Sophie
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Beaucoup d'admiration
 

   

Votre Majesté,

C'est du Kenya que je vous écris (un magnifique pays d'Afrique). Je suis Française, j'approche de mes quinze ans et mon nom est Sophie.

C'est un grand honneur (mais surtout bonheur) pour moi que de pouvoir, madame, vous écrire cette lettre, et j'en suis si émue! J'ai toujours eu un goût prononcé pour l'Histoire, depuis que je suis toute petite, mais la vôtre et celle de votre famille m'a particulièrement touchée. J'ai toujours rêvé de pouvoir vous écrire, vous parler, et même, Votre Majesté, de faire votre connaissance. Et aujourd'hui, grâce à Dialogus, ce rêve peut être en partie réalisé. Votre Majesté ne peut imaginer quelle peut être la joie qui emplit mon cœur!

Je souhaiterais vous dire, madame, à quel point je vous admire. Je vous trouve si courageuse, malgré les terribles épreuves que vous traversez! Il n'existe malheureusement pas assez de mots pour exprimer les sentiments que j'éprouve pour vous et votre famille. Votre Majesté, et feu notre roi, êtes des personnes vraiment exceptionnelles!

J'espère de tout mon cœur, madame, que vous vous portez bien. On m'a dit qu'une dénommée Rosalie Lamorlière prenait soin de vous. Est-elle douce et aimable? Je l'espère tant. Je prie pour vous et votre famille. Je prie pour que ces terribles tourments cessent enfin, et que tout rentre dans l'ordre. Vous êtes, Madame, dans mon cœur et y resterez à jamais. J'espère que cette lettre réussira à vous transmettre tout l'amour que je vous porte.

En espérant avoir de vos nouvelles, je suis, avec le plus profond respect, madame, de votre Majesté la très humble servante.

Sophie


Très chère Sophie,
 
Comme il est touchant de recevoir une lettre de si loin! Cela me fait bien plaisir.
 
Il y a en effet la douce et aimable Rosalie qui s'occupe de moi ici à la Conciergerie. Sa présence et les lettres que je reçois sont mes seules consolations ici. 
 
N'hésitez pas à m'écrire plus longuement: cela me permet de m'évader un peu, si je peux me permettre d'utiliser ce mot si approprié à la situation…
 
À très bientôt, chère Sophie,
 
Marie-Antoinette


Le 29 octobre 2008
Aix-en-Provence, France,

À sa Majesté Marie-Antoinette, Reine de France
 
Madame,
 
Votre Majesté n'imagine pas combien sa lettre m'a fait plaisir! Un bonheur immense! Je l'ai reçue aujourd'hui même, ce qui explique le retard de ma réponse. Je vous prie, Madame, de bien vouloir m'en excuser.

Je suis actuellement en France pour une dizaine de jours. Je rends visite à ma sœur aînée (venue étudier la littérature depuis un an). Je ne l'avais pas vue depuis quelques mois, mois qui m'ont paru des siècles... Je comprends comme votre Majesté peut souffrir d'être ainsi éloignée de sa famille, mais sachez, Madame, que mon cœur vous soutient.

Je suis bien heureuse (et soulagée) que Rosalie prenne bien soin de vous. J'aimerais tellement pouvoir vous venir en aide... Que puis-je faire, votre Majesté?

Il est vrai que ma dernière lettre vous venait de bien loin... Comme j'aurais aimé, Madame, que vous puissiez voir le beau pays où je vis! L'air y est si doux... On y trouve une quantité infinie d'animaux sauvages et d'oiseaux, tous aussi magnifiques les uns que les autres (et surprenants). Oh, Majesté, imaginez un vol d'ibis royaux au petit jour... Et les paysages... Des collines, la savane à perte de vue! Lorsqu'on monte au sommet d'une de ces collines, la vue qui s'offre à nos yeux est tout simplement incroyable: on se sent si libre!
 
J'espère que cette lettre vous trouvera en bonne santé. Puis-je vous demander une faveur? Pourriez-vous dire à Rosalie que je la remercie des bons soins qu'elle prodigue à votre Majesté? Je vous en serais infiniment reconnaissante...
 
En espérant avoir de vos nouvelles, je suis avec le plus profond respect, Madame, de votre Majesté, la très humble servante,

Sophie

Très chère Sophie,

J'espère que vous avez fait un beau et bon voyage. Mais vous êtes venue de si loin pour une dizaine de jours seulement? C'est un si long voyage!

Comment pouvez-vous m'aider, me demandez-vous? Écrivez-moi encore, si le cœur vous en dit; vos lettres me permettent de quitter mes sombres pensées, pour quelque temps…

Votre message a été transmis à Rosalie, qui est dans la confidence à propos de cette manière de correspondre et m'a promis sa discrétion.

