le comprends. J’admire votre courage, vous qui m’écrivez de si beaux mots.

Dieu existe, cher Maurice, Il existe! N’en voyez-vous pas la preuve dans toutes les beautés qui vous entourent? Je n’ai plus la chance d’en voir beaucoup, mais j’en garde le souvenir… Et j’en aperçois encore dans les gens qui m’entourent: cette chère Rosalie, qui prend soin de moi, mon confesseur… et vous, cher Maurice, dans votre cœur et vos mots.

À très bientôt, par lettre, si Dieu le veut,

Marie-Antoinette