Florence Perron
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Évasion

    Votre Majesté,

Pourquoi vous ne vous êtes pas évadée quand François Reynier de Jarjayes est venu vous chercher?



Chère Florence,

Quelle grandeur d'âme, ce cher Monsieur de Jarjayes! Si j'ai renoncé à suivre son plan, ce n'est que parce que mes enfants ne pouvaient me suivre. Il était hors de question que je les abandonne.

Au revoir, chère Florence,

Marie-Antoinette



Votre Altesse,

Vous avez donc dans un sens sacrifié votre vie pour vos enfants. Excusez mon indiscrétion, mais comment sont-ils décédés?

Au revoir, Marie-Antoinette



Très chère Florence,

Vous n'êtes pas du tout indiscrète et je souhaite répondre à votre question. Louis-Joseph est décédé de maladie il y a quelques années, en 1789. Comme il a souffert, le pauvre petit. Que Dieu garde son âme!

J'ai aussi eu une fille, Sophie-Béatrice, née en 1786 et qui ne vécut que quelques mois.

Mes deux autres enfants, Louis-Charles, aujourd'hui Roi de France depuis le décès de son père, et Marie-Thérèse Charlotte, sont toujours vivants (du moins je l'espère!), enfermés au Temple. Comme je m'inquiète pour eux! Ils me manquent tellement!

Au revoir, chère Florence,

Marie-Antoinette



Votre Majesté

Qu'avez-vous ressenti quand Madame de Polignac vous a abandonnée lâchement durant votre calvaire à Versailles durant la Révolution?

Au revoir, ma Reine



Marie Antoinette,

Avez-vous été heureuse avec Louis XVI?

Comment était Monsieur de Fersen avec vous, parce qu'il vous a plu et vous lui avez plu aussi? Est-ce que le roi Louis XVI ne s'est pas aperçu de votre amour impossible avec Monsieur de Fersen?

Avec mes respects



Chère Florence,

Je vous remercie pour ces belles paroles sur les enfants. Dans l'état où vous me trouvez, je ne souhaite pas la vengeance et tout ce qui m'importe désormais est leur bonheur à eux, qu'ils soient sauvés et le reste viendra naturellement. J'ai grande confiance en Dieu sur ce sujet.

Je ne regrette point ma vie. J'eus de très grands moments de bonheur, malgré les apparences. Maintenant, je laisse le bonheur à mes enfants, du moins je l'espère.

Au revoir, chère Florence,

Marie-Antoinette



Très chère Florence,

Mon amie Madame de Polignac ne m'a pas abandonnée. Elle a quitté pour se mettre à l'abri et cela est bien ainsi. Que Dieu la protège!

Mon époux était un bon mari et il a toujours tout fait pour me rendre heureuse, et je l'en remercie. Il connaissait évidemment Monsieur de Fersen, mon ami, qui commandait le Royal Suédois et qui nous a beaucoup aidés ces dernières années. De plus, Monsieur de Fersen était présent à Versailles lors des journées d'octobre 1789. Le Roi l'appréciait et lui était reconnaissant de son aide précieuse. Monsieur de Fersen est un grand et vrai ami, un ami précieux et dévoué et il n'existe pas de mots pour le décrire qui lui rendent justice. Il fut toujours avec moi cet ami sincère et précieux que je vous décris.

Au revoir, chère Florence,

Marie-Antoinette