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Sylvain
écrit à

Marie Mancini


La reine Marie-Anne d'Autriche


   

Chère madame Colonna,

Je me présente à nouveau: je m'appelle Sylvain; je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, je vous ai écrit il y a quelque temps pour parler de vous et de poésie.

Ma question est la suivante: avez-vous connu la reine d'Espagne, Marie-Anne d'Autriche, épouse de Philippe IV? Il paraît que vous avez connu quelque temps l'exil, là-bas, en Espagne. Quels rapports aviez-vous avec la souveraine Marie-Anne d'Autriche, comme on l'appelait à cette époque? Est-ce vrai qu'elle était paresseuse et incapable? C'est ce qu'on en disait.

Merci de bien vouloir me répondre,

Sylvain


Très cher Sylvain,

J'ai effectivement le souvenir de quelques lettres que nous avons échangées. Je suis heureuse de constater que vous vous portez bien et je souhaite qu'il en soit toujours ainsi.

Il est vrai que j'ai passé un certain temps en Espagne lors de mon exil. J'ai fréquenté un peu la cour espagnole avant de rentrer dans un couvent. Pour tout vous avouer, j'ai dû insister auprès de l'Amirante pour être présentée à la reine régente Marie-Anne d'Autriche. Quoique j'y aie passé assez peu de temps, mon séjour au palais ne fut pas particulièrement attrayant. Certes, j’avais nombre de visites et d'occupations mais cela me lassa rapidement, me faisant peu à peu glisser dans une certaine torpeur. La reine m'avait promis un couvent convenable mais la réponse tardait à venir.

Je n'ai jamais entendu dire qu'elle était incapable et paresseuse mais il est vrai qu'elle n'avait pas très bonne réputation: cela était dû notamment aux choix qu'elle avait faits pour composer son conseil de régence. Elle avait toute confiance en un homme qui se nommait Johann Eberhard Nithard, mais le peuple -et surtout Juan José d'Autriche, qui était le fils illégitime et fort populaire de Philippe IV- ne vit pas d'un très bon œil qu'un Allemand de confession protestante ait tant de puissance et tout fut fait pour qu'il s'en aille. Devant une situation de plus en plus délicate, la reine régente finit par le congédier, non sans l'avoir fait nommer cardinal et ambassadeur.

Au moment où je me suis présentée à Madrid, son Premier ministre était Fernando de Valenzuela, issu de la basse noblesse, pour qui la reine avait tout fait. Elle lui était entièrement dévouée et lui, menait le royaume d'une façon particulièrement stricte ce qui n'était guère apprécié. Un fait est avéré: ils étaient amants. L'on pouvait d'ailleurs entendre au sujet de Valenzuela qu'il servait la reine «fort bien la nuit et fort mal le jour».

Tout cela ne contribuait pas à mettre la reine régente dans de bonnes dispositions, d'autant plus que l’Étiquette espagnole, particulièrement austère, ne facilitait pas les rapports entre personnes. Elle était pourtant connue pour avoir été, durant sa jeunesse, une personne joviale mais elle devint plus réservée et mélancolique à la suite de son mariage. C'est ainsi que je l'ai connue. Le jour de ma présentation, après que j'eus respecté le cérémonial des convenances à son égard, elle me regarda un long moment sans dire quoi que ce soit. Son visage était fermé et ses yeux ne brillaient d'aucune flamme. Sa tenue était des plus sobres.

Il me faut ajouter qu'en plus de difficultés politiques indéniables, la reine régente avait bien d'autres raisons d'être taciturne. Son fils Charles II, héritier du trône, ne semblait guère apte à gouverner, tandis que Juan José d'Autriche mettait tout en œuvre pour récupérer le pouvoir. Par la suite, elle fit tout pour tenir entre ses mains l'avenir de l'Espagne, avec plus ou moins de succès, il est vrai.

Je pense qu'elle a sincèrement œuvré pour son pays mais elle connut tant d’écueils, que ce soit avec son entourage, ou à cause de sa politique et de son humeur, qu'elle fut réellement en peine de parvenir à ses fins.

Ce fut elle qui me permit d'entrer au couvent de San Domingo al Real où je connus beaucoup de mésaventures comme la publication d'un livre contant les pires choses à mon égard: j'entrepris donc l'écriture de mon propre ouvrage intitulé «La Vérité dans son jour» mais je connus hélas, bien d'autres outrages.

Je reste votre dévouée,

Marie Mancini, connétable de Naples


Chère madame Colonna,

Merci de votre réponse. Je vous souhaite une belle et bonne journée.

Merci beaucoup,

Sylvain


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