Louis XVI
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Courage, Madame!
 

   

Je profite des services de Dialogus, Madame, pour vous écrire plus longuement, ainsi que je l’ai fait pour ma sœur. Je ne puis savoir quand cette lettre vous parviendra, mais je tenais à vous exprimer ma sensibilité à l’attachement que vous m’avez marqué depuis que nous sommes au Temple et qui m’est une consolation.

Je sais que vous souffrez de notre séparation mais je vous demande, au nom de nos enfants, de ne point trop vous affliger. Ils réclament tous vos soins et toute votre affection en ce moment et il n’est nulle place pour les regrets. Nous savons tous deux ce qui nous a séparés et les gênes induites par les affaires diplomatiques et autres coteries, n’y songeons plus. J’y ai eu des torts, sans doute, je vous prie de me les pardonner. Pour moi, le passé est oublié et je ne garde rien contre vous.

Je suis sincèrement navré que vous partagiez mes malheurs et que vous soyez le témoin de cette cruelle humiliation quand notre alliance vous promettait un trône prestigieux.

Je vous exhorte au courage, Madame, et vous renouvelle toute ma reconnaissance pour les maux que vous souffrez pour moi.

Louis


Majesté,

Oh Majesté, je ne peux empêcher que les larmes emplissent mes yeux à la lecture de votre lettre. Oserais-je vous affliger davantage en vous écrivant qu’au moment où je reçois cette lettre, je suis séparée de nos enfants?

Après m’avoir enlevé Charles, c’est moi qu’ils ont retirée du Temple et vous me trouvez maintenant à la Conciergerie, dans un état de misère encore plus grand. Mais mon inquiétude pour nos enfants m’empêche de me soucier d’autres choses et les désagréments vécus ici ne me touchent pas, et je ne pense qu’à leurs malheurs et aux vôtres, Majesté.

Votre amitié me réconforte. Je crois, Monsieur, n’avoir rien à vous pardonner, bien au contraire. C’est moi qui vous prie de me pardonner mes torts qui, je n’en doute point, furent nombreux. Mais je ne crois pas qu’il faille s’affliger davantage à ce moment.

Malgré les pénibles sentiments que m’apporte la lecture de votre lettre, écrivez-moi de nouveau, Majesté, si vous le pouvez. Cela m’aidera à garder courage.

Marie-Antoinette

Que dites-vous, Madame? Charles vous a été enlevé? Mais à qui a-t-il été confié, le savez-vous?
Voilà bien ce que je craignais. On redoute qu’il songe à me succéder mais c’est pourtant ce que je ne lui souhaite pour rien au monde. Dites-moi, je vous prie, tout ce que vous pouvez savoir sur ce chapitre. Que veut-on en faire? On parle depuis longtemps de lui donner un précepteur, est-ce cela?
 
Mais n’ayez crainte, Madame, son intelligence est si vive, on ne voudra pas lui faire de mal, il saura les conquérir, j’en suis certain. Souvenez-vous comme il parvenait à se gagner tous les municipaux de garde.
 
Vous ne me dites rien de notre fille. Comment se portait-elle quand vous l’avez quittée? Est-elle demeurée auprès de sa tante?
 
Et vous, Madame, vous êtes à la Conciergerie! Ils ne vous auront donc rien épargné. J’aimerais pouvoir vous venir en aide, je me sens si impuissant en ce moment. Je n’ai d’autre ressource que de vous réconforter de mes mots, vous pouvez compter sur mon amitié.
 
Louis

Oh Majesté, voilà que je vous ai donné plus d’inquiétude encore que vous en avez déjà! Veuillez me pardonner, je vous prie, de vous accabler encore davantage. 

Si seulement, Majesté, on lui avait donné un précepteur! Mais ce n’est malheureusement pas le cas: on me l’a enlevé pour le confier à un dénommé Simon, cordonnier de son état. Je crains le pire, Majesté! Cela fait si longtemps qu’on me l’a enlevé, je ne saurais vous dire combien de temps exactement… Ce temps qui me paraît si long, ici, sans les enfants ni la présence de votre sœur!