À très bientôt, chère Sophie,

Marie-Antoinette

Le 23 décembre 2008
À Aix-En-Provence
À Sa Majesté Marie-Antoinette, reine de France
 
Madame,
 
Que Votre Majesté pardonne le grand retard qu'a pris ma réponse! J'en suis vraiment désolée! Je préparais en effet mon déménagement pour la France (mes parents souhaitent que j'y continue mes études) et cela m'a pris beaucoup de temps. Je suis d'ailleurs un peu craintive à l'idée de devoir quitter un pays que j'aime pour en retrouver un nouveau que, finalement, je ne connais que très peu, mais je me répète que c'est une chance pour moi de pouvoir voyager et que je vais pouvoir découvrir tout un tas de choses. Je suis encore une fois sincèrement désolée!

Les dix jours de mes dernières vacances ont passé fort rapidement. Et il est vrai que la distance entre le Kenya et la France est immense! Mais fort heureusement, il existe à mon époque une machine appelée «avion» (on peut les considérer comme les descendants des montgolfières) qui nous permet de parcourir une très longue distance en à peine quelques heures, au lieu de nous prendre des jours et des semaines.
 
Oh, Votre Majesté! C'est avec un plaisir immense que je vous écris! Je suis bien contente de pouvoir vous distraire un tant soit peu. Pourrais-je vous demander, madame, quels sont les sujets qui vous ont toujours passionnée? Pour ma part, j'affectionne beaucoup le dessin, la musique (j'aime tellement jouer du piano et du violon), les sciences (les mathématiques, peut-être un peu moins), l'Histoire, et la langue grecque.

Pourrais-je vous demander, madame, de transmettre mes amitiés à Rosalie? Je lui suis tellement reconnaissante de prendre soin de vous!

Que Votre Majesté garde courage! Je continue de prier chaque jour le Seigneur de tout faire rentrer dans l'ordre, je suis sûre qu'Il finira par entendre mes prières.

En espérant avoir de vos nouvelles, je suis avec le plus profond respect, madame, de Votre Majesté, la très humble servante.

Sophie

Vous avez débuté une nouvelle année?  Il est vrai que nous n'avons pas le même rapport au temps, enfin c'est ce que m'a expliqué monsieur Dumontais. Je ne saurais vous dire quelle est la date exacte de la journée où je me trouve, tout ce que je sais est que le temps est si long loin de mes enfants et de ma chère sœur Élisabeth! Ne vous excusez donc pas pour votre retard. Le simple bonheur de recevoir vos lettres est déjà bien suffisant.
 
Votre époque semble tout à fait étrange à mes yeux, bien qu'il semblerait qu'on y trouve plus de facilité dans les déplacements. Cela ne peut être qu'une bonne chose et sans doute cela vous aide-t-il à rester proche de votre famille. 
 
Vous me demandez les sujets qui m'ont toujours passionnée? Ils sont nombreux, je dois le dire: le théâtre, la musique et la danse, les beaux vêtements, et, plus fondamental encore, mes enfants, mes amis… Je n'entends rien aux sciences et je vous admire beaucoup d'y comprendre quelque chose! La curiosité est la bienvenue et ce, à tous les âges de la vie. Et la passion garde en vie! Il est bien d'en avoir plusieurs. Je plains ces gens qui ne ressentent rien et ne savent pas voir la véritable beauté des choses. 
 
Comment se passe votre vie en France? Vous y êtes-vous habituée?
 
Au plaisir de vous lire de nouveau, chère Sophie,
 
Marie-Antoinette

Madame,
 
Comme j'ai été heureuse de recevoir votre lettre! Comment se porte votre Majesté? J'espère de tout mon cœur que tout va pour le mieux.
 
À moi aussi le temps me semble interminable, loin de mes chers parents. Ils me manquent à un point inimaginable. Il est heureux qu'à mon époque les déplacements soient plus aisés, je sais que je les reverrai prochainement. Mais que votre Majesté ne perde pas espoir de retrouver bientôt ses enfants! Je continue de prier le Seigneur pour vous, aussi finira-t-il par entendre mes prières. Tout cela ne sera bientôt plus qu'un terrible souvenir.
 
Si votre Majesté éprouve un jour le désir d'en connaître un peu plus sur mon époque, ce serait avec un immense plaisir que je lui en parlerais!
 
