Nabila
écrit à

   


Marie-Antoinette

     
   

À la gloire de la reine

    Majesté,

Je ne souhaite en aucun cas vous importuner. Aussi, veuillez m'en informer si je le fais.

J'ai bien peur de vous harceler avec mes questions, mais, vous êtes la reine que je préfère dans toute l'Histoire de France. Même Cléopâtre n'a pas autant de succès à mes yeux que vous. Dans les nombreux portraits et dessins que j'ai vus de vous, j'ai pu à chaque fois remarquer votre beauté. Louis XVI avait bien de la chance! J'ose espérer que vous et vos enfants vous portez bien. Je prie Votre Altesse de ne point s'en faire pour vos enfants, d'autant que je suis certaine qu'ils se portent bien, et que, tout comme leur mère, ils sont forts (en particulier madame Royale), Mousseline il me semble, et qu'ils affrontent dignement cette épreuve. Je comprends, même si je n'ai que douze ans, votre attachement à vos enfants, car moi aussi, je ressens ce sentiment envers ma petite soeur qui n'a que deux ans. Je la considère presque comme ma fille, car je m'occupe beaucoup d'elle, ma mère travaillant pour nous nourrir. Lorsque je vois le malheur d'enfants de son âge, je ne peux m'empêcher d'imaginer ma soeur à leur place, les larmes me viennent aux yeux alors que vous je vous écris ces mots. Une torture sans pitié, voilà ce que c'est! Je compatis de toutes mes forces à votre souffrance et, quoi que je puisse faire, n'hésitez pas, je ferais n'importe quoi. Même à douze ans, Dieu sait que je suis capable de faire des folies pour une personne chère à mon coeur! Une personne comme vous. Nous sommes pourtant le jour et la nuit...

Mes respects et mes sincères salutations.

Nabila



Chère Nabila,

Lorsque je lis des lettres telles que celle que vous me faites parvenir ici, remplie de beaux mots et d'espoir, je ne peux que me considérer comme la reine la plus heureuse et la plus choyée du monde, et ce malgré ma tristesse incessante et ma captivité loin de mes enfants. Vous n'avez que douze ans et vous écrivez de façon si mature! J'étais moi-même beaucoup plus insouciante à cet âge et je ne peux qu'admirer les jeunes gens comme vous. Je sens que vous comprenez maintenant ma situation, contrairement à votre première missive que j'avais jugée quelque peu indélicate.

Comment se nomme votre petite soeur? Elle semble si importante pour vous!

Il me fait grand bien de pouvoir discuter avec des gens qui comprennent ma situation et mon inquiétude par rapport à mes enfants et vos propos ne peuvent que m'aider à garder espoir, toujours.

À bientôt, très chère Nabila,

Marie-Antoinette



Majesté.

Vos compliments me vont droit au coeur, c'est vraiment un honneur pour moi. Veuillez, encore une fois me rassurer que la légèreté de ma première lettre est oubliée. A notre époque, nous sommes très vite avertis des nombreux dangers qui nous guettent. Vous étiez, jadis, complètement isolée du monde réel dans le beau palais de Schönbrunn. Ma jeune soeur s'appelle Sana. Les racines latines et grecques indiquent que Sana signifie «fleur de Lys». Je suis heureuse d'avoir pu vous transmettre mes espoirs.

En espérant avoir un signe de vous,

Nabila.



Très chère Nabila,

Rassurez-vous, les propos qui auraient pu me déplaire dans votre première lettre sont oubliés et je ne garde souvenir que de ses bons aspects. Prenez bien soin de vous et de votre petite soeur, chère Nabila.

Au revoir,

Marie-Antoinette