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Lucie
écrit à

Marie Mancini


L'histoire de votre vie


   

Chère Madame,

Je vous écris, si vous le permettez, pour vous connaître et connaître l'histoire de votre vie.

Je vous en remercie infiniment.

Lucie


Très chère Lucie,

Sachez tout d'abord que votre lettre m'a fait chaud au cœur. La moindre des choses que je puisse faire pour vous le montrer est de tout mettre en œuvre pour satisfaire votre curiosité.

Je suis née le 28 Août 1639 à Rome. Ma mère était une sœur de Jules Mazarin, cardinal et premier ministre du royaume de France. Ce dernier lui proposa un jour de venir le rejoindre avec ses enfants dans le but de nous faire bénéficier de son statut. C'est ainsi que je partis d'Italie, accompagnée de ma sœur Hortense et de mon frère Philippe.

Là-bas, je reçus une éducation soignée et nous fûmes amenés à fréquenter la famille royale. Quelque temps après notre arrivée, ma mère tomba malade et décéda. Je ne dis pas que cet événement changea ma vie mais il participa néanmoins à modifier certaines choses.

Dans un même temps, une série d'événements me rapprocha du roi Louis XIV; pour être franche avec vous, chère Lucie, c'est à ses côtés que je considère avoir vécu mes plus beaux moments en France. Notre histoire fut hélas aussi courte qu'idéale. Nous passions tout notre temps ensemble, plus rien n'existait au monde quand mes yeux rencontraient les siens et je crois encore sentir le parfum dont j’embaumais les petits billets qu'il me demandait d'écrire et qu'il gardait toujours sur lui comme un talisman.

Mais le destin décida de nous séparer par un mariage que le roi dut honorer avec l'infante d'Espagne. Je fus contrainte de quitter la cour, de quitter mon roi. Je voulus me battre mais l'on ne peut retenir l'eau entre ses doigts, n'est-ce pas? Il en fut de même pour notre histoire. Résignée, je finis par épouser le prince Colonna, connétable du royaume de Naples. Au début je fus heureuse, nous eûmes trois fils et ma vie était semblable à celle de n'importe quelle noble jeune femme italienne. Mais il faut que vous compreniez que pour moi, ce retour en Italie avait une saveur d'exil et, petit à petit, notre couple se délita. Je finis par partir sans regarder derrière moi, je voulus retourner en France mais elle m'était devenue une terre hostile et il ne fut pas intéressant de s'y établir. Je repartis donc et, de voyage en voyage autour de l'Europe, je finis par arriver en Espagne. Je m'y installai et c'est là que mon époux me fit prisonnière à défaut de m'avoir ramenée chez nous.

Le temps passa entre liberté et contraintes, dilemme et découvertes. Les années s'écoulèrent, la disparition de mon époux et une guerre m’amenèrent à partir. Je rentrai en Italie où je vis toujours aujourd'hui.

Ma vie ne fut pas simple et ce que je vous ai raconté là n'est qu'une partie de tout ce que j'ai vécu. En tout cas, quels que furent les événements, sachez que jamais je ne revis mon cher Louis.

Maintenant, très chère Lucie, si vous désirez quoi que ce soit, si vous voulez me parler, me poser des questions, sachez que je me tiendrai toujours à votre disposition et que je prendrai toujours du plaisir à lire et à répondre à toutes vos lettres.

Votre très dévouée,

Marie Mancini, connétable de Naples


Madame,

Je vous remercie de m'avoir répondu et d'avoir pris le temps d'écrire votre histoire.
 
Votre vie n'a pas seulement été, à cause de vos histoires de cœur, une vie tourmentée, mais aussi une vie peu commune et extraordinaire, grâce à votre courage et votre détermination. J'ignorais votre histoire et je suis heureuse de la connaître. Vous m'avez beaucoup touchée.
 
Vous avez du connaître de nombreux et longs moments difficiles. J'espère du plus profond de mon être que vous retrouverez votre cher Louis.
 
J'ai lu de nombreux livres relatifs à la vie de la cour ainsi que l'histoire de Louis XIV; je suis fascinée par cette époque et je voudrais que vous m'en parliez d'avantage.

Je voudrais que votre histoire soit connue de tous, elle le mérite amplement.
 

Votre très honorée,
 
Lucie


Très chère Lucie,

Quel bonheur ce fut pour moi de constater que vous avez bien reçu ma lettre et encore plus de vous voir y répondre.

Je ne sais par quoi commencer tant vos écrits m'ont émue. Certes, je connus des moments malheureux mais aussi des moments d'intense bonheur, quoiqu'aujourd'hui tout cela commence à s'éloigner de mon esprit. Chère Lucie, la seule chose que je puisse vous souhaiter est d'avoir une existence plus paisible que la mienne et surtout de la mener comme vous l'entendez.

Pour ce qui est de mon cher Louis, je dois vous faire une confession. Nous avons passé des moments heureux mais maintenant ce temps est révolu. Les multiples expériences que j'ai vécues m'ont appris une chose, c'est qu'il y a certains points sur lesquels il ne vaut mieux pas revenir. J'ai en ma mémoire l'image d'un jeune homme de vingt ans avec sa personnalité d'alors. Imaginez tout ce que sa vie a pu modifier sur ses traits, son caractère. J'aurais tellement peur de tout gâcher en le revoyant, d'effacer tous ces souvenirs parfaits que je me suis forgés. Cela n'en vaut pas la peine. Croyez bien pourtant que la tentation fut forte. Il y a de cela quelques années, on me proposa de revenir à la cour de France. Mon cœur me cria de profiter de cette opportunité mais mon esprit, lui, me souffla de ne surtout pas y aller, ce que je fis. Je peux concevoir que cette décision puisse vous paraître incompréhensible mais il en est ainsi. Peut-être la destinée a-t-elle une autre visée que celle que j'imagine. Peut-être croiserai-je la route de mon roi, je ne peux le savoir car les voies de l'avenir sont impénétrables et je n'ai pas la prétention de feu mon père de savoir les déchiffrer.

Je suis fière de constater votre intérêt pour notre époque et ses mœurs et vous encourage à entretenir cette soif d'apprendre qui semble vous habiter. Vous désirez que je vous parle de cette époque, cela m'enchanterait mais je ne sais par quoi commencer tant il y a de choses à dire, surtout que je ne connais pas votre manière de vivre dans ce siècle qui est le vôtre. N'hésitez donc pas à m'écrire pour me demander de plus amples explications sur certaines choses et alors je m'efforcerai de puiser au plus profond de mes souvenirs et de mes connaissances pour vous donner satisfaction.

Je reste à votre disposition aussi longtemps que vous le souhaiterez et attends avec impatience vos prochains écrits qui, je le pense, seront pleins d’intérêt.

Votre éternelle obligée,

Marie Mancini
connétable de Naples

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