Ah, la musique et le théâtre! Voilà deux passions que nous partageons! Ne trouvez-vous pas, Madame, que la musique est le plus beau des arts? Je me demande si votre Majesté joue d'un instrument. L'on m'a dit que vous jouiez fort bien du clavecin, et je suis sûre que cela est vrai! J'aurais tant aimé vous entendre jouer... Je vous imagine déjà, Madame, vos doigts parcourant avec grâce les touches de l'instrument. Mais je crois que ma plus grande passion est ma famille. Qu'y a-t-il de plus important?
 
Ma vie en France n'est, ma foi, pas désagréable, si ce n'est que je ne suis pas encore tout à fait habituée au mode de vie français. Je me suis fait quelques amis. Le paysage de Provence est, tout comme ceux d'Afrique, tout à fait sublime, bien que l'on ne puisse cependant pas les comparer tant ils diffèrent! La seule chose que je reprocherais aux gens d'ici serait que, au moindre faux pas, l'on vous regarde immédiatement de travers, et en fin de compte l'on vous juge sans vous connaître. Mais je suis certaine que je m'y ferai!
 
J'aimerais tant écrire «je vous embrasse», mais dire une telle chose à ma reine n'est certainement pas permis. Toutefois, je le pense. Je prie chaque jour pour votre Majesté et sa famille. Gardez courage!

En espérant avoir de vos nouvelles, Madame, je suis avec le plus profond respect la très humble servante de votre Majesté.

Sophie

Très chère Sophie,

Je suis ravie de recevoir une nouvelle lettre de votre part. Vous lire est un véritable délice et je vous assure que cela me fait le plus grand bien!

L’on m’a dit que la Provence est magnifique. Je regrette de ne pas avoir eu le plaisir de visiter ce coin du royaume. En fait, je n’ai vu que peu de choses dans le royaume de France, qu’on m’a toujours décrit comme étant magnifique, et cela est bien dommage.
   
Vous êtes bien informée, je joue du clavecin.  Il y a si longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de le faire! Je ne suis pas certaine d’y avoir un grand talent, mais c’est un instrument que j’apprécie beaucoup. Je préfère cependant le théâtre, voir une pièce mais aussi jouer. Que de moments de bonheurs ai-je eu en jouant!

Vous avez raison, il n’y a rien de plus important que la famille. Et je vous remercie de prier pour la mienne. J’en fais autant pour la vôtre et pour vous, pour que vous puissiez être réunis dans un jour prochain. 

Vous n’osez pas vous permettre de m’embrasser, alors je le ferai la première. Je vous embrasse et espère une nouvelle lettre de vous.  Dans cette attente, prenez grand soin de vous, préservez-vous pour votre famille, car je suis convaincue que vous êtes aussi importante pour elle que celle-ci l’est pour vous.

Marie-Antoinette


Votre Majesté,
 
Je vous prie, Madame, de bien vouloir excuser le si long retard qu'a pris ma réponse. Je n'ai désormais plus aussi souvent accès à mon ordinateur, la machine qui me permet de vous envoyer mes messages. Je prépare en effet un examen qui aura lieu dans un mois. Nous appelons cet examen «baccalauréat», et il est fort important pour la suite de nos études, il me faut donc étudier très dur pour l'obtenir. Pour cette raison, je prie humblement, une nouvelle fois, votre Majesté de bien vouloir me pardonner.
 
J'ai été touchée de savoir que mes lettres apportaient un peu de bonheur à votre Majesté. Et je tiens à vous dire, Madame, que vos messages sont pour moi très réconfortants. Quel plaisir je ressens en découvrant qu'une nouvelle lettre de votre part m'attend!

Il y a peu, nous avons célébré les fêtes de Pâques. Aussi je tiens à vous en souhaiter d'excellentes! Votre Majesté a bien raison: la Provence est une région splendide. Toutes ces collines verdoyantes, ces forêts de pins et le ciel constamment bleu constituent un fort joli tableau. Et cela même sans compter les champs de lavandes, qui pourtant sont un délice tant pour la vue que pour l'odorat. J'espère grandement, Madame, qu'en de meilleurs jours, qui j'en suis sûre, arriveront sous peu, vous pourrez observer de vos propres yeux cette si belle Provence.
 
Comme j'aimerais, Madame, pouvoir vous entendre jouer et chanter! J'aurais tant aimé voir votre Majesté dans une représentation théâtrale.

Il est une question que je me posais. Votre Majesté est arrivée bien jeune, à la cour de France. Avez-vous pu continuer à pratiquer l'allemand? Et aujourd'hui, savez-vous encore le parler?
 
Je remercie chaudement votre Majesté de penser à ma famille. Je me permets cette fois de vous embrasser. Que votre Majesté prenne soin d'elle. Pourrais-je encore vous demander une faveur? Je voudrais embrasser également Rosalie pour la remercier d'être si douce avec vous.

