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Marie-Antoinette

     
   

Coquetterie

    Très chère Marie-Antoinette,

Je m'intéresse depuis quelque temps aux critères de beauté du XVIIIe siècle. Je ne crois pas pouvoir m'adresser mieux qu'à vous pour obtenir des renseignements à ce sujet, n'est-ce-pas? Une question plus particulière me trotte dans la tête: l'apparence féminine au XVIIIe siècle est-elle codifiée? En effet, j'ai pu constater qu'à votre époque, toutes les belles dames avaient le visage particulièrement pâle, la peau diaphane et n'apparaissaient en société que vêtues de rose pastel, de dentelles sensuelles, de perles et rubans. Elles arboraient perruques, mouches et décolletés indécents... Pourquoi cette allure libertine?

J'attends avec impatience vos explications sur l'apparence et la beauté de la femme car c'est un sujet qui m'intéresse beaucoup.



Cher inconnu,

Vous tombez bien en effet, puisqu'on m'a toujours dit avoir beaucoup de goût sur ce sujet!

L'apparence féminine est en effet codifiée, pour plusieurs raisons différentes. Ce peut être une question de mode, comme une question pratique ou d'hygiène. Ce que vous me décrivez s'applique aux femmes d'un certain rang, et il va de soi que les paysannes ne peuvent respecter tous ces critères de beauté et que, souvent, elles ont leurs propres critères.

Ce que vous me dites sur la peau pâle est une question d'hygiène. En effet, l'eau n'étant pas très propre, et puisqu'elle propage des maladies, nous préférons l'utiliser le moins possible dans notre toilette. Mais il est très important de paraître propre. Et pour être propre, il faut être aussi blanc que possible. Donc, la poudre blanche que nous portons sur le visage sert à paraître propre, ce qui est une marque de bon goût et de savoir-vivre. C'est la même chose pour les perruques. Non seulement elles sont un élément de mode, mais aussi d'hygiène. Il n'est pas rare, mais sans doute est-ce la même chose à votre époque, que l'on ait des poux. La perruque est utile dans ces cas-là. Surtout pour les hommes, puisque la mode est aux cheveux longs et qu'ils doivent souvent se raser la tête. La perruque est aussi un signe de distinction sociale. La couleur des cheveux de la perruque, son style, etc., en disent long sur ce sujet.

Pour ce qui est des tenues, cela dépend beaucoup de la mode du moment. Les perles et les rubans furent très à la mode pendant un temps. Mais la mode change tellement souvent! Cette allure est-elle libertine? Vous le pensez?

À bientôt, cher inconnu,

Marie-Antoinette



Très chère Madame,

Tout d'abord, je vous remercie d'avoir donné suite à mon courrier.

Ensuite, je tiens à m'excuser de ne pas m'être présentée à vous auparavant, vous obligeant à adresser votre réponse à un «cher inconnu». Je m'appelle Audrey et, avec deux camarades, nous avons le projet de réaliser un magazine sur l'apparence féminine au XVIIIe siècle. Nous nous sommes bien vite aperçues au cours de nos recherches que vous avez tenu un rôle principal dans la modification de l'apparence féminine au XVIIIe siècle, notamment en allégeant les coiffures et les robes et en inaugurant la robe de bergère. C'est pourquoi nous sommes particulièrement enthousiastes à l'idée de tenir avec vous cette correspondance. C'est donc au nom de mes deux camarades et de moi-même que je m'adresse de nouveau à vous aujourd'hui.

Pour poursuivre nos réflexions sur la peau et le teint, j'aimerais obtenir quelques précisions: vous dites en effet que la poudre blanche servait à paraître propre. J'ai par ailleurs entendu dire qu'elle abîmait particulièrement la peau. Qu'en était-il?

Par ailleurs, après avoir étudié le port des mouches en taffetas et leur codification, je me demandais si vous en portiez et, si oui, lesquelles (assassines? emplâtres? sur quelles parties du visage?) et pourquoi? Était-ce également une marque de bon goût et de savoir-vivre?

