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écrit à

   


Marie-Antoinette

   


À ma Reine préférée
 

   

Votre Majesté la Reine,

C'est un grand honneur pour moi, royaliste, d'écrire à ma Reine, pour qui je donnerais volontiers ma vie. Je vous supplie de ne pas perdre espoir dans ce sombre endroit où la folie meurtrière de la Révolution vous a enfermée.

J'aimerais savoir, Votre Majesté, à votre arrivée à Versailles, pour épouser notre bon Roi Louis XVI, est-ce vrai que vous avez dit «tout ceci est ridicule» en découvrant la cour?

Et aussi, pourquoi ne teniez-vous pas compte de ces affreuses calomnies quand elles ont débuté?

Enfin Votre Majesté, savez-vous à quel moment vous êtes devenue ma Reine préférée, mon modèle de femme entre toutes? Quand j'ai trouvé un magazine qui parlait exclusivement de vous, et que j'ai pu en savoir plus sur la femme, la mère et la Reine que vous êtes.

Je vous prie, Majesté, d'accepter mes salutations distinguées et toute mon amitité.

Sincèrement,

Votre dévouée Blandine


Chère Blandine,

Votre lettre me touche beaucoup et je vous en remercie. Je ne perdrai pas espoir, bien que cela soit parfois difficile. Je vous assure ne pas avoir trouvé la cour de France ridicule. Je viens moi-même d’une cour, cela n’était pas nouveau pour moi bien que certaines choses fussent différentes et jamais je n’aurais dit une chose pareille.

Pour ce qui est des méchantes choses que l’on a dites à mon sujet, je ne me suis jamais arrêtée aux ragots. Aussi, je n’ai su que très tard à quel point les choses en étaient venues. Je ne comprends toujours pas aujourd’hui comment et pourquoi cela a pu se produire. Je n’ai jamais voulu que le bonheur de tous! Comment a-t-on pu penser, ne serait-ce qu’un instant, toutes ces méchantes choses à mon sujet? Je ne le sais pas…

À bientôt, chère Blandine,

Marie-Antoinette


Ma chère Majesté Marie-Antoinette,

Puis-je vous appeler «ma chère»? Je vous remercie pour vos réponses. Vous êtes bien comme je le pensais, douce et gentille.

Aussi Votre Majesté, je me permets d'autres questions: j'aimerais savoir, à propos de l'affaire du collier où vous avez été si injustement mêlée, pourquoi avoir rendu cette affaire publique?

Et au sujet de vos portraits, est-ce vrai que votre portrait en grand apparat, par Gauthier d'Agoty, lui fut renvoyé par votre mère l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche? Et à quel moment Madame Elisabeth Vigée-Lebrun devint-elle votre peintre officielle?

Surtout Votre Majesté, ne perdez pas espoir...

Avec toute mon amitié,

Blandine



Très chère Blandine,

Je vous permets de m’appeler «ma chère», si vous me le permettez aussi!  J’aime ces familiarités dans les missives, qui nous rapproche de nos correspondants. Ne trouvez-vous pas?

Je n’avais rien à cacher dans cette malheureuse Affaire du collier, alors pourquoi la garder secrète? Je souhaitais que la vérité éclate au grand jour et que les coupables soient punis. Je n’avais aucune raison de craindre quoi que ce soit, puisque je n’ai jamais été mêlée de près ou de loin à cette affaire. Il s’agit d’un complot, d’un vilain complot contre ma personne!

Je ne puis vous confirmer ou infirmer l’envoi du portrait dont vous me parlez. Ma mère en reçut sans doute beaucoup.

Quel talent extraordinaire a Madame Vigée-Lebrun, ne trouvez-vous pas?  Si ma mémoire est bonne je fis sa connaissance au début des années 1780… mais je ne me souviens plus quand exactement.

Je garde espoir, chère Blandine, et vos lettres m’aident beaucoup!

Marie-Antoinette


Ma très chère Majesté,

Savez-vous que maintenant, le peuple aime la Reine, le Roi et le Dauphin? De plus en plus de personnes regardent différement ces affreux pamphlets sur la Famille Royale, et comprennent que ce ne sont que mensonges et calomnies. Et le nombre de vos admirateurs, moi la première, ne cesse d'augmenter. On admire notemment ce que l'on appelle «le style Marie-Antoinette», ou vos goûts en matière de décoration, de robes...

À ce propos, savez-vous que j'aime beaucoup la beauté et la simplicité du Hameau de la Reine? Et la beauté du Petit Trianon? Et vos idées de décoration exquises?

Est-ce que vous trouviez dans l'un de ces lieux la paix et la simplicité que l'on ne trouvait pas à la Cour? En parlant de la Cour, est-ce que «madame l'Étiquette» est restée à votre service, après la mort de feu le Roi Louis XV?

Il y a un tableau de madame Vigée-Lebrun -il est vrai qu'elle a un talent extraordinaire- que j'aime beaucoup: c'est celui où vous apparaissez vêtue d'une splendide robe à la française,tenant une rose à la main. Je trouve ce portrait magnifique. La première fois que je l'ai vu, c'était il y a quelque temps déjà, je me suis exclamée: «Comme elle est belle! Et noble! C'est une vraie Reine!»...

Alors Majesté, restez toujours cette noble Reine qui laisse couler ce flot immonde de calomnies sans qu'elles ne la souillent, parce que elle est bien au-dessus de tout cela...

Avec toute mon amitié,

Blandine


Très chère Blandine,

Je vous remercie pour vos mots sur le Hameau et Trianon, j’ai tant aimé ces endroits…

Vous avez tout à fait raison lorsque vous parlez de simplicité et de paix qu’on ne retrouvait pas à la Cour. Cela est une des raisons principales qui faisaient que j’adorais y passer du temps. 

Madame de Noailles, que j’appelais affectueusement «Madame Étiquette», est restée à mon service après la mort du Roi Louis XV, j’en ai fait ma première dame d’honneur.

À très bientôt, chère Blandine,

Marie-Antoinette