En attendant impatiemment d'avoir de vos nouvelles, je suis avec le plus profond respect, Madame, de votre Majesté, la très humble servante.

Sophie

Très chère Sophie,

Le temps passe pour moi bien plus lentement que pour vous. Ne craignez donc pas de me faire attendre par le délai que vous mettez entre chacune de vos lettres. Pour moi, il n'existe pas et j'ai toujours un grand plaisir à vous lire.
 
J'ose espérer que cet examen dont vous me parliez s'est bien déroulé, s'il est déjà fait. Sinon, je vous souhaite la meilleure des chances. Même si je n'ai jamais été moi-même une personne aimant beaucoup les études, je reconnais leurs importances et ne puis que vous encourager à les poursuivre.

La description que vous me donnez de la Provence me donne le goût de m'y rendre sans délai. Le ciel bleu… comme j'aimerais le voir! L'odeur des fleurs… ah, comme cela me manque! Dans un monde parfait, j'irais m'y promener et y faire votre rencontre, puis je vous inviterais chez moi, à Trianon, pour vous le faire découvrir. Mais, dans l'état où vous me trouvez, je suis bien loin de toutes ces beautés, que j'imagine en fermant les yeux.

Pour répondre à votre question, j'ai perdu presque tout mon savoir en langue allemande et ce depuis bien longtemps déjà. Je n'avais à la cour que peu d'occasion de l'entendre et encore moins de la pratiquer. Et vous, chère Sophie, parlez-vous plusieurs langues?

Au plaisir de vous lire de nouveau, très chère Sophie,

Marie-Antoinette


Madame,
 
Comment vous portez-vous? J'espère que malgré cette période troublée, votre santé reste bonne.

Je n'en ai malheureusement point terminé de mon examen, qui se déroule en deux temps: tout d'abord, une épreuve écrite, durant quatre heures, puis une épreuve orale, pour laquelle il faut compter une heure de travail. Si mon écrit ne s'est pas trop mal passé, j'attends encore avec une certaine angoisse mon oral, qui aura lieu le lundi six juillet, soit dans deux jours! Mais je remercie vivement votre majesté pour ses encouragements, qui me vont droit au cœur. Et je suis certaine, madame, que, si je pense à vous durant l'examen, vous me porterez chance!

Comme j'aimerais découvrir Trianon avec vous! Mais peut-être que si votre majesté voulait bien me le décrire, j'aurais déjà l'impression de m'y promener avec elle...  Que faisiez-vous, pendant vos journées à Trianon? Vous est-il déjà arrivé d'y rester plusieurs semaines sans retourner à la cour?
 
Si je parle plusieurs langues? À dire vrai, je ne parle couramment que l'anglais et le français. Je préfère d'ailleurs parler anglais, que je n'ai pas l'occasion de pratiquer ici, et j'avoue que cela me manque. Je l'ai appris lorsque j'étais encore au Kenya, qui est une ancienne colonie britannique, donc la population est anglophone. Quant à mon allemand, j'ai malheureusement l'impression de n'avoir qu'un piètre niveau, celui que l'on nous enseigne en classe, en réalité. Je peux le comprendre, mais le parler, c'est une tout autre affaire. Et je trouve cela fort regrettable.

Je vous embrasse de tout mon cœur, madame. Prenez grand soin de vous! En attendant impatiemment d'avoir de vos nouvelles, je suis avec le plus profond respect, madame, de votre majesté, la très humble servante.

Sophie


Très chère Sophie,

Comment vous portez-vous? Avez-vous passé votre examen? J'espère que, si c'est le cas, tout s'est bien déroulé pour vous!

Trianon… mon paradis! Je ne peux que remercier mille fois le roi de me l'avoir ainsi donné. Trianon est plus un pavillon qu'un château. Sa petitesse permet l'intimité avec les gens que j'invitais à y séjourner. Comme nous étions bien, en petit comité, loin de l'étiquette de Versailles! Je m'y sentais bien, j’y retrouvais un peu de cette ambiance que j'avais tant aimée, en Autriche. Derrière le pavillon se trouve un superbe jardin anglais, une petite grotte discrète et mon théâtre adoré. Un peu plus loin, le Hameau avec ses petites maisons charmantes et ses animaux. Un endroit magnifique, chère Sophie! J'y suis restée pour des séjours plus ou moins longs, dépendant des événements de la cour. Mais le plus longtemps je pouvais y rester, le plus heureuse j'étais! Je suis heureuse aussi que mes enfants aient pu profiter de cet endroit magique.

J'espère avoir le bonheur de vous lire de nouveau,

Marie-Antoinette