Mariel
écrit à

   


Louis XIV




Votre vie

    Mon cher Roi de France,

Je vous ai déjà écrit mais il me reste quelques doutes. Je crois que mon intérêt pour votre vie est évident, mais je ne peux rien faire quand vous êtes le roi le plus populaire du monde. J'ai quelques questions à vous poser, et je vous remercie si vous pouvez y répondre avec la plus grande sincérité.

Comment votre mère, la Reine Anne, était-elle avec vous et votre frère, monseigneur Philippe?

Qu'est-ce qui vous a inspiré pour construire un château si beau et si merveilleux comme Versailles, alors que vous aviez déjà le Louvre et le Palais-Cardinal (sans inclure Fontainebleau)?

Votre père, Louis XIII, vous a-t-il beaucoup manqué après sa mort?

Que pensez-vous de la Fronde, même si vous étiez petit quand le problème s'est posé?

Et, finalement, de toutes les activités qu'un roi peut mener, quelle est votre préférée?

Merci, mon roi.

Votre loyale Mariel

Madame, 

Il me fait grand plaisir de respondre à vos questions.

J'ay beaucoup aimé ma mère et je n'ay point de doute qu'elle aima énormément ses enfans. J'ay toujours eu le plus grand respect pour elle. De part nos rangs respectifs, il est certain que cela se manifesta dans l'estat de nos relations. Je dois imaginer qu'il n'est point aisé d'estre la mère d'un Roy, et ses relations avec mon frère n’estoit point exactement les mesme qu’avec moy, luy n’estant point le Roy. Mais elle sçeut très bien accomplir sa tasche, et ce malgré les troubles que connut le royaume dans ma jeunesse.

Comme dans toute famille, nous eusmes quelques difficultés, tout particulièrement lorsque je pris moy-mesme le contrôle de mes affaires. À cette époque, mes vues et celles de ma mère estoient quelque peu différentes. Mais cela ne nous empescha point d'estre bonne mère et bon fils, jusque à la fin. Dieu la rappela à Luy en janvier 1666.

En ce qui concerne Versailles, il m’est arrivé à quelques reprises de respondre à des questions semblables en provenance de vos contemporains. Je vous dirai donc comme à eux qu’au début, Versailles était un simple pavillon de chasse que je fis tranquillement améliorer. Je n'avois point alors l'idée précise d'en faire le siège de l'Estat, malgré la grande passion que cet endroit m'inspiroit. Il ne devoit estre qu'un lieu reservé aux plaisirs, puis prit de plus en plus d'importance avec le tems jusques à devenir le siège de l'Estat. Versailles représente bien la grandeur, la force et la puissance du royaume. Il est important que les estrangers voient et admirent cette grandeur, cela attire le respect et démonstre la force du royaume. Sa magnificence est aujourd'hui reconnue à travers toute l'Europe et les souverains des autres royaumes s'en inspirent pour leur propre demeure. Versailles sert donc aussi le prestige de la France.  J’ay par ailleurs une passion pour les bastiments. Quand au Louvre, il est déjà bien vieux et il auroit esté difficile de continuer à y habiter. Le Palais-Cardinal, devenu le Palais-Royal appartient désormais à mon neveu, qui l’obtint de mon frère, à qui je l’avois cédé. Pour ce qui est des autres chasteaux, la Cour se déplaçant régulièrement, ils ne sont point laissés de costé.

En ce qui concerne le feu Roy mon père, je n’avois point encore cinq ans au moment de sa mort, j’estois bien jeune et donc je n’ay pas eu le bonheur de le connaistre comme je l’aurois voulu. M’a-t-il manqué? J’aimerois vous dire oui, et sans doute dans certains sens m’a-t-il en effet manqué. Mais il m’est très difficile de respondre à cette question, dus à mon très jeune asge au moment de sa mort. 

Des événements comme ceux de la Fronde ne peuvent qu’estre marquant. Ce que je puis dire est que ces événements m'en apprirent beaucoup sur les affaires. Des leçons qui ne furent point oubliées…

Quant aux activités, j’ay, dans ma jeunesse, beaucoup aimé la danse et j’ay de tout tems aimé la chasse. Ne pouvant plus danser, je conserve le plaisir de la chasse, malgré mon grand asge et les désagréments qui l’accompagne.

Au plaisir de vous lire de nouveau,

Louis

Monsieur le roi,

Je suis très heureuse d'avoir reçu votre missive. Je crois que vous avez déjà noté que je suis très intéressée par votre vie, et je crois que mes contemporains et moi même nous sommes vraiment impressionnés par vos réussites qui, vous devriez le savoir, sont encore de notre temps vraiment incroyables.

J'ai aussi lu quelques autres lettres qui étaient écrites par vous, mais dans aucune vous ne parlez de monsieur D'Artagnan qui, de notre temps, est aussi connu que vous. On croit qu'il a joué un rôle très important dans votre vie et surtout à votre cour.