Mais j’espère que vous avez raison, Majesté, et que ces révolutionnaires aux cœurs durs se laisseront conquérir… il le faut! 

Notre fille se portait comme on peut se porter dans les circonstances. Elle était rongée par l’inquiétude concernant son frère et la crainte qu’on vienne la chercher, elle aussi. Mais vous connaissez sa surprenante force et son courage dans l’adversité. Elle a eu l’occasion de le démontrer à plusieurs reprises déjà, quel malheur! Lorsqu’on est venu me chercher pour me conduire ici, à la Conciergerie, elle était encore auprès de votre soeur. J’ose espérer que cela est toujours le cas. Toutes mes prières, toutes mes pensées vont vers vous, Sire, et nos enfants…

Mais vous, Majesté, ne perdez pas courage. Et parlez-moi de vous, bien que je connaisse votre situation. Je voudrais pouvoir vous en entretenir encore de vive voix… Mais je suis consciente de la chance que nous avons de pouvoir nous écrire dans le moment présent et je veux que nous en profitions le plus qu’il nous est possible de le faire.

Marie-Antoinette


Il doit s’agir de ce municipal qui se nommait Simon et qui était parfois de garde au Temple. Il était cordonnier, en effet. S’il s’agit bien de lui, quoiqu’un peu fruste, je ne le crois pas mauvais homme. Sans doute veulent-ils en faire un républicain, c’est peut-être ce qui le sauvera, Madame. Quel avenir lui serait réservé sans cela? Son âge ne lui permettrait plus longtemps d’être épargné et on lui ferait bientôt un crime d’être roi sans l’avoir désiré. Ne devons-nous pas lui souhaiter de pouvoir goûter un jour un peu de bonheur dans ce monde-ci?
 
Espérons seulement qu’on lui permette d’être réuni à sa sœur.
 
Parvenez-vous, Madame, à trouver un peu de réconfort parmi tant de sujets d’inquiétude? Il m’est difficile de trouver les mots qui vous en procureraient, mais je vous écris étant un peu souffrant et j’ai gardé le lit une bonne partie de la journée. Ce n’est là rien de bien grave, probablement la suite de la fatigue éprouvée ces dernières semaines. Je n’étais plus accoutumé au rythme de travail qu’a nécessité la préparation du procès. Je dois avouer également que je me remets difficilement de certaines accusations qu’on a portées contre moi tant elles m’ont profondément atteint. J’eusse pu refuser de reconnaître la compétence de la Convention mais je voulais me battre pour laisser une réputation sans tache et je crains d’y avoir épuisé mes dernières forces. Où que je regarde le piège se referme et je ne me suis jamais senti plus seul qu’en ce moment. Je ne puis m’empêcher de penser à ces trois années pendant lesquelles je me suis efforcé de résister, aux efforts fournis, aux sacrifices consentis… Tout cela a été vain. Et dire qu’à cette époque je pensais ne pas connaître de plus grande humiliation que le rappel de cet homme si infatué de lui-même, de Necker. Ceux qui ont causé ma perte feignent l’indifférence de peur d’en être éclaboussés, ou bien me font porter l’entière responsabilité de leurs propres erreurs. Quand je pense que mes frères n’ont pas hésité à me trahir tout en sachant dans quelles difficultés ils me plaçaient… Malgré cela, mon cœur se refuse à leur en faire grief. Je ne puis qu’éprouver un profond sentiment de dégoût devant l’ingratitude de nombre de ceux auxquels je n’ai jamais ménagé que des bontés et, cependant, comment leur en vouloir quand ceux qui me sont restés fidèles le paient de leur vie? Et ce manifeste de Brunswick! Jamais on ne me fera croire que ses auteurs avaient dans l’idée de nous venir en aide par une telle provocation.
 
Ah, Madame, dans cette situation il n’est plus que Dieu qui puisse vous secourir, en qui vous puissiez trouver un quelconque réconfort, plus que Dieu pour vous prêter force chaque jour. Ce n’est point pour vous affliger que je vous tiens ce discours, Madame, mais bien pour vous dire que je comprends toute l’étendue de votre souffrance et vous laisser entrevoir l’espoir le plus sûr qui soit.
 
