Le citoyen Maurice
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Ce que j'aime en vous
 

   

Chère Madame,

Ce que j'aime en vous?

J'aime tendrement et intensément la femme qui souffre mais je n'aime pas la «reine» de France. Vous le savez, je suis républicain. Ce n'est pas une logique contradictoire, ce n'est que du bon sens.

Mais l'idée même de monarchie me révulse. Comment pouvez-vous admettre que, par le seul hasard de la naissance, on se retrouve «roi» ou «noble» (donc très riche en exploitant honteusement le peuple) quand des milliers et des millions d'autres crèvent de faim? Qui plus est, les malheureux n'ont pas leur mot à dire puisque, dans un système monarchiste, le roi est imposé, qu'on en veuille ou qu'on n'en veuille pas. Ce système-là est à mon sens très injuste et inacceptable. Le représentant du peuple doit être élu au suffrage universel. Rien d'autre!

Cependant, comme le disait Georges Jacques Danton, «il vaut mieux être guillotiné» -encore faudrait-il m'attraper- «que guillotineur». Mieux vaut être victime que bourreau. C'est plus honorable.

Les ennemis de la République sont mes ennemis. Je ne pense pas «aimer mes ennemis», c'est inconcevable pour moi. Cependant, jamais je ne serais capable de cruauté à leur égard s'ils étaient à ma merci. Je les traiterais toujours avec beaucoup de bienveillance et d'humanité.

La réciproque n'est pas forcément vraie. Tout ceci m'occasionne des problèmes graves avec les gens de mon camp, car aux yeux de certains républicains fanatiques, abrutis et sanguinaires, je suis considéré comme un traître qu'il faut abattre (sic). Le vrai républicain n'est pas une bête sauvage. Il ne doit pas se montrer féroce et abruti, sinon il discrédite les idées qu'il est censé défendre. La démocratie serait traînée dans la boue.

Je termine ce présent message en réaffirmant que je vous aime parce que vous souffrez mais certainement pas parce que vous êtes «reine» de France. Je vous envoie encore une fois toute mon affection brûlante avec un «royal» baiser républicain sur chacun de vos beaux yeux ainsi que sur votre pauvre front derrière lequel siège votre âme blessée.

Vive la République! Généreuse et compatissante...

Le citoyen Maurice


Très cher Maurice,

Vous me parlez de hasard de la naissance lorsqu’il s’agit du roi. Mais que faites-vous de la volonté de Dieu? Les rois sont choisis par Lui pour régner sur leurs peuples, et je ne crois pas que Dieu laisse les choses au hasard. J’ai encore beaucoup foi en Lui. Et n’est-Il pas infaillible?

Même si nos visions diffèrent, je vous sais juste. Et je ne doute aucunement de votre sens de la justice si vous étiez en présence d’un ennemi ou d’une personne ne partageant pas vos pensées et votre vision du monde. Le respect entre les hommes, la justice sont de grandes qualités.

Vous m’aimez parce que je souffre et non pas parce que je suis reine. Je vous aime parce que vous êtes bon, et non pas parce que vous êtes républicain. Nous nous rejoignons.


Ces sentiments sont si rares dans le monde où nous nous trouvons!

Marie-Antoinette