En ce qui concerne la mode de la bergère que vous avez lancée, je me demandais d'où était venue cette idée. Était-ce pour son aspect plus pratique ou pour donner plus de naturel à vos tenues? Et d'ailleurs, quelles étaient vos préférences en matière de vêtements?

Enfin, comme nous n'avons rien trouvé à ce sujet, nous aurions aimé savoir comment vous vous chaussiez.

Nous aimerions également insérer dans notre revue une interview de vous-même. Pour ce faire, pourriez-vous répondre à ces quelques questions?

1. Portiez-vous des chapeaux? Si oui, lesquels et pourquoi?
2. Usiez-vous de masques ou d'éventails?
3. Arboriez-vous des coiffures telles que «le pouf aux sentiments»?
4. Pourquoi ces coiffures extravagantes?
5. Aviez-vous une touche vestimentaire particulière?
6. En quoi pensez-vous avoir révolutionné l'apparence féminine du XVIIIe siècle?

Si certaines de ces questions vous semblent peu abordables ou compliquées, n'y répondez guère: nous sommes déjà infiniment reconnaissantes du temps que vous nous consacrez pour nous éclairer dans nos études.

Soyez convaincue de notre profond respect et de nos sincères remerciements. À bientôt, j'espère!

Mademoiselle Audrey Legoupil



Très chère Audrey,

Comme il me fait plaisir de pouvoir répondre à vos questions! Ces questions de mode m'ont toujours passionnée, et cela me fait le plus grand bien, dans ma situation actuelle, d'avoir l'occasion d'y repenser. Alors commençons.

D'abord, la poudre blanche. Il est vrai que celle-ci peut abîmer la peau. Cela dépend surtout de la nature même de la poudre. Par exemple, certaines poudres sont produites à base de craie. Je vous laisse imaginer ce qu'une utilisation à long terme de ce produit peut faire à la peau!

En ce qui concerne les mouches, je n'ai jamais été une grande admiratrice de celles-ci, et elles étaient d'ailleurs beaucoup moins à la mode qu'elles ne l'avaient été à une époque précédente. Mais lorsqu'elles l'ont été, il s'agissait effectivement d'une marque de bon goût.

Pour la mode de la bergère, il s'agissait à la fois d'avoir une tenue plus pratique et de donner plus de naturel à mes tenues. Cette tenue était plus appropriée lors de mes séjours au Hameau et à Trianon, où la vie était plus simple et dans un décor naturel. D'ailleurs, tout ce qui est naturel était très à la mode, comme les jardins à l'anglaise par exemple. J'ai eu toutes sortes de préférences en matière de vêtements, et cela dépendait vraiment de l'endroit où je me trouvais, puisque je ne m'habillais pas de la même façon à la Cour ou à Trianon.

Je ne sais trop ce que je pourrais vous dire sur les chaussures, outre peut-être que ce n'est pas la partie la plus confortable de l'habillement!

Pour les prochaines questions, je répondrai avec les numéros que vous leur avez donnés.

1. Oui, je portais des chapeaux. Le port du chapeau est une marque de politesse, il est très important d'avoir la tête couverte. Mais je n'en portais pas toujours, parce que les coiffures extravagantes l'empêchaient souvent!

2. Je portais souvent des masques lors des bals masqués de l'Opéra. Et les éventails sont indispensables. Sans compter qu'ils peuvent être très utiles en plusieurs occasions, par exemple pour se cacher lorsqu'on veut parler à quelqu'un plus secrètement!

3. J'ai arboré toutes sortes de coiffures extravagantes aux noms tout aussi extravagants!

4. Tout simplement parce que c'était la mode!

5. Cela arrivait, mais elle ne restait pas longtemps particulière car toute touche vestimentaire particulière que j'avais devenais instantanément la mode!

6. Je ne sais pas si j'ai révolutionné l'apparence féminine, mais je l'ai plusieurs fois influencée!

Je crois avoir répondu à toutes vos questions alors je vous dis à bientôt, chère Audrey!

Marie-Antoinette