À nouveau, toute mon admiration et au plaisir de vous écrire,

Mademoiselle Mariel, de l'autre côté du monde

Mademoiselle Mariel,

Je trouve vostre presnom très joli. Est-il commun en vostre tems?

Vous me parlez de Monsieur d’Artagnan. Vous me dites qu’en vostre tems, il est aussy connu que moy? Cela me surprend. Non point que Monsieur d’Artagnan ne mérite point d’estre connu, mais d’autres se sont distingués beaucoup plus que luy. 

Je ne dis point cela dans le but de diminuer l’esclat de ses actions. Je ne luy aurois point confier l’arrestation de Foucquet si je ne l’avois point jugé favorablement. 

Mais, dites-moy, qu’est-ce qui vous fait escrire que son rosle dans ma vie fust très important?

Je vous donne le bonjour,

Louis

Votre Majesté,

Vous me demandez ce qui m'a fait penser que Monsieur D'Artagnan ait joué un rôle important dans votre vie. C'est peut-être l'imagination des écrivains et des réalisateurs de cette époque qui, avec leurs romans et leurs œuvres, n'hésitent pas à inclure D'Artagnan quand un œuvre parle de vous. Ils le décrivent comme un personnage charismatique qui a toujours été un loyal serviteur et qui a aussi tout de suite gagné les faveurs de la reine, votre mère, dans des circonstances inexplicables. Pour eux, à notre époque, il est le portrait d'un homme, je devrais dire, un soldat, parfait de votre époque: honnête, loyal, courageux, fort et même beau et aimable! Je dois vous dire, mais peut-être le savez-vous déjà, que beaucoup d'enfants, mes amis, par exemple, voient en lui ce que vous-même n'êtes pas et lui donnent les vertus qui vous manquent.

Pourtant, moi, j'ai décidé de vous demander si nos observations sur son service étaient vraies, malheureusement il me semble que nous nous sommes beaucoup trompés. Alors, je vous demande de m'en dire un peu plus sur les hommes dont vous parlez dans votre missive, ceux «qui se sont distingués beaucoup plus que lui».

Finalement, je vous remercie beaucoup de dire que mon prénom est joli et je vous réponds qu'il n'est pas très commun à mon temps, au moins en Amérique, mais peut-être en France vous trouverez d'autres personnes qui portent le même prénom.

Je vous souhaite le meilleur,

Mariel

Mademoiselle Mariel,

Vos propos me surprennent! Je croyois bien estre moi-mesme honneste, loyal, courageux, fort et, dans ma jeunesse, assez bien fait de ma personne! Et voilà que vous m’escrivez que vos contemporains ne voient pas en moy ces vertus? J’en suis bien peiné. Je dis cela sans rien enlever à Monsieur d’Artagnan, je vous l’asseure.

Vous interpretez mal mes mots. J’ay eu une grande confiance en Monsieur d’Artagnan, à qui j’ay confié des missions délicates. Il a aussy su se distinguer en plusieurs occasions. Je suis simplement surpris que, de vostre tems, il soit aussy connu que moy, et moins que certains personnages ayant accompli de grandes choses, comme Monsieur de Turenne, ou encore Monsieur Villars ou Monsieur de Vauban.

Je vous donne le bonjour,

Louis

Mon cher roi,

Je suis vraiment désolée si mes mots n'ont pas été bien interprétés. Je voulais dire que, si vous avez des vertus, elles sont souvent oubliées à cause de l'absolutisme que vous avez pratiqué en votre royaume. Comme je disais, je vous trouve très vertueux, mais il faut dire que vous n'êtes pas parfait. Alors, je vous pose une question difficile pour un homme qui pense au bien de soi-même comme vous, monsieur. Après avoir pensé à tout ce que vous avez fait, quelle est votre pire caractéristique et comment a-t-elle changé votre vie, pas comme un roi, mais comme un homme?

Je vous laisse avec cette question et attends une réponse digne de vous,

Mariel

Madame,   

Je ne suis point parfait, vous avez raison. Dieu saura juger de mes actes, sans doute plus tost que plus tard. Et, si je dois nommer une chose qui a longtems fait de moy un homme imparfait, ce seroit sans doute mon peu de désir à controsler mes passions, bien que ce ne soit plus maintenant le cas. Cela causa peut-estre du mal et de la tristesse autour de moy, et cela bien malgré moy.

Mais tout cela est bien derrière moy et j’ay vaincu, il y a longtems, ce genre de passion qui m’assailloit. 

Voilà, Madame, la response à vostre question.

Louis

Louis,

Je remercie votre sincérité. Je comprends très bien que de le faire, ce n'est point facile. Mais, moi, j'ai encore une autre question. Mon Dieu! je sais que je suis insupportable! Que pouvez-vous me raconter de vos ancêtres, François II, Charles IX et Henri III?

Merci,

Marie

Madame, 

J’ay récemment fait une response très semblable dans une autre langue, l’anglois. Je crois mesme que vous este ma correspondante dans cette langue. Si vous me le confirmez, je vous inviteray alors à lire cette response. Sinon, je me feray un plaisir d’y respondre ici en françois.

Louis