Thierry
écrit à

   


Louis XIV




Vous et son Éminence

   

Je souhaite bien le bonjour à votre Majesté.

Je vous écris de votre bonne ville de Reims. J’espère que vous vous portez bien, Sire, malgré les quelques petites douleurs dues à votre grand âge. Et que votre vie dans votre merveilleux château doit être terne par rapport à celle que vous aviez connue dans votre jeunesse!

Mais je crois qu’avec Dialogus où vous avez beaucoup de correspondants, cela doit vous apporter quelques rayons de soleil dans votre cœur, et ça malgré les siècles passés. Et je crois que vous avez appris quelques bribes de l’avenir de votre Royaume de France et de votre descendance. De tous les Rois de France qui se sont succédé sur le trône (vos prédécesseurs et vos successeurs) je crois que c’est vous, Sire, qui avez régné le plus longtemps.

Voici mes questions, avec votre permission, Sire. Je voudrais savoir quels furent vos rapports réels avec son Éminence le Cardinal Mazarin? Après pour votre sacre, êtes-vous revenu à Reims? Vous est-il arrivé, Sire, durant vos campagnes militaires, de vous retrouver en plein milieu d’un combat où vous avez dû mettre votre main à l’épée? Étiez-vous bon escrimeur ou bon tireur? Je sais que feu sa Majesté votre père avait une forte passion pour la chasse. Qu'en est-il de vous-même, Sire?

Cela suffit pour une première tournée de questions, en espérant que les sujets de mes interrogations ne vous ont pas été déjà posés, car vous avez beaucoup de courrier.

Je vous salue humblement et respectueusement, Sire.

Monsieur Jamart


Monsieur,

Vous avez bien raison. Je m’ennuie parfois dans ma vieillesse et tous les petits maux qui m’accablent. Mais comme je ne suis point homme à me plaindre, j’arresteray icy mes lamentations. 

Malgré mes nombreuses correspondances avec vos contemporains, je ne connois point les événements qui surviendront après moy et je vous avoue que cela me convient ainsy. Je ne souhaite point connaistre l’avenir et je laisse cela dans les mains de Dieu et de mes successeurs. Il est vray que mon règne est long, il a déjà surpassé en longueur de tems les règnes de mes prédécesseurs. Et je vous crois sur parole lorsque vous m’escrivez qu’il sera aussy plus long que ceux de mes descendants, quoi que je leur souhaite aussy une extresme longévité.

Voicy maintenant les responses à vos questions, dont certaines ne m’ont jamais esté posées par vos contemporains. Je debuteray par celle sur feu le cardinal Mazarin. J’ay beaucoup de respect et d’estime pour le cardinal, qui assista la Reyne ma mère lors de ma minorité et qui fut ensuite mon principal ministre jusques à sa mort. Ses enseignements me furent précieux, puisque sa vision était le prolongement de ce que le Roy mon père et le cardinal de Richelieu avaient voulu mettre en place, et c’est cette vision qu’il m’enseigna. Je luy en seray toujours reconnaissant. Cependant, nous ne fusmes pas toujours d’accord sur tout et j’appris aussi, de mon costé, bien des choses.

Je garde un excellent souvenir de Reims mais je n’y retournay point après mon sacre. 

Bien que je n’hésitay jamais à me mettre de l’avant lorsque cela estoit nécessaire, et que je me fis mesme gronder durant ma jeunesse par moment sur ce sujet, je ne me retrouvay point dans une situation directe de combat, telle que vous la descrivez. Les Roys ont le devoir de préserver leur personne. Mais soyez bien asseuré que je n’aurois point hésité un instant si cela avoit esté nécessaire. Cela dit, j’ay de tout tems préféré les guerres de sièges aux batailles rangées. 

Je ne saurois vous dire si je suis meilleur escrimeur que tireur. Mon expérience des deux me fait croire que je puis estre aussy bon dans l’un que dans l’autre. J’ay de tout tems aimé les activités physiques, dont fait partie la chasse pour laquelle j’ay une grande passion.

N’hésitez point, Monsieur, à m’escrire de nouveau si vous avez d’autres questions,

Louis



Je vous salue humblement et souhaite le bonjour ou le bonsoir à Sa Majesté.

Je vous remercie, Sire, d'avoir eu la bonté de répondre si vite à mes questions. Cela doit vous mettre énormément de baume au coeur, de savoir que votre chef-d'œuvre, le château de Versailles, est toujours debout malgré les siècles passés et que nombre de gens venus de tous horizons le visitent encore de nos jours, bien qu'il ne soit plus le palais de notre chef d'État actuel.  Il n'y a pas longtemps, on a restauré de nouveau  la galerie des glaces et je crois qu'elle a retrouvé tout le «lustre» de votre époque. J'ai visité votre château dans mon enfance, et je crois que j'irai le revoir quand je le pourrai.

Les édifices et les lieux construits à Paris durant votre règne sont: l'Observatoire, l'hôtel des Invalides, Les Champs-Elysées, les places Louis-le-Grand et des Victoires, le Pont-Neuf. Ils sont toujours présents. La Comédie-Française
existe encore, ainsi que le collège royal Louis-le-Grand. Le Canal du Midi est toujours utilisé. Le Palais du Louvre aussi est encore présent.

Paris est toujours la capitale de la France et les trois plus grandes villes de France après Paris sont: Marseille, Lyon et Toulouse.

Voilà, Sire, un tour d'horizon des bâtiments et des institutions nés sous votre règne (surtout à Paris). Le jour où je remettrai les pieds dans votre château, j'aurai une pensée pour vous.

Je vous salue bien bas et admire votre œuvre de bâtisseur.

Monsieur Jamart


Monsieur,
 
Vous avez encore une fois raison. Je suis heureux de savoir que Versailles existe encore et que mes sujets y sont toujours les bienvenus. Dans cette perspective, n'hésitez point à y retourner. Il me fera grand plaisir de lire vos commentaires à ce sujet.
 
Louis