Anonyme
écrit à

   


Louis XIV




Votre stupidité


    Votre Grandeur,

Ô, grand roi Soleil! Roi parmi les maîtres! Splendide parmi les magnifiques! Génie dans le savoir! Parfait parmi les excellents! Stupide parmi les hommes! Et par Minas Tirith, pas qu'un peu! J'aurais souhaité connaître votre avis concernant vos plus grandes erreurs! En effet, en cette année de seconde j'ai appris que c'est à cause de vous que le royaume d'Amérique ne nous appartient pas: ayant refusé d'envoyer les puritains français, c'est à cause de vous que notre merveilleux royaume en a perdu un encore plus magnifique. Ô Lumière! Dites-moi si vous regrettez amèrement cet acte de stupidité, et surtout, je vous prie de me donner une justification plausible à cela!

Répondez-moi vite, Votre Grandeur, et merci je vous aime déjà!

Un justicier parmi vos sujets.

Monsieur,

Quel estrange manière de vous adresser à un roy! Je vous respondray tout de mesme.

J’ose imaginer que vous me parlez de la Neuve-France? Je ne sçay point ce qui arriva pour que le royaume perdist ses colonies en Amérique, mais ce que je peux vous dire est que je n’en suis point surpris. Le territoire de la Neuve-France est immense. Beaucoup trop grand. Il est difficile à défendre de par sa grandeur et tout aussy difficile à peupler. Cela dit, je croy avoir mis en place des mesures qui portèrent leurs fruits, avec la dotation des filles du roy et les contrats d’engagements. Si plusieurs engagés revinrent en France, ce ne fut point le cas de tous.

Je ne suis point certain de comprendre ce que vous me chantez sur les puritains françois. Voulez-vous parler de ceux de la RPR?

Louis

Votre Majestuosité,

Quelle splendeur! Quelle Magnificité! Quelle Sublimité! Quelle éloquence! J'avoue m'être comporté d'une manière tout à fait stupide. On attribue souvent aux autres ce qu'on devrait s'attribuer à soi-même. En vous parlant ainsi, dans ma première lettre, j'avoue, encore une fois, avoir fait preuve d'une stupidité immense car je ne m'attendais pas à tant d'éloquence, d'intelligence. Par la grâce de Dieu, puisse votre miséricorde me pardonner! Je suis complètement dérouté par votre connaissance en ce qui concerne votre ancien Royaume! Ainsi, comme vous me semblez pouvoir parler de celui-ci avec une aisance admirable j'aurais souhaité savoir, moi, pitoyable et méprisable sujet, ignare parmi les charlatans, ce que vous voulez désigner par la «RPR». De plus, il me semble que j'ai fait -une fois du plus à cause de ma stupidité- un anachronisme en parlant de «François» sous votre règne.

Enfin, pour répondre à votre question, je désignais par le terme de puritain François, les personnes de confession chrétienne, mais puritains que vous avez, selon le dire de mon professeur, persécutés et refusé d'exiler hors de votre Royaume.

Ayez l'amablité de me répondre mais par-dessus tout de me pardonner!

Puisse votre vie au ciel être meilleure que sur terre.

Un de vos sujets bien stupide

Monsieur,

Vos manières me semblent décidement bien estranges.

La RPR est la Religion Prétendue Réformée ou, si vous préférez, la religion que l’on appelle aussy «protestante». On appelle aussy ceux qui la professent des «huguenots». Ceux-là le font en disant qu’ils ont réformé la religion catholique romaine, mais il n’en est rien. Ils sont, de toute évidence, dans l’erreur. Ils n’ont rien réformé, ils ont dérivé. Sans doute est-ce de ceux-là dont vous me parlez lorsque vous traitez du sujet des puritains françois. Je n’ay persécuté aucun d’entre eux, je puis vous l’assurer.

J’ay toujours regardé avec beaucoup de douleur l'existence de la RPR à l'intérieur du royaume et j'ay toujours considéré l'unité religieuse comme un élément de première importance. Différentes mesures ont esté mises en place dès le début de mon règne afin de convertir mes sujets de la RPR et de les ramener à la vray foy. Ces mesures furent fructueuses, et ce n'est que lorsque j'eus la certitude que les adeptes de la RPR fussent en majorité convertis et que l'Edict de Nantes devenoit par le fait mesme inutile, que je pris la décision de promulguer l'Edict de Fontainebleau qui révoquait celui de Nantes, promulgué par le Roy mon grand-père, Henry IV.

La RPR fut toujours cause de troubles autant d'ordre religieux que d'ordre politique depuis son apparition dans le royaume de France. C'est une erreur de laisser subsister dans un royaume de potentiels foyers d'agitation et de rébellion. Et quelle plus grande oeuvre un Roy pourroit-il accomplir que de restablir la seule vray religion dans son royaume, religion partagée par tous ses sujets?

Des violences furent commises, me direz-vous, lors de la conversion de certains adeptes de la RPR et envers les nouveaux catholiques. Mais la douceur fut dans tous les cas préconisée et les fauteurs ramenés à l'ordre dans les occasions qui furent portées à ma connaissance, comme dans le cas de l'intendant Marillac. Mes instructions à ce sujet ont toujours esté très claires. Le nombre de conversions justifioit bel et bien la révocation de l'Edict de Nantes qui étoit devenu inutile et qui n'avoit plus sa raison d'estre. L'unité religieuse du royaume le demandoit et il falloit mettre fin une fois pour toute à toute dissension religieuse.

Voilà, Monsieur, la response à vostre question.

Louis