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écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

Château royal

   

Majesté,

Quel bonheur et quel privilège de pouvoir m’adresser à Votre Majesté. Grâce à la technologie du XXIe siècle, je profite de cet avantage pour vous demander laquelle de toutes les résidences royales était votre favorite.

Je ne serais pas surpris d’apprendre que le Petit Trianon se place en premier. Vous y avez créé un cadre élégant à échelle humaine. Votre goût infaillible se reflète dans son décor raffiné. Comme j’aurais aimé vivre à cette époque et recevoir «de par la Reine» une invitation dans ce délicieux décor! Comment ne pas être en admiration aussi dans votre hameau où, loin de la cour et de sa sévère et ridicule étiquette, vous pouviez vivre près de la nature entourée des gens que vous aimiez sincèrement.

Je sais que vos séjours au château de Fontainebleau n’étaient pas des plus appréciés. Pourriez-vous m’en donner la raison?

Agréez, Majesté, les marques de mon profond respect.

Robert Monette



Très cher Robert,

Vous avez vu juste! Le petit Trianon est l’endroit du monde dans lequel j’aime le plus me retrouver. Et d’ailleurs, je vous remercie de me donner l’occasion de me souvenir de cet endroit merveilleux, cela me libère un peu des murs de ma prison!

Je n’ai jamais beaucoup aimé les autres résidences royales, sauf peut-être Marly, et dans la plupart des cas, toujours pour les mêmes raisons. D’abord, ces vieux châteaux froids et humides ne m’ont jamais intéressée. Et puis si Versailles n’est pas si vieux, c’est la résidence permanente de la Cour. Cela peut être si lourd parfois! À Trianon et même à Marly, j’avais l’occasion de me sauver un peu de cette étiquette encombrante et je pouvais, à Trianon, inviter qui je voulais, selon mon bon plaisir! Seuls mes amis y étaient conviés et je me trouvais toujours heureuse lorsque j’étais là-bas. Si j’avais pu, j’y serais restée tout le temps!

Je vous avoue que maintenant, dans la situation dans laquelle vous me trouvez, n’importe lequel des châteaux royaux, aussi vieux soit-il, ferait bien mon bonheur. Ah, si seulement je pouvais sortir d’ici et retrouver mes enfants!

Au revoir, très cher Robert,

Marie-Antoinette


Majesté,

Merci de prendre le temps de m’écrire, j’en suis fort honorée. Je me réjouis si j’ai pu, ne serait-ce que pour un court moment, vous rappeler les bons souvenirs de votre admirable Petit Trianon.

Comme je suis malheureux de vous savoir dans ce ténébreux cachot de la Conciergerie! Une mère séparée de ses enfants, voilà bien le plus cruel des sorts, et le plus douloureux n’est-ce pas, de ne pas connaître le sort réservé à ses enfants. L’homme est capable de très belles choses, mais malheureusement il est aussi capable des pires horreurs.

J’ai une suggestion pour votre évasion, c’est tout simple: dormez, Madame, dormez… et dans vos rêves essayez de revivre les moments fabuleux de votre existence; votre relation avec votre mari le Roi, vos enfants adorés, votre famille, vos amis sincères et les somptueux décors dans lesquels vous étiez la plus adorable des reines.

Agréez, Majesté, les marques de mon respect le plus profond.

Robert Monette


Très cher Robert,

J’utilise votre moyen d’évasion le plus souvent que je peux. Malheureusement, il est très difficile de dormir ici, d’autant plus que mon pauvre corps ne m’en donne pas beaucoup le loisir. Mais vous avez raison, c’est un excellent moyen d’évasion, qui me rapproche de ceux que j’aime. Je n’ai pas perdu espoir, cependant, de les revoir autrement que dans mes rêves.

À bientôt, cher Robert,

Marie-Antoinette