Étiez-vous vraiment soumise à votre famille?
       

       
         
         

Monique

      À la mémoire de Sa Majesté la reine Marie-Antoinette (Vienne 1755 - Paris 1793)

Votre Majesté,

Jeudi, le 16 octobre dernier, deux cent dix ans se sont écoulés depuis votre mise à mort, à l'âge de trente-huit ans, Place de la Révolution, aujourd'hui, Place de la Concorde.

Longtemps reine insouciante et inconséquente, puis mère attentive et épouse assagie auprès de Louis XVI, roi timide et peu sûr de lui, vous êtes devenue la mal-aimée, madame Déficit, l'Autrichienne, la responsable des maux internes et externes du peuple français, la victime à sacrifier.

Juste retour du balancier après des années d'intrigues politiques et amoureuses, de dépenses outrancières, de pouvoir absolu de la monarchie? Changement de régime prévisible après autant d'aveuglement de la misère populaire, de la pauvreté économique du pays et de l'état financier pitoyable de la royauté.

Les dernières années de votre règne ont bouleversé toutes vos références en matière de luxe, d'apparat et de coquetterie. À partir du 14 juillet 1789, vous étiez sur la pente descendante, même si ce n'est qu'emprisonnée au Temple, en compagnie de la famille royale, que vous avez peut-être commencé à réaliser l'ampleur du désastre.

L'exécution de votre époux, le 21 janvier 1793, jouet plus qu'acteur de l'histoire, la séparation d'avec vos enfants et les affreuses calomnies des révolutionnaires, dont vous fûtes accusée, eurent raison de votre vie, neuf mois après la condamnation de Louis XVI.

«Est-ce ainsi que les hommes vivent», qu'ils répètent sans cesse les mêmes erreurs, s'étourdissent dans la légèreté de l'oubli, ne perçoivent plus les dangers encourus par leur conduite et connaissent un revirement draconien?

Lorsque je visitai votre cachot à la Conciergerie, Votre Majesté, j'éprouvai à la fois horreur et peine en constatant dans quel état d'abandon, d'humilité, la reine de France avait été réduite; combien la rage, la révolte de l'insurgé, le mépris de l'ordre établi, avaient et pouvaient tout balayer sur son passage.

Votre mère, Marie-Thérèse d'Autriche, négociatrice de votre union avec le jeune dauphin, pour le bien de votre nation, avait sans doute oublié d'insister sur l'adage, «qui prend mari, prend pays».

Qui sait, si vous aviez été moins soumise aux volontés de votre famille viennoise, peut-être la Cour de France et le peuple français vous auraient-ils adoptée comme une des leurs,
et ne vous aurait pas vilipendée, vous qualifiant de traîtresse, d'étrangère... mais le vent de la Terreur soufflait et, entre janvier 1793 et juillet 1794, près de 2,600 prisonniers sont partis de la Conciergerie vers la guillotine de Paris.

L'ère républicaine prenait la relève... «À bas la tyrannie!»

Bien à vous,

Monique L. P-B

21 juin 2004

 

       
         

Marie-Antoinette

      Chère Madame L. P-B.,

Je suis encore de ce monde, malgré toutes les souffrances qui sont les miennes depuis quelques années, et j'ai encore espoir de le demeurer, malgré tout.

Il est vrai que mon époux était timide et qu'il fut indécis en bien des occasions.Je crois que ses indécisions provenaient du fait que son plus grand désir étant de plaire à son peuple, il souhaitait prendre les bonnes décisions et il se devait d'en bien peser le pour et le contre. Je suis outrée, madame, que vous traitiez le roi mon époux de jouet de l'Histoire plutôt que d'un acteur. Le roi est un personnage sacré qui doit être respecté. Autant que le peuple et avec lui, ce sont mon époux et les rois ses ancêtres qui ont fait l'Histoire de la France.

Ni mon époux ni moi-même n'avons jamais rien fait qui puisse nuire au peuple. Le roi a fait tout ce qu'il a pu pour améliorer les finances de l'État. Malheureusement, certains ont cru bon de lui mettre des bâtons dans les roues et ce sont eux, à mon avis, qui sont aujourd'hui responsable de la misère et du désordre qui règne en France.

Je réalisai l'ampleur du désastre, comme vous dites, bien avant l'emprisonnement au Temple. Oubliez-vous le 6 octobre 1789? Tout le temps passé aux Tuileries comme dans une prison? Le retour de Varennes? Le 10 août 1792?

S'il est vrai que l'Autriche m'a manqué après mon arrivé en France, ne doutez point que je ne fus devenue Française. J'ai toujours aimé profondément les sujets français, autant que mon époux les a aimés. D'où vous vient cette idée que je fus soumise à ma famille en Autriche? Je ne crois point avoir rien fait qui mérite une telle accusation. Si, dans certaine affaire, je plaidai en faveur de mon frère l'Empereur Joseph, c'est que je croyais que cela était aussi bon pour la France. Si le roi ne m'écouta point sur ces sujets, c'est qu'il en a jugé autrement. D'ailleurs, vous semblez m'attribuer beaucoup plus d'influence que je n'en eus en réalité. Je dus souvent faire croire que j'en avais beaucoup pour que l'on ne sache point que l'on ne m'écoutait pas lorsqu'il s'agissait des affaires du royaume.

Bien à vous,

Marie-Antoinette