Mes pensées vous accompagnent,
 
Louis

Mais que dites-vous, Sire? Vous acceptez que ce Simon fasse de notre fils un républicain? Vous ne pouvez pas être sérieux! Cela est sans doute dû à votre grande fatigue. Évidemment que nous devons souhaiter du bonheur à notre fils, mais je suis persuadée, Majesté, qu’il ne peut le trouver qu’en étant celui qu’il doit être… et non en devenant, malgré lui, un républicain. Cela ne se peut! J’ai tout à craindre de ce Simon, en qui je n’ai aucune confiance, comme dans n’importe lequel de ces révolutionnaires. Notre fils, Sire, est désormais entre de mauvaises mains! Je prie constamment pour lui, pour qu’il trouve la force, malgré son jeune âge, de résister à ces gens! Mais loin de sa famille, comment y arrivera-t-il? Que d’inquiétudes, Majesté…

Votre coeur est trop bon, Sire. Comment ne pas en vouloir à vos frères? Et à tout ces gens qui nous ont poignardés tout en se disant nos amis? La vérité, Sire, est que nous ne pouvons faire confiance à personne et pourtant, dans notre situation, nous n’avons pas toujours le choix. Je suis persuadée que les gens qui ont convaincu monsieur de Brunswick d’écrire son manifeste sont nos amis, nos vrais amis. Et Dieu sait qu’ils sont rares! Ils ont tenté de nous venir en aide, et la provocation aurait bien pu fonctionner! Peut-être le manifeste est-il seulement arrivé trop tard…

Malgré tout cela, Sire, je ne perds pas espoir. Je suis vos conseils et demande l’aide de Dieu pour me prêter la force dont j’ai besoin. Je le prie de garder nos enfants, de les protéger, de les sauver! Et je prie pour vous, Majesté. Prenez soin de vous Sire, il vous faut toutes vos forces pour vous battre contre ces êtres sans âmes! Tenez bon, Sire! 

Marie-Antoinette


Je comprends vos raisons, Madame, mais parmi tous les maux que je redoute depuis longtemps pour mon fils, qu'il devienne républicain est encore le moindre d'entre eux. Je ne compte plus les nuits de veille que ces inquiétudes me valent.

Vous me parlez vous-même de mes frères et vous me reprochez mon indulgence, mais quand bien même les Français reviendraient à de plus sages dispositions, pouvez-vous penser, qu'en me succédant, notre fils ne serait pas un nouvel obstacle à leur ambition? Ne serait-il pas ainsi exposé à de nouveaux dangers?

Il est jeune, certes, mais je le crois assez responsable pour se déterminer lui-même et j'ai veillé, aussitôt que j'ai pu soupçonner cette effroyable séparation, à l'y préparer. Ayons confiance en lui, ayons foi en la Providence.

J'ai peine à croire, Madame, que vous soyez à ce point aveuglée sur les intentions qui animaient les auteurs de cet épouvantable manifeste. Dois-je voir de vrais amis en ceux qui me font appeler des armées étrangères dans mon propre royaume pour livrer combat à mes sujets? Si tel est le cas, alors je ne sais plus ce que vous reprochez à mes frères qui en demandaient autant de leur côté.

Madame, aussi affreuse que soit ma situation, je suis Roi de France et ce n'est qu'avec la plus profonde horreur que je dois envisager une telle éventualité. Puis-je même me résoudre à l'envisager une seule seconde, moi qui ai tiré une telle gloire à rendre la France victorieuse de l'Angleterre? Non, si j'eusse agi ainsi, j'eusse bien mérité le nom de tyran et si on est parvenu à en persuader les Français, comment même espérer conserver leur amour? Puissiez-vous, Madame, je vous prie, comprendre cela. 

Dieu vous garde,

Louis

J’ose espérer que vous avez raison, Majesté, sur le sujet de notre fils et je souhaite de tout coeur que nos souffrances permettront à nos enfants une meilleure vie. 

