À l'heure du bilan
       

       
         
         

Stéphane

      Ma reine,

Si jamais le comité de salut public (ou est-ce la convention?) venait à prononcer une sentence effroyable - on peut tout s'attendre du tiers État -, j'aimerais savoir pour qui seraient vos dernières pensées... Ce brave Loulou? vos enfants? Hans Axel? votre peuple? votre famille? La couronne? Il est probable que vous devrez me répondre vos enfants, mais j'espère quand même que votre coeur et votre corps ont pu s'éveiller à d'autres désirs qu'à ceux d'un gros balourd impotent (oui je sais c'était le roi de France, mais comme on dit de nos jours, ce n'était pas non plus Marlon Brando...)

Enfin, si cette cruelle fin devait arriver, je voudrais savoir si vous ne regrettez pas ce jour où vous avez dû quitter la cour d'Autriche pour rejoindre ce peuple frondeur et chauvin qui n'a jamais essayé de vous accepter. À moins que le sacre, le petit Trianon et toute l'aventure n'en valaient la peine?

Qu'en dites-vous ma jolie reine?

Stéphane

 

       
         

Marie-Antoinette

      Mon Cher Stéphane,

J'ai comme vous imaginé l'effroyable éventualité d'une issue fatale au procès que ces hommes assoiffés de sang me préparent. Je ne distingue que trop la bave qui pend au bord de leurs lèvres et une profonde tristesse tourmente mon esprit de me savoir entre leurs seules mains de brutes. Je persiste néanmoins à espérer, là-bas dans mon pays natal, ils veillent, je le sais, sur moi, jamais ils ne m'abandonneraient. J'attends, je les attends patiemment même si, lorsque la nuit tombe et que tout semble devenir ténèbres, je ne crois plus en mon avenir... Mais qu'est-ce que la vie sans espoir, même lorsque tout semble perdu?

Mais si l'on doit en arriver là, c'est d'abord à mes enfants que mes dernières pensées aimantes iront, quoi qu'il arrive désormais et quelle que soit ma fin. Elles iront aussi à mon époux qui nous a déjà quittés. Elles iront à ce cher Axel, mon ami fidèle, qui veille aussi sur moi où qu'il se trouve, je le sais. Voilà vers quoi iront mes dernières pensées, voilà à qui je dédierai mes derniers instants, mais aussi à des sourires, des éclats de rire et de la tendresse, rien que du bonheur.

Bien à vous,

Marie-Antoinette