Emma
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Confessions
 

    Très Chère Marie-Antoinette,

Vous ne vous souvenez sûrement pas de moi; je vous avait écrit une lettre il y a de cela bien longtemps. Je divaguais ça et là sur Dialogus, quand, voyant votre nom apparaître, j'ai eu envie de vous écrire. La fascination que j'ai pour vous n'a pas bougé d'un cil depuis cinq longues années. Elle est toujours aussi persistante, je crois toujours en vous. D'ailleurs, il y a un mois, je fêtais mes dix-huit ans et, pour l'occasion, je me suis fait tatouer les lettres M.A. entrelacées sur mon poignet droit. On m'a répété que cela pouvait me porter préjudice à l'avenir, mais je voulais vous avoir près de moi toute ma vie.

Je dois passer pour une sotte! Que je dois être pathétique! Mais, tant pis, je dois assumer.

J'aimerais vous dire que depuis le premier jour où j'ai entendu parler de vous, je me suis tout de suite intéressée à vous. Cela fait cinq ans. Ma vie tourne autour de vous. Depuis cinq ans, j'ai d'ailleurs un rêve: celui d'acquérir un jour mon propre château. Ce ne sera sûrement pas Versailles, le Trianon ou Schönbrunn, mais un petit château comme Bouges serait amplement suffisant.

Je possède d'ailleurs un secret qui me pèse, mais que je ne peux étaler ici, mon message étant à la vue de tout le monde. Je le garde alors pour moi, les gens à qui j'en ai parlé m'ayant pris pour une folle à lier. Mais ma foi en ce secret est si forte! C'est d'ailleurs cela qui me fait croire en mon rêve et qui me pousse à me battre pour l'atteindre. Mais sachez bien qu'il vous concerne, et qu'il n'y a absolument rien de dégradant à votre égard. Bien au contraire, cela fait mon bonheur.

Les vacances approchent pour moi; je pars à Lille pendant une semaine, mais j'ai prévu de descendre à Versailles un ou deux jours. Je ne peux aller dans le nord de la France sans passer vous dire bonjour à Versailles. Et puis c'est un endroit si paisible. Surtout le hameau. C'est d'un calme, et marcher le long du grand canal est si reposant. J'aime Versailles, je vous envie. La vie ne devait pas y être facile tous les jours, et je vous plains, ma pauvre Marie-Antoinette.

Le fait de me dire que je ne pourrai jamais vous parler de vive voix ni vous rencontrer, m'attriste tellement! Mais au moins, ici, je peux vous parler de manière manuscrite, c'est déjà cela!

Au plaisir,

Bien à vous, au roi, à Marie-Thérèse, Louis-Joseph, au petit Louis XVII et à la petite Madame Sophie.

Emma


Très chère Emma,

Vous n’êtes pas du tout pathétique! Si vous saviez combien votre admiration me touche! Et tout particulièrement dans l’état où vous me trouvez présentement, je n’ai pas l’occasion de croiser beaucoup de gens qui me veulent du bien.

Je suis très curieuse de connaître votre secret, mais je comprends que vous ne souhaitiez pas le partager avec tout le monde. L’on m’a dit que nos correspondances pouvaient être lues par tous, alors cela ne serait peut-être pas prudent. Quel qu’il soit, je vous souhaite d’atteindre votre but.

Avez-vous fait votre voyage à Versailles? Y avez-vous trouvé le charme et le repos que vous y recherchiez?

J’espère avoir le plaisir de vous lire de nouveau, chère Emma.

Marie-Antoinette