Mais est-il possible que vous doutiez de la bonne foi de ceux qui ont voulu nous sauver, en proposant le manifeste du duc de Brunswick? Il fallait agir et rendre Paris responsable de notre sécurité! Il fallait attendre ces armées étrangères, notre seule chance de salut, dans l’état misérable où nous étions contraints! Mais il était trop tard, Sire, et si seulement le manifeste avait été écrit avant, et si seulement les puissances n’avaient pas autant tergiversé! Ce n’est pas faute à nos amis d’avoir essayé, pourtant. Ils ont travaillé si fort dans le seul but de nous aider, contrairement à vos frères, Sire, qui avec leurs plans toujours moins réfléchis les uns que les autres, en refusant de suivre nos volontés et mal conseillés comme ils l’étaient, nous ont nui plus qu’ils nous ont aidés. Il nous fallait tout tenter, Sire, il nous fallait la guerre. Il nous fallait ces armées étrangères, il nous fallait des victoires pour pouvoir imposer notre volonté, nous imposer comme médiateurs! Il nous fallait ce congrès, qui n’eut jamais lieu. Il nous fallait jouer le jeu, même s’il était risqué. C’étaient là les conseils de nos vrais amis, ceux qui travaillent encore, à ce jour, à nous sauver. Quels étaient nos autres choix? En avions-nous seulement?

Auriez-vous seulement imaginé en arriver là un jour? Qu’avons-nous fait pour mériter cela? 

Marie-Antoinette

Je ne pourrais vous dire que je n'ai nul regret dans cette affaire, mais c'est avant tout celui de ne pas vous savoir en sûreté, vous et nos enfants. Pour moi, ma place est en France.
 
Quel autre choix avions-nous? Mais ce manifeste est intervenu au plus mauvais moment. L'émeute du vingt Jjuin laissait espérer un retournement en notre faveur, les Français sortaient enfin de leur aveuglement et des adresses de protestations affluaient à l'Assemblée de toute la France. Il suffisait d'attendre une victoire de nos armées, dont je n'ai jamais douté, pour espérer reprendre les rênes du pouvoir. Ce fut la victoire de Valmy, et ce manifeste que vous jugez trop tardif était, de ce point de vue, bien trop précoce.
 
Mais peut-être ces étranges amis apprendront-ils de leur erreur et seront-ils plus chanceux pour vous sauver? Je le souhaite bien vivement. De mon côté, je suis si las des accusations absurdes dont on m'accable que je ne désire plus rien sinon d'en finir promptement.
 
Louis

 Je vous en prie, gardez courage, Majesté. Vous faites face à vos accusateurs avec une conscience libre de tout outrage envers votre peuple et peu importe de quoi ces êtres sans âme vous accusent, ce sont eux les vrais criminels. 

Vos lettres me sont d'un grand réconfort. Regarder votre écriture sur ce papier me donne espoir, y croiriez-vous? Chacune d'entre elles me rapprochent de vous, de notre famille, de ce temps béni où nous ne pouvions même imaginer avoir les débats qui nous animent aujourd'hui. Quel étrange destin que le nôtre, Sire…

Marie-Antoinette

Eh bien, si je puis vous être d'un certain secours, j'en suis content et je n'en demande pas plus. Je ne voudrais point cependant que vous fondiez trop d'espoir sur cette correspondance dans le cas où elle devrait prendre fin..
 
Je ne devrais point vous entretenir de ces idées sombres mais aussi, je crois que le manque de sommeil altère mes facultés. Il me faut convenir qu'ils ont remporté une victoire puisque je ne parviens pas à ôter leurs basses manoeuvres de mes pensées. Je puis bien me satisfaire d'avoir ma conscience pour moi mais j'ai encore la faiblesse de craindre qu'on ne me salisse durablement dans l'esprit de mes peuples. C'est cette crainte qui m'a conduit à vouloir me justifier quand bien même je devais pour cela reconnaître la compétence de la Convention. J'aurai sous-estimé leur pouvoir puisqu'ils parviennent à tout tourner en ma défaveur. Ils ne me laissent que la dénégation. Qui pourrais-je convaincre ainsi? Ah! Que l'orgueil est amer et combien il est dur cependant de s'en détacher! Voilà donc ce combat qu'il me reste à mener: espérer retrouver un peu de sérénité en me détournant définitivement des choses terrestres. Malgré mes efforts, le chemin est long encore. Je ne crains pas la mort mais je ne puis m'empêcher de redouter le sort qui sera fait à ma mémoire.
 
