Salomé
écrit à

   


Louis XIV




Vos pensées

   

Je m'incline devant Vous, le plus grand roi de tous les temps,

J'ai l'honneur de pouvoir vous adresser la parole; j'espère en faire bon usage. Je suis passionnée par votre vie, vos idées; pourtant, comparée à nombre de vos courtisans, je suis franche, je dis ce que je pense. Malgré mon jeune âge, je suis très instruite, voilà pourquoi je puis vous écrire à cette heure-ci.

J'ai plusieurs questions car je suis très curieuse et je serais très honorée si vous preniez le temps de me répondre: pendant la Fronde, je sais que vous avez dû quitter le Louvre pour Saint-Germain. Est-ce pour cela que vous avez décidé que personne ne devait être au-dessus du roi dans aucun domaine que ce soit? En vous posant cette question, je pense particulièrement à Fouquet, que vous avez fait emprisonner à cause de son château de Vaux-le-Vicomte qui, d'ailleurs, ne se trouve pas loin de la demeure de mes parents.

Avez-vous une appréhension de ce que pouvait penser le peuple? Évidemment, je comprendrais si vous ne vouliez point répondre.

Étant cultivée et aimant lire, j'ai beaucoup apprécié les pièces de monsieur Racine et de monsieur Molière. Lesquelles préférez-vous? Jouant moi-même du violon, je suis très éprise des musiques de monsieur Lully. Jouez-vous d'un instrument? Je pratique la danse classique que vous avez créée. Que préférez-vous dans la danse?

Et je voudrais vous poser une dernière question: vous avez passé votre vie à construire Versailles et à l’embellir pour pouvoir montrer votre pouvoir et votre grandeur. Est-ce votre plus grande réussite?


Je vous salue,

Votre dévouée Salomé, jeune fille de treize ans souhaitant connaître vos pensées


Madame,


La Fronde n’a fait que confirmer ce qui auroit déjà dus estre: la France n’a qu’un seul maistre.

Je n’ay jamais eu peur de ce que peut penser le peuple. Je suis le père de mes sujets, et, en bon père, il est de mon devoir de prendre des décisions pour leur bien. En tant que représentant de Dieu sur terre, mes décisions sont inspirées par Luy.

Il m’est très difficile de choisir parmi les pièces de monsieur Molière et monsieur Racine celles que je préfère. J’ay beaucoup apprécié «Le Bourgeois gentilhomme» de monsieur Molière, et «Esther» de monsieur Racine.

Je ne suis point doué avec les instruments. Mais l’art de la danse estoit une passion et un outil pour moy. Il va de soi que je suis maintenant trop asgé pour le pratiquer.

Je ne sais point si Versailles est ma plus grande réussite, vous seriez mieux placée que moy pour en juger. Mais j’en suis très fier.


Au plaisir de vous lire à nouveau,

Louis