Le comte Zuroff et Madame de Péan
écrit à

   


Louis XIV


Votre opinion sur le sujet


   

Votre Majesté,

Ayant appris fort récemment l'homosexualité de votre grand-père, le très noble Louis XIII, nous nous demandions comment vous perceviez l'homosexualité et quelle était la vision de la noblesse sur ce sujet. Nous voudrions aussi savoir comment s'en portait votre grand-mère, sa majestée Anne d'Autriche. Quelles étaient ses réactions et ses pensées sur la chose?

Mes hommages à votre personne,

Le comte Zuroff et Madame de Péan.


Monsieur le comte Zuroff, Madame de Péan,

Je me dois d’abord de vous corriger sur une chose. Vous parlez bien ici de mon père, le Roy Louis XIII et de ma mère, la Reyne Anne d’Autriche. Mon grand-père estoit le Roy Henry IV et ma grand-mère la Reyne Marie de Médicis.

Je ne connois point vos sources et ce que l’on dit sur feu le Roy mon père dans vostre tems, mais il ne s’agit là que de vilaines histoires et de méchants bruits. Peut-estre ont-il été répandus par le fait que le Roy mon père et la Reyne ma mère mirent du tems avant d’avoir des enfans. Je ne saurois rien vous dire de plus à ce sujet, sinon qu’il ne faut point écouter ces affreuses calomnies.

L’homosexualité, comme vous le dites, est un vice condamné par Dieu et par l’Église. Si certaines personnes s’y adonnent, dans la noblesse ou ailleurs, elles mettent en jeu le salut de leurs propres asmes, la chose du monde la plus importante qui soit. Il faut estre en règle avec Dieu lorsque viendra le tems de se présenter devant Luy.

Je ne sais point ce que l’on en pense dans vostre tems, mais j’ose espérer qu’il en est encore comme dans le mien.

Louis


Votre Majesté,

Veuillez, tout d'abord, pardonner l'inexactitude de notre affirmation sur vos parents. Nous nous sommes rapidement rendu compte que nous nous étions trompés et qu'il s'agissait de vos parents et non de vos grand-parents. Cependant, mes sources, plus que fiables, me certifient que votre père était bel et bien homosexuel et qu'il n'a eu que quelques relations hétérosexuelles au cours de sa vie. Il n'y a qu'à citer l'amitié masculine de votre père pour son cocher St-Amour, puis pour son valet de chien, sans oublier sa relation avec le duc de Luynes qui dura même une dizaine d'années. J'ai même ouï dire que la nuit de noce avec votre mère ne fut pas un grand succès.

Ce n'est pas parce que votre père entretenait des amitiés féminines avec des personnes tel que Marie de Hautefort qu'il était hétérosexuel, bien au contraire. Que dire, en effet, de sa relation avec un adolescent de 18 ans, Henri de Cinq-Mars, qui passa de capitaine des gardes à grand maître de la garde robe et même à grand écuyer de France. Un jeune homme fut décapité sous vos ordres en 1642, suite à une discorde concernant les maîtresses d'Henri de Cinq-Mars.

Malgré votre antipathie connue pour les homosexuels, il est important de mentionner le fait que vous étiez très tolérant envers votre frère qui avait une relation avec le chevalier de Lorraine. Selon les mêmes sources, la sodomie, bien que passible de mort pour les couches populaires, était fréquemment pratiquée par la noblesse, malgré le désaccord de l'église.

En espérant avoir été capable de rectifier vos dires et de vous avoir, par le fait même, ouvert les yeux sur le sujet. En espérant savoir maintenant ce que vous en pensez.

Votre dévoué Comte Zuroff et Madame de Péan.

Références: «Histoire de l'Amour», par Guy Richard et Annie Richard-Le Guillou


Monsieur le comte Zuroff et Madame de Péan,

Je suis stupéfié, Monsieur et Madame, par les propos irrespectueux que vous osez tenir sur le Roy mon père ainsi que sur feu mon frère. Je ne saurois les tolérer. Je ne respondray point aux insultes que vous prodiguez. Je vous dirai seulement que ce genre de propos ne seroit point admis si vous estiez dans mon tems et non dans le vostre.

Je vous souligne aussy qu’il faut vérifier vos sources. Personne n’a été décapité sous mes ordres en 1642, puisque je n’estois point encore le Roy.

Louis