Du moins, Madame, ne pourrez-vous douter de ma confiance puisque je vous fais le témoin de pensées dont je rougis en les évoquant.
 
Louis

L’espoir, Sire, est une chose douce et cruelle à la fois. Elle garde en vie, et tue tout à la fois. Mon cœur me dit de garder espoir mais ma tête n’a de cesse de me ramener à notre situation actuelle. Par moment, mes idées sont claires. D’autres moments, l’on pourrait dire que je n’arrive plus à réfléchir. Mais laissons le moment présent, Sire et laissez-moi vous poser une question.

Vous craignez l’idée que vos peuples pourraient se faire de vous, que l’on vous salisse durablement. À quoi ressemblent les correspondances que vous recevez ici? Croyez-vous que votre réputation soit juste? Car pour ce qui est de vos peuples, ceux de la France de 1793, je les crois trompés et je suis certaine que leur cœur sait combien vous les aimer.

Votre conscience et la grandeur de votre âme sauront prévenir toutes les mauvaises choses que les Révolutionnaires tenteront de propager sur vous. Sire, vous aimez votre peuple et votre cœur est d’une grandeur infini.

J’espère recevoir de nouveau une lettre de vous et tenir encore une fois votre écriture entre mes mains.

Marie-Antoinette



Vous avez raison, Madame, la plupart de mes correspondants sont bienveillants mais à quoi faut-il l'attribuer? Il me semble, bien souvent, que je leur inspire plus de la pitié pour mon sort qu'un véritable respect pour ma personne et je n'ai donc guère lieu de m'en réjouir. Je veux bien que l'on me taxe de faible pour me reprocher de ne pas avoir allumé la guerre civile, mais à quoi cela aurait-il servi? On n'arrête point les révolutions.

Mais c'en est assez de moi et occupons-nous plutôt de vous sauver, nos enfants ont besoin de vous. Avez-vous pu consulter les pièces qui ont servi pour mon procès? J'ai demandé à ce que l'on vous remette ma défense, l'avez-vous eue? À dire vrai, je doute qu'ils aient d'autres pièces s'ils instruisent un procès contre vous. Je suppose en effet que vous aurez eu soin de brûler votre correspondance avec nos prétendus amis. Ils n'auront donc rien pour vous compromettre. Pour le reste, vous m'aurez toujours obéi, ils ne pourront pas invoquer votre responsabilité. Mon Dieu, je suis soulagé de pouvoir vous entretenir de cela! Vous souvenez-vous de ce jour où vous m'aviez cru fou? Il était alors de plus en plus question de me traduire devant la justice J'en avais eu bruit et je craignais de ne pouvoir vous dire quel système de défense adopter pour vous-même. C'est alors que j'ai songé à faire entendre aux municipaux de garde que j'avais un pressant besoin d'un moment d'intimité avec vous. Quand j'ai ajouté que le vôtre devait être bien plus pressant encore, vous avez sans doute pensé que j'avais perdu la raison. Je ne pensais pas que les municipaux y consentiraient, mais en l'absence de Dialogus, il ne me restait que mes droits d'époux pour espérer vous entretenir de cet objet si important et dont votre vie peut dépendre.

J'ai écrit à monsieur de Robespierre au sujet de notre fils. J'espérais obtenir qu'il porta la question de son sort devant la Convention avant que je ne meure. Je ne puis m'empêcher de songer au surcroît de danger qui pèsera sur lui quand je ne serai plus et que certains le regarderont comme leur nouveau roi. Il a daigné me répondre mais n'a malheureusement pas porté le courage jusqu'à accéder à ma demande. J'ai également écrit à monsieur de Fersen. Je sais qu'il est toujours endetté depuis notre voyage de Montmédy mais je le crois assez attaché à vous pour qu'il ne s'arrête point à cela et qu'il cherche donc à vous procurer un meilleur sort. Il est néanmoins à redouter que les affaires de Suède ne soient point meilleures que les nôtres.

Puissent ses démarches vous être favorables.

Louis