Mathilde
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Des questions sur votre vie
 

    À Vannes, le 29 novembre

Chère Marie-Antoinette,

Je vous écris car je participe à un projet scolaire du collège Notre-Dame le Ménimur: s’exercer à l’envoi d’une lettre et, en même temps, en profiter pour se cultiver un peu. J’ai plusieurs questions à vous poser.

Je sais que vous êtes née en 1755 à Vienne, au château de Schönbrunn, mais votre enfance fut-elle plaisante durant ces années passées à Vienne? À quoi occupiez-vous vos journées? Malgré la prenante activité de vos parents, due à leur statut, avaient-ils du temps à vous consacrer? Ne vous sentiez-vous pas seule par moments? Sortiez-vous souvent de la résidence d’habitation?

Avant de partir pour Versailles, j’ai lu que vous avez dû apprendre le français, les bonnes manières de la cour… Cela fut-il difficile pour vous qui étiez si jeune? Quelle fut votre réaction quand on vous a annoncé que vous alliez devoir quitter l’Autriche pour la France afin de vous marier?

Était-il difficile de quitter votre terre natale ainsi que votre famille et vos ami(e)s (si vous en aviez)? Jouiez-vous souvent avec des enfants de votre âge? Avant le jour de votre mariage, je suppose que vous n’aviez jamais vu votre futur époux, excepté peut-être en peinture… Louis XVI a-t-il conquis votre cœur dès que vous l’avez vu? Votre mariage s’est-il bien passé? À votre arrivée, vous êtes-vous bien intégrée au sein de la société? Quelqu’un vous servait-il de confesseur? Une fois que vous avez commencé à faire votre vie à Versailles, vous a-t-on vite demandé de donner naissance à un héritier?

À quel âge avez-vous eu des enfants? Vous entendiez-vous bien avec Louis XVI ou fallait-il juste montrer une relation obligée? Des écrits nous disent maintenant que vous avez perdu un enfant, est-ce vrai? Quelles étaient les activités qui rythmaient vos journées?

Il paraît que vous étiez dépensière, que vous n’hésitiez pas à acheter quelque chose même si vous saviez que cela dépasserait les moyens de votre époux. Je crois savoir que la coquetterie vous tenait à coeur. Mais, au fait, quelle monnaie utilisiez-vous pour payer, à l’époque? Toutes sortes de rumeurs existent sur l'affaire du collier, pourriez-vous m’en dévoiler davantage?

Aviez-vous pressenti la Révolution, votre condamnation? Auriez-vous aimé pouvoir retourner auprès de votre famille durant cette révolte? Pour conclure, votre vie vous a-t-elle rendue heureuse?

Je vous remercie à l’avance de consacrer un peu de temps pour répondre à mes questions. Avec tout mon respect et mon dévouement.

Mathilde

Très chère Mathilde,

Que de questions vous avez là! Et il me fait tant plaisir d’y répondre, je vous l’assure! Cela me permet de penser à autre chose pendant quelques instants et m’est d’un grand réconfort.

J’ai eu une enfance magnifique, entourée de mes proches. Je puis vous avouer que ces années de bonheur m’ont parfois manqué après mon départ pour la France. Mes journées s’écoulaient doucement, entre les leçons de tout genre et les loisirs. Ma mère et mon père consacraient toujours du temps à leurs enfants et nous étions bien nombreux! Je n’avais pas l’occasion de me sentir seule. Ce sentiment, je le découvris plutôt à Versailles, par moments… Nous n’étions pas confinés à un endroit en particulier et il arrivait que nous nous déplacions.

Comme je n’ai jamais eu beaucoup de goût pour les études, je puis vous dire que oui, même si j’apprenais vite, ce que j’ai dû apprendre avant de venir en France me pesa! J’eusse préféré poursuivre mes activités habituelles, je vous l’assure! Lorsque l’on m’a annoncé que j’allais me marier avec le Dauphin de France, j’eus un mélange de sentiments: de la joie, de l’excitation, de la peur de l’inconnu et de la curiosité envers ces gens et cette vie qui m’attendait! Évidemment, de la tristesse de quitter les gens que j’aimais en Autriche, ma famille… Vous avez raison, je n’avais jamais vu mon futur époux, comme c’est le cas, la plupart du temps, dans les mariages chez les familles régnantes. Et je fus mariée par procuration avant même de quitter l’Autriche. Mon époux fut un bon époux, bien que ce ne fut pas toujours facile, surtout au début. Mais je n’eus aucun problème à «m’intégrer», comme vous le dites.

J’ai grandi dans une Cour et bien que ce ne soit pas la même, une Cour reste une Cour. Évidemment, on nous demandait un héritier le plus rapidement possible mais cela mit du temps à venir… J’eus ma fille, Marie-Thérèse Charlotte, en 1778. Quant à mes activités, cela dépendait des journées et des endroits. Mes journées à Trianon n’étaient pas les mêmes que celles que je passais à Versailles. Je ne fus pas si dépensière qu’on le dit et lorsque je dépensais plus que ce qui m’était alloué, je le faisais toujours avec la permission du Roi.

La monnaie? Les louis d’or, les livres, les écus… En ce qui concerne cette méchante affaire du collier, je n’ai rien à dire de plus que ce que j’ai déjà dit à vos contemporains. Il semblerait que vous puissiez lire cette correspondance, je vous invite à le faire. Cela m’évitera de devoir y penser une fois de plus.

La Révolution? Je ne crois pas que personne ait pressenti une telle violence. Je donnerais tout pour pouvoir être auprès de mes enfants, au lieu d’être enfermée ici, à la Conciergerie.

Et pour votre dernière question, ah, comment y répondre? Il m’est difficile de regarder tout cela objectivement dans l’état où vous me trouvez. Mais je crois pouvoir dire que, de façon générale, j’ai été heureuse… pendant un temps.  Mes enfants, chère Mathilde, sont mon plus grand bonheur.

J’espère avoir su répondre à toutes vos questions! Et je vous dis à très bientôt, chère Mathilde,

Marie-Antoinette